Les couilles sur la table
Repenser la sexualité
Repenser
la sexualité
Après plusieurs dizaines de pages consacrées aux violences sexuelles, j’aimerais commencer cette dernière partie en parlant de sexe heureux, joyeux, désiré.
Dans l’émission, j’ai toujours eu à cœur de ne pas seulement dénoncer, mais aussi d’imaginer des futurs enviables. Voilà ce que nous allons faire dans les pages suivantes (parce qu’on ne va pas attendre la fin du patriarcat pour jouir et faire l’amour).
REPENSER LE DÉSIR
Commençons par le consentement : c’est le mot que j’ai utilisé tout au long du livre, mais il est temps de dire que ce mot ne convient pas, car il suppose que l’un propose et que l’autre réponde, et il perpétue la vision d’un rapport hétérosexuel où l’un est actif et l’autre passive. Dans une perspective de réinvention des relations, je préfère parler de désir réciproque exprimé librement, qui dans l’idéal devrait l’être de façon explicite, enthousiaste et continue.
Prendre conscience des prescriptions de rôles sexuels dans lesquelles nous sommes englué·es (par exemple : les hommes seraient censés vouloir “baiser” tout le temps et une occasion serait toujours bonne à prendre / les femmes ne pourraient ressentir de désir sans être amoureuses) me paraît être la première étape indispensable pour pouvoir imaginer d’autres relations.
De même, prendre conscience que nous ne sommes jamais de purs individus, mais que toutes nos interactions sont influencées par la position de pouvoir que l’on occupe dans l’espace social, permet d’avoir une vision plus claire des enjeux d’une relation de séduction ou sexuelle. Il faudrait donc toujours pouvoir évaluer comment les différences d’âge, de profession, de notoriété, de force physique, de capital économique ou culturel, de personnalité, de beauté, de santé physique et mentale… participent aux dynamiques de pouvoir d’une relation. Une jeune femme n’a probablement pas la même confiance en elle qu’un homme mûr, quelqu’un de célèbre qu’un·e inconnu·e, etc. Il faut beaucoup de clairvoyance et d’empathie pour évaluer correctement les rapports de pouvoir en jeu, surtout dans une relation qui débute.
Ces prises de conscience permettent aussi de percevoir plus finement son propre désir. Ai-je vraiment envie de cette relation sexuelle ? Est-ce que je me sens obligé·e parce que j’ai dragué cette personne ? Que ça lui ferait tellement plaisir ? Ou, dans une relation longue, parce que ça fait longtemps qu’on ne l’a pas fait, quand même ? Ça demande ensuite d’être capable de le verbaliser, a fortiori quand on ne connaît pas bien la personne – pas forcément en demandant l’autorisation pour chaque geste, mais au moins en formulant ce dont on a envie. Voir ce que ça fait à l’autre, comment ielle réagit. J’ai envie de t’embrasser. J’ai envie de toi. Est-ce que tu te sens bien ? Ça te plaît ce que je te fais ? Ça va ? Tu es sûr·e ? Toutes ces propositions devant laisser une vraie possibilité à l’autre de s’exprimer. Si l’autre se sent obligé·e d’accepter, parce que vous lui mettez la pression (Tu m’as tellement chauffé·e, tu vas pas me laisser dans cet état !), parce que vous faites du chantage affectif (Ça veut dire que tu m’aimes plus) ou parce que vous estimez qu’on vous doit quelque chose (Je t’ai payé le resto !), vous réduisez les possibilités qu’ielle s’exprime librement. Le sexe n’est pas une récompense pour avoir été gentil·le. Personne ne doit rien à personne, ni attention, ni activité sexuelle. Même si on a été tendre, prévenant·e, si on a fait la vaisselle, si on a payé le resto, si vous êtes marié·es depuis quinze ans. L’expression du désir devrait être continue, parce qu’une relation sexuelle n’est pas un train dans lequel on monte et dont on ne peut pas descendre : ce n’est pas parce qu’on a embrassé quelqu’un qu’on est obligé·e de coucher avec. On devrait être en mesure d’arrêter quand on veut, sans craindre les réactions de l’autre.
« Les réflexions féministes nous ouvrent