Les Secrets de famille
Ce qui passe malgré tout
Chapitre 3
Ce qui passe malgré tout
« On a l’impression d’écrire ce qu’on sait. En réalité, on
découvre au fur et à mesure. »
JEAN-CLAUDE.
L’expérience montre que la possibilité de découvrir, et de s’autoriser à
mettre en mots ces bribes de sa vie antérieure, non (encore) sus (mais que
l’on peut savoir), déploie des dimensions fondamentales pour la personne et
sa relation de confiance (faisant penser à la fable de La Fontaine : « Un
trésor est caché dedans ») : il y a, en chacun, un monde beaucoup plus
important que ce qu’il veut bien en croire, peuplé d’implicites et de
potentialités méconnues. Le récit peut permettre de les mettre au jour en les
découvrant, conférant ainsi du relief à la platitude limitée de l’ici et
maintenant. Le monde vient avec les mots et commence bien avant nous,
avec ces autres dont nous procédons. Il nous nourrit de leur histoire comme
de la nôtre, qui se constitue de génération en génération. Mais pour en
développer des savoirs, encore faut-il que cela soit possible.
Est-ce savoiable ?
Ce néologisme de savoiable est apparu dans une thèse1 portant sur des
enfants malades, en bout de vie, et développant par là un rapport extrême au
savoir : « Je comprends comme savoiable ce qui peut être su, ce qui
correspond aux exigences sociales, ce qu’il est convenable d’enseigner ou
de laisser apprendre aux enfants sans avoir peur de blesser la culture et
même si le désir de l’enfant se manifeste autrement. Diamétralement opposé, non-savoiable est tout ce que l’enfant ne doit ou ne peut pas