La bouche pleine

Elisabeth Massicoli · Chapitre 45 sur 57

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La bouche pleine

Lundi 12 décembre - 9 h 37, dans le bureau de René.

J’ai pas hâte à demain pantoute.

 

Lundi 12 décembre

9 h 37, dans le bureau de René.

 

J’ai la yeule à terre.

— Ben voyons, René ! J’comprends pas. J’ai tout fait dans les règles…

— J’le sais, mais c’est pas moi qui décide…

— J’m’en vais même pas chez un compétiteur ! Ils font zé- ro la même affaire que nous !

— S’te plaît, Camille. Rends pas ça plus compliqué que ce l’est.

Je sors du bureau du boss et entre dans mon cubicule, que j’ai exactement dix minutes pour vider avant que le gars de la sécurité vienne m’escorter jusqu’à la porte. Je me sens comme une criminelle. J’essaie au possible de rester professionnelle, de ravaler mes larmes. J’ai la gorge serrée, mais je me sens aussi… vide. Engourdie. D’autant plus que, quand je suis sortie du bureau de René, Julianne a même pas daigné lever les yeux de son ordi. Comme si elle était en train de travailler pour vrai !

Heureusement, j’ai pas grand- chose dans mon bureau. Je ramasse quelques photos – un polaroid de moi et Julianne, mes parents souriants en vacances – mes vernis à ongles, trois- quatre cossins, et je sacre le tout dans ma sacoche. Je leur donnerai pas un show en sortant avec une grosse boîte brune, comme dans les films.

Je me dis que j’ai pas besoin d’aide pour trouver la sortie, alors j’attends pas la venue du garde avant de m’éclipser. Je passe devant le cubicule de Ju et je me demande si je devrais aller lui dire bye. Son regard croise le mien et elle remet ses écouteurs bien en place sur ses oreilles. Je prends ça comme un signe que je suis mieux de juste partir, sans aller m’apitoyer sur mon sort dans son bureau.

J’annonce mon départ à personne. Ça me tente pas. J’ai déjà assez d’affaires à dealer de même, j’ai pas envie de faire semblant que je vais m’ennuyer de Monique pis de Ghislain.