Les couilles sur la table
L’éducation des garçons
L’éducation
des garçons
Parce que les modèles sexistes viennent de très loin et se perpétuent de génération en génération, agir dès le plus jeune âge sur l’éducation des garçons semble fondamental pour tout changement durable des comportements. « Je suis heureuse que nous ayons commencé à élever davantage nos filles comme nos fils, écrit encore Gloria Steinem, mais cela ne marchera jamais tant que nous n’élèverons pas davantage nos fils comme nos filles. »
L’ouvrage le plus complet et le plus enthousiasmant que j’ai lu sur ce sujet a été écrit par Aurélia Blanc, autrice de Tu seras un homme féministe, mon
fils !134. Je l’ai invitée dans l’épisode 36, J’élève mon fils, et ensemble nous avons examiné les différentes possibilités pour les parents – et plus largement la famille – d’influer sur l’éducation des garçons. Le plus utile et le plus efficace, ce serait donc d’aller lire le livre d’Aurélia Blanc pour y trouver les réponses aux questions que vous vous posez (et à celles que vous ne vous posiez pas forcément). Mais je vais quand même présenter ici quelques-uns des principaux conseils qu’elle propose aux parents.
Prendre conscience de ses propres biais sexistes
On pense souvent être un bon modèle – on voit les efforts que l’on fait, et on a tendance à plus craindre les influences extérieures (l’école, les amis, la société…) que l’exemple qui vient de nous. Sauf que la plupart de nos propres stéréotypes, nous en sommes bien souvent inconscients. Il faut donc questionner ses automatismes, ses réflexes : par exemple, le fait de parler différemment à sa fille et à son fils. On peut se poser la question des compliments qu’on fait à son fils ; est-ce qu’on a les mêmes attentes pour les deux ? « Si mon fils met de l’eau partout dans la salle de bains, est-ce que je vais le réprimander aussi fort que si sa sœur avait fait de même ? On sait qu’on va beaucoup plus tolérer l’agitation et le bruit chez les garçons. Le but n’est pas de s’auto-flageller en permanence, mais de débusquer de petits automatismes sexistes qui se mettent en place sans qu’on s’en rende compte », détaille Aurélia Blanc.
Au lieu de complimenter les garçons sur leur force ou leurs muscles (Qu’est-ce que t’es costaud, dis donc !), on peut mettre en valeur le fait qu’ils soient bien habillés, ou qu’ils prennent soin d’eux.
Regarder différemment les jouets et les vêtements
L’idée n’est pas d’interdire aux garçons de jouer aux petites voitures, mais d’accepter tranquillement qu’ils jouent avec ce qu’ils veulent.
Une astuce classique pour répondre à celleux qui disent qu’un jouet est “pour les garçons”, est de leur demander ingénument : Ah ? Est-ce que ce jouet suppose d’utiliser ses parties génitales ? Si oui, ça n’est probablement pas un jouet pour les enfants.
… Et le même raisonnement vaut pour les vêtements ! Il n’existe aucune loi fondamentale qui pose que le rose est pour les filles et le bleu pour les garçons. Il est d’ailleurs des époques où le rose était masculin : de nombreuses peintures de la Renaissance figurent des hommes de pouvoir ou des guerriers dans des tuniques qu’aujourd’hui on réserverait à Barbie.
Qu’il s’agisse des jouets ou des vêtements, on n’a jamais autant “genré” les enfants qu’aujourd’hui, et de plus en plus tôt – pour des raisons essentiellement marketing. On peut souligner l’initiative de la créatrice du blog Maman, Rodarde !, qui a glissé dans le sac à dos de son fils des dépliants incroyablement malins allant à l’encontre des stéréotypes de genre (oui les hommes peuvent mettre du vernis / avoir les cheveux longs / pleurer…), même pour les enfants qui ne savent pas lire.
Avec les autres adultes, mettre en avant l’intérêt de l’enfant
Personne n’a envie de s’entendre dire qu’il a eu des paroles ou une attitude sexistes. Plutôt que rembarrer vertement l’assistante maternelle, baby-sitter, grand-père ou professeur qui trouve que ce garçon aime beaucoup jouer à la dînette, quand même, Aurélia Blanc suggère par exemple de faire valoir qu’il est important que les enfants puissent jouer aux jeux qui leur plaisent. On peut aussi rappeler aux enseignant·es que l’ambition d’une éducation égalitaire entre les filles et les garçons est l’un des objectifs de l’Éducation nationale. Quand on est parent·e d’élève, ou membre d’une crèche associative, on peut proposer que les professionnel·les fassent une formation aux questions de genre.
Les dessins animés, les livres et les chansons
Plutôt que d’interdire certains contenus culturels, on peut tout simplement regarder avec l’enfant, et en discuter avec lui ou elle, en se posant des questions comme : Y a-t-il une vraie mixité des personnages ? Quelle place occupent les filles et les garçons dans l’histoire ? Sont-ils restreints aux assignations traditionnelles ? Comment sont décrits les personnages masculins ? Est-il forcément fort, malin, courageux ? Le livre d’Aurélia Blanc conseille par ailleurs des listes de livres, films ou dessins animés.
Avec des enfants qui ne savent pas encore lire, on peut aussi changer le genre du personnage principal de l’histoire (en faire une fille si c’est un garçon “très courageux”, par exemple). On peut proposer à l’enfant le panel le plus large possible d’activité, et l’amener peut-être vers des activités mixtes – l’escalade, le roller, la gym…
Les émotions et l’éducation sexuelle
Exprimer ses propres émotions, apprendre à l’enfant à nommer les siennes… quand on n’a pas les mots, c’est difficile de les identifier. L’éducation sexuelle commence par une éducation à l’intimité : on peut apprendre aux enfants à nommer les parties de leurs corps, notamment leur sexe : pénis, testicules, vulve. Arrêtons de demander aux enfants de faire des bisous et des câlins quand ils n’en ont pas envie, c’est le début d’une éducation au consentement. Ça n’empêche pas d’être poli·e, de dire bonjour avec la main par exemple, ou d’envoyer des bisous en l’air !
134. Éditions Marabout, 2018.
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