La bouche pleine

Elisabeth Massicoli · Chapitre 4 sur 57

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La bouche pleine

Samedi 26 novembre - 4 h 02, quelque part sur Saint-Laurent.

— Allô, Camille. Comme ça, tu te cherches quelqu’un à frencher ?

Je regarde Ju de travers.

— Oui, c’est ça. Et plus si affinités.

Avant que je puisse ajouter quoi que ce soit, il m’attire vers lui et pose sa bouche sur la mienne. Il goûte la cigarette, mais il embrasse bien. Je le repousse un quart de seconde trop tard pour avoir l’air désintéressée.

— Dude, qu’est- ce tu fais là ?

— Quoi ? J’ai demandé à Julianne. Elle m’a dit que c’était correct…

À quelques pas de nous, mon amie, les yeux dans la graisse de bine, se frotte lascivement sur un clone de Keven- avec- un- e, et nous regarde en riant.

Je cale ce qui reste de mon gin- tonic.

Oh well. Carl, fais de moi ta Maria Lopez.

 

Samedi 26 novembre

4 h 02, quelque part sur Saint- Laurent.

 

— Okay, okay, okay, okay. Non. Ç’a pas d’allure.

— Awaille, on est presque rendus !

Les deux pieds dans les feuilles mouillées sur le trottoir, Ju, son Tinder boy et moi, on marche croche sur la Main, direction l’appart’ – ou plus précisément le lit probablement pas fraîchement lavé – de Steve. Je sais pas trop comment, mais ils m’ont convaincue, post- last- call, qu’un threesome était une bonne idée pour me remettre la tête (et tout le reste) dans la dating game.

Sauf que le vent froid de novembre me fait dégriser et finit de me démotiver. J’ai envie de baiser, mais pas tant que ça.

— Ju ! Wô, minute. Attends.

Elle s’arrête, vacille sur ses bottes à talons compensés et se retourne.

— Qu’est- ce qu’y a ? Grouille donc, j’ai frette.