Les Secrets de famille
L’omerta : ce qui passe sans le dire
Chapitre premier
L’omerta :
ce qui passe sans le dire
« Je me suis dit alors que le silence était plein, il n’y avait
pas besoin d’ajouter quoi que ce soit. C’était un silence
grand comme le monde. »
Gila LUSTIGER.
Pourquoi s’intéresser d’abord au silence, au secret, alors qu’on entend
étudier la communication intergénérationnelle afin de la définir au mieux et
d’en montrer l’impact au sein de l’univers familial, mais aussi pour chacun
des individus qui le composent ? Mon cheminement réflexif, disons-le, fut
d’abord un cheminement personnel. C’est par la négative, l’absence et ses
effets, que m’est apparue, au sein de sa propre famille, l’importance de cette
dimension de l’intergénérationnel dans la constitution de la personne et de
son rapport au savoir sur le monde. Pour ma part, je disposais, à portée de
mains et de réminiscences, des moyens d’assouvir mes curiosités et de
réaliser les quêtes dont je pouvais ressentir le besoin. L’ampleur de ces
contrastes et de leurs inférences m’a fait réaliser leur importance, et j’ai pu
évaluer ce que cela me faisait de découvrir ces savoirs antérieurs et
extérieurs mais proches de moi, ayant de la sorte nourri largement mon
« insu ». Parallèlement dans ma pratique de psychologue clinicienne,
j’avais, à de nombreuses reprises, pu constater les dégâts occasionnés chez
des enfants pour qui le passé ne signifie rien qu’un présent qui se referme,
dès leur origine, sur leurs pulsions d’investigation. Comment alors cultiver,
voire maintenir, la curiosité du monde qui nous entoure si, pour soi, dès les couches les plus immédiates, les savoirs sont clos, détournés ou interdits –