Les Secrets de famille
Post-scriptum
Post-scriptum1
« Alors que le passé ne semble plus “faire tremplin”, les
musées connus ou méconnus, la conservation du patrimoine,
le recyclage des produits jetables, les recherches
généalogiques, le “goût de l’archive” tentent de
contrebalancer l’éphémère. »
Marie-Françoise BONICEL.
Finalement, la transmission n’est-ce pas ce que chacun trouve du passé
et surtout, ce qu’il en fait, dans sa famille, dans la culture, partout ? On a les
ancêtres que l’on s’invente – les représentations ancestrales, devrais-je
plutôt dire, car l’ancêtre est une créature, sinon une création, adoptable. Ce
ne sont pas les ancêtres qui nous produisent (en se « re-produisant »), mais
nous qui les produisons. De même, et pour la même raison, c’est le présent
qui crée le passé, celui qui survit en se modifiant jour après jour dans notre
représentation, et pas l’inverse. C’est le présent qui décide du passé et de
son poids à un moment donné. Certes, il peut arriver que le passé envahisse
trop le présent par le rétroviseur, détermine ainsi l’avenir à son image et le
fixe dans une tentative de reproduction de ce qui n’existe plus. Projet
rassurant pour certains, mais parfaitement handicapant en réalité, qui
remplace des fins attendues par des fins programmées d’avance. Alors, « ce
n’est plus le présent victorieux qui s’empare de l’avenir ; c’est le présent
vaincu, captif, emporté par le passé », constate amèrement Milan Kundera2.
Si la connaissance du passé est nécessaire à l’imagination du devenir
qui ne peut s’en passer, c’est dans le sens du développement d’une
conscience anticipante et ouverte – donc, transformante. Que serait demain,
s’il ne s’affranchissait un tant soit peu de tous ces moments « imparfaits » ?
La question est alors bien de distinguer le présent parmi la buée, plus ou moins opaque, de ce qui remonte du passé et des souvenirs. De toute