La bouche pleine
Dimanche 4 décembre - 23 h 35, dans mon bain plein de mousse.
— Ouin, ç’a pas l’air d’avoir dormi beaucoup ! Grosse nuit, mam’zelle ?
Le chauffeur du Uber, un gars dans la quarantaine avec des lunettes de soleil sport en plastique rouge, me fait un grand sourire grivois, dévoilant ses dents bien jaunies par la cigarette. Je décide de pas répondre, et je lui fais une moue pincée dans le rétroviseur.
— Bon, on s’en va sur De Lorimier. C’est chez vous, ça ?
Drôle de question. Je prends pas de chance : better safe than sorry.
— C’est chez mon chum.
— Un maudit chanceux, lui !
Y a rien comme appartenir à un autre mâle, même imaginaire, pour être certaine de se faire crisser patience. Il se la ferme et monte le volume de la radio. L’animateur chiale sur quelque chose une couple de décibels plus fort.
Mon chauffeur tente quelques remarques sur la météo et le trafic, mais je reste coite : j’ai juste envie de chier, me démaquiller, prendre un long bain et manger la boîte de Kraft Dinner qui m’attend sagement dans mon armoire. No small talk pour moi aujourd’hui, mon homme. Il me dépose devant chez moi et, sur le trottoir, je fais semblant d’être occupée à chercher mes clefs dans ma sacoche – même si elles sont dans mes poches – jusqu’à ce qu’il disparaisse au coin de la rue. Puis, je débarre la première porte à gauche et m’enferme dans mon repaire.
Dimanche 4 décembre
23 h 35, dans mon bain plein de mousse.
Message reçu sur Tinder :
hey
u up ???
wanna fuck
…
bitch