Les Secrets de famille

Martine Lani-Bayle · Chapitre 16 sur 65

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Les Secrets de famille

Ce qui passe malgré tout

Chapitre 3

 

Ce qui passe malgré tout

 

« On a l’impression d’écrire ce qu’on sait. En réalité, on

découvre au fur et à mesure. »

JEAN-CLAUDE.

 

L’expérience montre que la possibilité de découvrir, et de s’autoriser à

mettre en mots ces bribes de sa vie antérieure, non (encore) sus (mais que

l’on peut savoir), déploie des dimensions fondamentales pour la personne et

sa relation de confiance (faisant penser à la fable de La Fontaine : « Un

trésor est caché dedans ») : il y a, en chacun, un monde beaucoup plus

important que ce qu’il veut bien en croire, peuplé d’implicites et de

potentialités méconnues. Le récit peut permettre de les mettre au jour en les

découvrant, conférant ainsi du relief à la platitude limitée de l’ici et

maintenant. Le monde vient avec les mots et commence bien avant nous,

avec ces autres dont nous procédons. Il nous nourrit de leur histoire comme

de la nôtre, qui se constitue de génération en génération. Mais pour en

développer des savoirs, encore faut-il que cela soit possible.

 

Est-ce savoiable ?

 

Ce néologisme de savoiable est apparu dans une thèse1 portant sur des

enfants malades, en bout de vie, et développant par là un rapport extrême au

savoir : « Je comprends comme savoiable ce qui peut être su, ce qui

correspond aux exigences sociales, ce qu’il est convenable d’enseigner ou

de laisser apprendre aux enfants sans avoir peur de blesser la culture et

même si le désir de l’enfant se manifeste autrement. Diamétralement opposé, non-savoiable est tout ce que l’enfant ne doit ou ne peut pas