Les couilles sur la table

Victoire Tuaillon · Chapitre 41 sur 56

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Les couilles sur la table

L’invisibilisation de certaines formes de violence sexuelle

 

Toute cette culture misogyne rend encore plus difficile la perception d’autres formes de violences sexuelles, plus insidieuses, plus floues, qui ne sont encore pas encore assez étudiées et analysées. Il y a ainsi des rapports sexuels qui ne sont pas pleinement consentis, qui commencent comme des rapports désirés, et dont la tonalité change au fur et à mesure du rapport. C’est ce que Noémie Renard a nommé les « interactions sexuelles à coercition graduelle », qui regroupent tous ces moments où les femmes se voient imposer par leur partenaire, en plein rapport sexuel désiré, des gestes, des paroles, des attitudes auxquelles elles n’ont absolument pas consenti :

 

« Le “partenaire” masculin prend ensuite le contrôle pour imposer la façon dont [le rapport] se déroule. […] Par exemple : l’endroit où il éjacule. Le moment où l’acte sexuel doit s’arrêter (des hommes continuent par exemple de pénétrer leur “partenaire” alors que celle-ci leur a demandé d’arrêter, parfois en pleurant de douleur. Ils peuvent aussi l’empêcher de se dégager lors d’une fellation). Le rythme et la profondeur, pendant des pénétrations vaginales ou anales, ou lors de fellations (qui deviennent par exemple des gorges profondes imposées).

Les positions (certains hommes déplacent leur “partenaire” comme s’il s’agissait d’une poupée, peuvent l’obliger à se maintenir dans une position qu’elle trouve inconfortable, voir douloureuse.) L’absence de port d’un préservatif : certains le retirent en cachette (“stealthing”),

d’autres insistent lourdement pour ne pas en porter. 118»

 

Les interactions sexuelles à coercition graduelle, ce sont aussi toutes ces situations où des hommes leur crachent dessus, les giflent, leur mettent des fessées, les insultent, leur tirent les cheveux, les étranglent, leur enfoncent des doigts ou leur pénis dans l’anus, sans jamais leur avoir demandé si elles étaient d’accord, si ça leur plaisait, si elles en avaient envie. Cela ne signifie pas que ces pratiques ne puissent jamais être excitantes ou désirées, mais que l’expression du consentement doit être continue. On ne devrait pas considérer qu’il est donné au début du rapport sexuel.

 

Enfin, notre culture du viol et nos conceptions normatives de la masculinité nous empêchent d’entendre que les hommes aussi puissent être violés. 5 % des hommes déclarent avoir subi des rapports forcés ou des tentatives de rapports forcés au cours de leur vie (dans la majorité des cas, ces viols ont été commis par d’autres hommes). Pourtant, 13 % des Français·es pensent encore qu’un homme ne peut pas être violé.

On continue en effet à considérer que, pour empêcher un viol, il suffirait de se débattre suffisamment, qu’on soit homme ou femme ; les hommes étant pensés comme plus forts physiquement, n’ayant pas peur et ne se laissant pas faire, le viol commis sur des hommes devient impensable. C’est encore plus impensable si un homme a été violé par une femme, puisqu’un homme, par définition, ne peut pas avoir peur d’une femme. Dans le cas où une femme forcerait un homme à la pénétrer, notre vision mécanique de la sexualité nous dit qu’il ne peut s’agir d’un viol : s’il bandait, c’est qu’il était d’accord. Mais une érection n’est pas une preuve de consentement, ni de désir (pas plus que la production de cyprine chez une femme).

Le viol des hommes n’est donc que très rarement pris au sérieux. Dans les productions culturelles, il est d’ailleurs systématiquement tourné en ridicule. C’est ce que révélait l’un des épisodes de l’excellente émission