Les couilles sur la table
Il n’y a pas de crise de la masculinité
Il n’y a pas de crise
de la masculinité
Parce que la masculinité est très généralement envisagée comme naturelle, et comme nécessairement hiérarchique (il y aurait une “bonne” masculinité, et la masculinité c’est être supérieur au féminin), cela produit de nombreux discours sur une prétendue “crise de la masculinité”.
Je veux être très claire : il n’y a PAS de crise de la masculinité – comme le rappelait le titre du tout premier épisode du podcast. Ce qui existe en revanche, ce sont des discours sur la crise de la masculinité : les hommes vont mal, la virilité se perd, les sociétés occidentales seraient hyper féminisées, les hommes ne sauraient plus comment être de “vrais hommes”, ils seraient paumés et souffriraient beaucoup à cause des femmes, et à cause du féminisme, qui les briment, les oppriment, les castrent, les femmes auraient déjà tous les droits, l’égalité serait “déjà là”, elles chercheraient maintenant à installer un matriarcat… Qu’ils se disent apolitiques, centrés sur la spiritualité, de gauche ou de droite, catholiques ou musulmans, ces discours et ceux qui les relaient sont tous d’accord sur un point : les hommes souffrent, et c’était mieux avant. Avant le féminisme, avant le droit des femmes. Ils ont en commun une misogynie plus ou moins prononcée (certains vont jusqu’à commettre des attentats), la croyance qu’hommes et femmes sont et doivent rester fondamentalement différents, et donc une peur panique de l’indifférenciation et de l’égalité entre les genres.
Je veux expliquer pourquoi je refuse absolument de réfléchir à la masculinité en ces termes, et pourquoi, dans la construction des épisodes et la façon dont j’envisage ces questions, je suis très vigilante à ne surtout pas prêter le flanc à ce genre d’interprétations.
Pour cela, il me faut commencer par détailler ces discours et par décrire quelques-uns de ces mouvements qu’on peut qualifier de “masculinistes” (même si rares sont ceux qui s’en réclament, tout comme peu de gens s’affichent ouvertement racistes).