Les couilles sur la table
Focus épisode « Les vrais hommes ne violent pas »
Les vrais hommes
ne violent pas
En combattant depuis plus de vingt ans
les violences sexuelles, Valérie Rey-
Robert, militante féministe, a développé
une expertise précieuse et reconnue sur ce
sujet. Depuis 2008, bénévolement, elle
assure un immense travail d’éducation et
de pédagogie féministe sur son blog
www.crepegeorgette.com, devenu une référence : ses articles sont extrêmement
documentés, d’une lucidité radicale, et
m’ont toujours ouvert les yeux. Je lui dois
beaucoup.
Je la suis aussi sur Twitter (@valerieCG), où j’admire chaque jour son “féminisme à balles réelles”, ses analyses percutantes de l’actualité, et ses réparties cinglantes contre les masculinistes et autres fâcheux qui viennent la chercher. En 2019, son essai Une culture du viol à la française m’a impressionnée par la richesse de ses analyses : elle y démythifie notre patrimoine littéraire et artistique, et démontre, point par point, qu’il est possible de déconstruire les stéréotypes de genre et d’éduquer les hommes à ne pas violer.
La culture du viol existe dans tous les pays du monde. Elle présente cependant des particularités bien spécifiques selon le milieu dans lequel elle s’exprime et se développe. Quelles sont les spécificités de notre culture du viol en France ?
L’historienne américaine Joan Scott rappelle qu’une partie de l’identité nationale française est fondée sur la pratique de la séduction. De fait, dès qu’on parle de violences sexuelles et de viol, une batterie d’éditorialistes viennent nous rappeler que la France est le pays de l’amour courtois, de la grivoiserie, du doux commerce entre les sexes. Si dans beaucoup de pays il est possible de dénoncer les violences sexuelles, en France cela implique de convoquer cinq cents ans de littérature, quatre cents auteurs classiques et mille ans de civilisation !
On a entendu ces mêmes discours au moment du hashtag #BalanceTonPorc, qui était l’équivalent français de #MeToo… Des voix se sont même élevées pour comparer la dénonciation des violences sexuelles à la délation de Juifs sous le régime de Vichy.
Cette dernière comparaison en dit long sur deux points. D’abord, oser comparer les deux situations, c’est oublier que les Juifs qui ont été dénoncés puis déportés avaient pour seul tort d’être juifs. Ils étaient innocents, contrairement aux hommes dénoncés pour des violences sexuelles. Cela revient à relativiser le génocide des Juifs. Ensuite, cela implique que les femmes et les hommes qui balançaient leur porc étaient, en quelque sorte, des traîtres à la nation. J’entends parfaitement qu’on puisse critiquer le hashtag, qu’on puisse critiquer le mot « balance »… Mais pourquoi choisir systématiquement cette référence à la collaboration avec les nazis ? J’ai l’impression que ceux qui ont établi cette comparaison considéraient, inconsciemment, que dénoncer les violences sexuelles en France, c’était être traître à la nation. Pourquoi ? Parce qu’en France, contrairement à d’autres pays, on assume parfaitement l’ambiguïté sexuelle. On aime une femme qui dit non en pensant oui ; on aime – voire, on revendique – une certaine violence entre les sexes. Pour ces éditorialistes qui nous comparaient aux collabos, nous n’avions rien compris à la façon dont on fait l’amour en France. Notre culture du sexe est certes empreinte de violence mais au fond, disent-ils, c’est très bien comme ça, il n’y a rien à changer.
Ce serait une marque de culture, de distinction, presque de raffinement ? Oui ! Regardez le cas de Dominique Strauss-Kahn. Alors même qu’on savait de quoi il était accusé – des actes exceptionnellement violents [alors candidat à la présidence de la république, il a été mis en examen pour viol sur une femme de chambre à New York] – on a continué à le comparer à un gentleman français libertin, un homme extrêmement courtois. En 2011, les éditorialistes qui ont pris sa défense expliquaient aux féministes et aux Américains qui l’avaient arrêté que, en gros, ils ne comprenaient rien à ce qui s’était passé, et que l’amour c’est ça. Mais si l’amour à la française, ce sont les actes violents commis par DSK, qu’on me permette de m’étonner…
Penchons-nous donc sur ce fameux « art d’aimer à la française », et remontons à la racine de ce qu’on appelle la courtoisie… En quoi consiste donc cet amour courtois qui naît au e XII siècle ? À quoi ressemble une relation dans le « fin’amor » ?
Précisons d’abord que le grand historien du Moyen Âge Georges Duby, qu’on ne saurait qualifier de féministe, explique que les récits d’amour courtois sont avant tout des récits écrits par des hommes pour des hommes. Ce sont des récits fantasmés, sublimés, et qui se lisent entre hommes. Il faut aussi rappeler que l’amour hétérosexuel entre un homme et une femme prend très peu de place au Moyen Âge. Ce qui importe le plus, ce sont les rapports d’amitié entre hommes. Nous sommes pleins d’idées reçues sur cet amour courtois…
L’image que j’en avais, c’était une gente dame courtisée par un chevalier prêt à se battre pour elle, qui lui offre des fleurs et lui chante des poèmes… Tous les historiens montrent qu’au Moyen Âge il n’y a pas de don sans contre-don. Si le chevalier fait don de sa personne à une femme, elle se retrouve donc dans l’obligation de répondre à sa demande tout en sachant qu’elle risque la mort – et que lui-même risque la mort. Ce qui est intéressant dans l’amour courtois, c’est surtout le fait que le chevalier s’oppose à son seigneur. Parce que la dame en question est plus âgée, et déjà mariée à un seigneur. Dès lors, l’enjeu est moins l’amour entre un homme et une femme, que la rivalité entre deux hommes. On constate aussi dans de nombreux récits des histoires de viols qui sont passés rapidement sous silence. Je crois donc qu’il faut faire très attention à ne pas fétichiser ces œuvres médiévales, et les lire avec un regard critique.
Vous citez l’exemple du roman Lancelot, de Chrétien de Troyes. Gauvain y tue un chevalier, après quoi il viole la demoiselle qui était sous la protection de ce dernier. Il tue le père du chevalier, puis ses frères… Par la suite, il se réconcilie avec le dernier frère, mais n’épouse pas pour autant la fille qu’il a violée. C’est tout de même incroyable de voir comment cette relation profondément inéquitable et violente a été transformée en summum du commerce entre les sexes !
Eh oui. Parce qu’on reste sur l’idée que l’homme propose et la femme dispose. Voilà une formule qu’on entend un peu partout, et qui est encore valable dans les codes de l’amour hétérosexuel. Sans qu’on se demande si la femme a réellement les moyens de disposer, si elle a vraiment le choix.
Faisons un bond de cinq siècles et parlons maintenant des Liaisons dangereuses. S’il est une figure emblématique du séducteur à la française, c’est bien le vicomte de Valmont : cultivé, intelligent, rusé… J’ai lu le livre quand j’étais adolescente, il m’agaçait un peu, ce vicomte, mais je n’arrivais pas à saisir pourquoi. J’ai relu le roman cet été, et ça m’a sauté aux yeux : en fait de grand séducteur, Valmont, c’est surtout un insupportable forceur ! Et ses lettres ne sont pas du tout des sommets de raffinement : il ne cesse d’insister. Si on lit bien le texte, il ressemble au mec d’aujourd’hui qui enverrait des textos tous les jours, en mode harceleur : « S’il te plaît s’il te plaît s’il te plaît, et si t’es pas d’accord je vais le faire quand même. » Et la scène – fameuse – avec Cécile de Volanges, que vous décrivez dans votre livre… c’est une scène de viol !
Oui. Valmont demande à entrer dans la chambre de la jeune Cécile de Volanges, et il la met dans une situation où elle ne peut ni crier ni le repousser, donc elle n’a d’autre choix que céder. Les travaux féministes ont bien montré depuis que céder n’est pas consentir, mais cette scène-là ne nous est jamais présentée comme un viol.
Alors qu’elle dit non ! Elle dit toujours non, mais il finit par entrer dans sa chambre, et la menace – si elle appelle à l’aide – de dire que c’est elle qui l’a fait entrer…
… auquel cas sa réputation serait ruinée et elle ne pourrait plus épouser personne, sa vie serait perdue. C’est extrêmement intéressant qu’on continue à nous le présenter comme le séducteur français type – même les adaptations américaines au cinéma à la fin des années 1980 ne proposent aucune critique du personnage. Mais les choses évoluent, et je pense qu’aujourd’hui les Américains verraient les choses un peu différemment. Dans mon livre, je cite le chercheur Maxime Triquenaux, qui montre le danger qu’il y a à fétichiser certaines œuvres classiques et à refuser de les étudier sous le prisme du genre. On peut lire une œuvre classique et la critiquer, ça ne lui ôtera pas sa valeur. Par ailleurs, Choderlos de Laclos met également dans la bouche de la marquise de Merteuil des paroles claires où elle explique que les femmes ne peuvent jamais être gagnantes au jeu de l’amour. On peut donc aussi considérer – et c’est le cas de certaines féministes – que Laclos défendait dans son livre une position féministe.
À la même époque que Les Liaisons dangereuses, on trouve les tableaux de Fragonard, et notamment Le Verrou, que vous étudiez dans votre livre. On y voit une femme qui semble repousser un homme du bras et, sur la droite, la porte que l’homme vient de refermer… Ce tableau a très souvent été décrit comme étant la représentation d’un état de transport amoureux – et le fait que la femme résiste paraissait érotique. Alors qu’il me semble bien, à revoir le tableau, qu’elle n’est réellement pas d’accord. Or, vous notez qu’il y a quelques années, c’est ce tableau qui a été choisi pour illustrer l’affiche d’une expo intitulée « Fragonard amoureux ». Voilà qui montre à quel point le non-consentement est perçu comme excitant dans notre culture.
C’était en 2015, au musée du Luxembourg à Paris. On y trouvait des tableaux et des esquisses dont le titre était explicitement : « viol » : dans une expo sur le thème de l’amour, c’est une première surprise. Quant au Verrou, les historiens de l’art sont partagés. Est-ce un adultère ? Est-ce un viol ? Le commissaire d’exposition était parfaitement au courant de cette controverse, et il n’en a pas moins choisi ce tableau. Voilà qui est extrêmement intéressant ! Cela nous dit que lui-même ne voit pas réellement de problème à ce qu’un tableau qui est potentiellement un viol puisse illustrer le titre « Fragonard amoureux ». Le viol serait, au fond, proche de l’amour… Un autre tableau intéressant, intitulé La Résistance inutile, montre une soubrette renversée sur un lit par son maître. Immédiatement, on repense à DSK : que peut faire une soubrette du XVIII e siècle ou une femme de ménage du e XXI face à quelqu’un d’infiniment plus puissant qu’elle, qui a les moyens financiers de se protéger ? On peut se demander où est l’amour entre une servante et son maître quand elle n’a pas la possibilité de dire non.
DSK, donc… Lui s’est défendu en disant qu’il avait une « sexualité un peu plus rude » que la moyenne. Et on se souvient de l’expression de l’ancien directeur de Marianne, qui au sujet de cette affaire parlait d’un simple « troussage de domestique ».
Encore une expression qui relève de la tradition française. On dit qu’on « troussait les domestiques » au e XVIII – mais dans les faits, on les violait. Dès lors qu’elles n’avaient pas le pouvoir de dire non, c’est un viol, bien sûr. DSK s’est défendu en disant qu’il était séducteur et qu’il ne s’agissait que de cela.
Et ce n’est le seul à invoquer la « séduction à la française » ! On peut citer Claude Lanzmann, par exemple, grand cinéaste et néanmoins accusé à de multiples reprises d’agression sexuelle. De lui, les journaux ont dit qu’il était un séducteur brusque, narcissique insatiable… C’est une tendance en France, pour certains types d’hommes, à confondre sexe consenti et sexe violent… Mais curieusement, quand il s’agit de Tariq Ramadan [intellectuel musulman accusé de viol], soudain plus personne ne confond. On peut s’en réjouir dans le cas de Ramadan – mais pour d’autres hommes aux pratiques tout aussi violentes (d’après ce qu’ont raconté les victimes), pourquoi s’empresse-t-on de confondre les deux ?
Les violences sexuelles, expliquez-vous, sont aussi utilisées pour définir des figures repoussoir de la masculinité. Car le violeur, c’est toujours l’autre. Ce que vous montrez très bien avec l’exemple des “tournantes”, dans les années 2000, où des viols collectifs dans les banlieues ont déclenché un tollé médiatique et politique.
L’idée est en effet apparue dans les années 2000 qu’il y aurait énormément de viols collectifs commis par des « jeunes de banlieue » – expression à travers laquelle on désigne bien sûr les jeunes Noirs et les jeunes Arabes… Et pourtant, à l’époque, tous les sociologues ont démontré qu’il y avait certes des viols collectifs, mais qu’ils avaient toujours existé et qu’il n’y avait aucune augmentation. Cela n’a pas empêché les politiques, Front national en tête, de nous vendre l’idée de quartiers populaires où soudain les jeunes Noirs et Arabes passeraient leur temps à violer à quinze d’innocentes jeunes femmes. Cette idée sera largement exploitée dans les médias, le terme de “tournante” va s’imposer au lieu de parler de viol collectif, et elle renforcera la stigmatisation des jeunes Noirs et des jeunes Arabes, dont la masculinité [serait] négative, misogyne, obsédée par l’idée de baiser des femmes – en particulier les femmes blanches – et ne reculant devant rien, y compris le viol.
On voit bien là comment les violences sexuelles servent à disqualifier la masculinité des autres. Gérard Depardieu a évoqué dans plusieurs interviews des viols collectifs qui avaient lieu dans la ville où il a grandi, Châteauroux. J’ai notamment retenu ce passage : « Ces viols quand j’étais môme doivent sans doute exister encore, dans les fêtes foraines ou les bals de village, quand les mecs sont en bande avec des filles plus ou moins consentantes »… Et il ajoute : « Ça n’a rien à voir avec un viol dans un train de banlieue ou avec ces pauvres filles victimes de tournantes dans les caves de cités, non : c’était des nanas qui faisaient partie de la bande, et puis un soir tout ce petit monde boit un coup de trop, ça s’échauffe et voilà. » Mais des viols collectifs, peu importe où, comment et avec qui ils ont lieu, ça reste des viols collectifs !
C’est toujours le même schéma. Quand des viols sont commis par des proches – voire quand on y a participé – on a tendance à ne plus les qualifier comme tels. On dit qu’on a une sexualité rude, qu’on s’est chauffés un peu trop… Mais quand les viols sont commis par les autres (le pauvre, l’homme racisé, l’homme de pouvoir… selon son point de vue !), alors on emploie le terme de viol.
Ce qui permet de se refaire une image de sa bonne masculinité. Cela revient à dire : « Nous, on n’est pas comme ça ; les vrais hommes ne violent pas. » Voilà. Si on étudie la filmographie de Clint Eastwood, par exemple, on constate que le viol y est extraordinairement présent. Il passe son temps à punir des violeurs, confortant ainsi sa masculinité pour incarner le tough guy américain… Parallèlement, lui aussi commet des viols – mais ils ne sont jamais vus comme tels puisque invariablement les femmes en ressortent comblées, souriantes et amoureuses de lui – alors qu’elles ressortent traumatisées des viols commis par les méchants qu’Eastwood finira par tuer. C’est extrêmement intéressant : il y a là toute une reconstruction de la virilité sur le dos des hommes violeurs ou qui commettent des actes misogynes. Au lieu de se questionner sur la virilité elle-même, on va plutôt considérer que ce sont des formes mauvaises ou déviantes de virilité qui produisent du viol, et non la virilité elle-même. Plein d’hommes vont ainsi se reconstruire une image sur le dos de violeurs en disant : « Moi je ne viole pas, ça veut dire que ma virilité est la bonne, alors que ceux qui violent sont des hommes déviants, tarés, pas virils. »
Beaucoup d’hommes, d’ailleurs, n’ont pas de mots assez violents pour dire ce qu’ils aimeraient faire à des violeurs : il faut les mettre en prison, les zigouiller, les castrer…
La castration revient très souvent, ça en dit long. J’ajoute, comme on l’a dit tout à l’heure, que la violence interpersonnelle entre hommes est en partie responsable des violences sexuelles. Considérer qu’il faut punir les violeurs par la violence, voire le viol, ne fait que contribuer à entretenir une atmosphère de violence, laquelle entretient elle-même les violences sexuelles. C’est vraiment contre-productif.
Vous évoquiez le cas de Tariq Ramadan. Lorsqu’il a été accusé de viols et d’agressions sexuelles, on a tout de suite fait le lien avec le fait qu’il soit musulman.
Lorsque des hommes célèbres ont été accusés de viol en France, la plupart des éditorialistes ont cherché à les excuser. Dans le cas de Tariq Ramadan, les victimes ont tout de suite été crues. En tant que féministes, on aurait pu être contentes, mais on s’est étonnées du traitement extrêmement différencié des unes et des autres. Dans le cas de Tariq Ramadan, on a vu de très longs éditos entièrement consacrés à sa pratique de l’islam. Voulait-on dire par là que l’islam était responsable des actes que Tariq Ramadan avait commis ? Je veux bien, mais il faudrait le prouver… Et pour qui est un peu expert des violences sexuelles, quand on étudie les violences commises par Tariq Ramadan, on constate bien que c’est un prédateur tout à fait lambda, qui a utilisé son pouvoir et sa « cour » de fans pour essayer de faire taire des femmes. Il n’y a rien que de très classique là-dedans. Et quand il a été accusé, il a eu des soutiens extrêmement forts qui s’en sont pris à la victime et ont crié au complot. Là encore, on a lu dans la presse que c’était bien spécifique aux Arabes que de défendre un violeur, mais il n’y a rien de spécifique là-dedans ! En gros, Les soutiens de Tariq Ramadan le qualifiaient de pauvre innocent, ils accusaient la victime d’être une salope, avec un gros complot sioniste au milieu de tout ça. Ce sont des idées très courantes ! Dans le cas de DSK aussi, il y a eu des théories du complot. Pareil dans le cas de Gérald Darmanin [accusé de viol et de harcèlement sexuel alors qu’il était ministre de l’Action et des Comptes publics] : à une heure de grande écoute, Elkabbach lui a demandé : « Mais qui vous en veut autant pour vous faire un coup pareil ? » Tous les hommes célèbres accusés de viol ont des soutiens qui vont crier au complot. Rien de spécifique à Ramadan, donc. Ce qu’on constate, c’est que les victimes et le combat contre les violences sexuelles ont été instrumentalisées pour faire tomber un homme dont on n’aime pas la façon dont il pratique l’islam. Pourquoi instrumentaliser ces violences-là, à ce moment-là ? Cela donne une impression de malaise profond, et d’islamophobie.
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