Les couilles sur la table
Des villes très viriles : des skateparks au harcèlement de rue
Des villes très viriles :
des skateparks au
harcèlement de rue
Dans les rues, sur les places, dans les bars, dans les transports : les choix d’urbanisme et d’architecture contribuent eux aussi à la production des masculinités contemporaines.
Le géographe Yves Raibaud, dans l’épisode 25, montre bien comment le genre change la façon dont nous investissons la ville – et comment celle-ci, au fond, reste très masculine.
Il n’y a qu’à lire les plaques des rues dans lesquelles nous passons, nous travaillons, nous habitons. Les municipalités décident de donner aux lieux le nom des personnes importantes de notre histoire qu’elles veulent honorer.
Une association35 a étudié les noms de 63 500 rues de 111 communes françaises de toutes les tailles. Résultat : parmi les 30 % de rues baptisées de noms de personnalités, 94 % portent des noms d’hommes. Au total, seules 2 % des rues en France portent des noms de femmes. Dans le métro parisien, sur 302 stations, seules trois affichent le nom d’une femme : Marguerite de Rochechouart (“Barbès-Rochechouart”), Louise Michel et Marie Curie, qui a enfin rejoint Pierre sur la ligne 7 en 2007. Le nom des rues n’est pas anecdotique : c’est comme si elles rappelaient constamment aux filles et aux femmes qu’elles n’ont pas d’histoire, pas de modèles auxquels s’identifier ; comme si dans notre histoire commune, aucune femme n’avait eu d’importance. Ce qui a de l’importance, ce qui est glorifié en revanche, ce sont les grandes batailles, les guerres et les massacres menés par des hommes. À Paris, ce sont le Champ-de-Mars, les Champs-Élysées, la place Vendôme, etc. – toutes à la gloire du soldat, du sacrifice, des combats (masculins).