Les Secrets de famille

Martine Lani-Bayle · Chapitre 56 sur 65

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Les Secrets de famille

Post-scriptum

Post-scriptum1

 

 

« Alors que le passé ne semble plus “faire tremplin”, les

musées connus ou méconnus, la conservation du patrimoine,

le recyclage des produits jetables, les recherches

généalogiques, le “goût de l’archive” tentent de

contrebalancer l’éphémère. »

Marie-Françoise BONICEL.

 

Finalement, la transmission n’est-ce pas ce que chacun trouve du passé

et surtout, ce qu’il en fait, dans sa famille, dans la culture, partout ? On a les

ancêtres que l’on s’invente – les représentations ancestrales, devrais-je

plutôt dire, car l’ancêtre est une créature, sinon une création, adoptable. Ce

ne sont pas les ancêtres qui nous produisent (en se « re-produisant »), mais

nous qui les produisons. De même, et pour la même raison, c’est le présent

qui crée le passé, celui qui survit en se modifiant jour après jour dans notre

représentation, et pas l’inverse. C’est le présent qui décide du passé et de

son poids à un moment donné. Certes, il peut arriver que le passé envahisse

trop le présent par le rétroviseur, détermine ainsi l’avenir à son image et le

fixe dans une tentative de reproduction de ce qui n’existe plus. Projet

rassurant pour certains, mais parfaitement handicapant en réalité, qui

remplace des fins attendues par des fins programmées d’avance. Alors, « ce

n’est plus le présent victorieux qui s’empare de l’avenir ; c’est le présent

vaincu, captif, emporté par le passé », constate amèrement Milan Kundera2.

Si la connaissance du passé est nécessaire à l’imagination du devenir

qui ne peut s’en passer, c’est dans le sens du développement d’une

conscience anticipante et ouverte – donc, transformante. Que serait demain,

s’il ne s’affranchissait un tant soit peu de tous ces moments « imparfaits » ?

La question est alors bien de distinguer le présent parmi la buée, plus ou moins opaque, de ce qui remonte du passé et des souvenirs. De toute