Les couilles sur la table
Les privilèges de l’homme au travail
Les privilèges de
l’homme au travail
Entreprises, universités, hôpitaux, administrations : le monde du travail contribue lui aussi à la production de la masculinité comme privilège – par la façon dont il est organisé, dont les carrières sont évaluées, dans les attentes qui pèsent sur les travailleurs et travailleuses.
C’est ce que nous avons commencé à explorer dans l’épisode 29 avec la sociologue Haude Rivoal, qui a passé trois années à travailler dans l’une des plus grandes entreprises françaises de transport logistique, qu’elle appelle
Transfrilog54. Elle a analysé les mécanismes par lesquels la domination masculine se perpétue non seulement dans, mais aussi grâce à l’entreprise, et comment l’entreprise est le lieu où les hommes apprennent les uns des autres comment exercer le pouvoir. Elle montre que ces organisations que l’on pense neutres ont aussi un genre, en l’occurrence masculin. Au lieu de se demander ce qui freine l’entrée des femmes dans certains espaces de travail, elle s’est intéressée aux facteurs qui favorisent le maintien de la domination masculine, c’est-à-dire : comment ça tient ?
Chacun pourrait examiner la production des masculinités dans sa propre entreprise. Comme souvent quand il est question de genre, il s’agirait d’abord de se poser des questions sur la normalité : quels sont les comportements, les attitudes, les expressions, considérés comme normaux ou souhaitables ? Qui prend la parole en réunion, combien de temps, pour dire quoi ? Qui occupe l’espace, et comment ? Qui progresse dans la hiérarchie, et pourquoi ? Des observations concrètes, quotidiennes, qui finissent par montrer que, même dans les cas où l’entreprise ne discrimine pas activement les femmes, même quand elle affiche une volonté “d’égalité des chances”, ce sont ses modes d’organisation, ses normes, ses attentes impensées qui ont pour effet de favoriser encore et toujours les hommes. COMPORTEMENTS, CULTURE, VALEURS : LE TRAVAIL RÉMUNÉRÉ RESTE MASCULIN