Sans retour

Matthew Klein · Chapitre 42 sur 58

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Sans retour

Chapitre 41

41

 

Elle me prépare un thé. Sans cesser de trembler, je prends la tasse chaude entre mes mains en coupe.

Elle s'assoit à côté de moi sur le canapé. Elle s'est changée. Une chemise en lin et un jean usagé ont remplacé sa tenue de travail. La barrette qui, jusqu'alors, maintenait ses cheveux en un chignon strict a disparu. Libérée, sa chevelure cuivrée cascade désormais sur ses épaules. Amanda paraît plus vieille et, d'une certaine manière, plus séduisante.

« Je vais vous dire ce que je sais, propose-t-elle. Certaines personnes prétendent qu'il a travaillé pour le KGB. D'autres qu'il était colonel dans l'armée, au sein de l'unité chargée d'interroger les prisonniers tchétchènes. J'ai entendu plusieurs histoires. Des histoires étranges.

— Comme quoi ?

— Il serait très pieux, ou bien il se prendrait pour Dieu. À moins qu'il soit simplement fou.

— À quoi ressemble-t-il ?

— Personne ne l'a jamais vu. Y compris les hommes qui m'ont enlevée. Ils travaillaient pour un intermédiaire qui lui-même travaillait pour quelqu'un d'autre. » Elle me montre sa main. « Voilà comment il marque son bétail. Ceux qui œuvrent pour lui, ceux qui lui doivent de l'argent ou des services. Il leur prend un doigt. Il conserve les phalanges quelque part. »

Elle touche mon moignon. Je retire la main. « Non. Pour moi, c'était un bookmaker. J'étais endetté. Il s'appelait Hector. Cette histoire s'est produite il y a des années. »

Je contemple mon appendice mutilé. Maintenant que j'y pense, je ne suis pas absolument certain de ce que je raconte. Je ne me rappelle pas les événements de cette nuit-là. Libby m'a dit que j'étais rentré avec une serviette ensanglantée autour de la main et que j'avais insisté pour qu'elle m'emmène manger un hamburger. Personnellement, je n'en garde aucun souvenir. Cet épisode s'est-il vraiment déroulé ainsi qu'elle l'a rapporté ?

« Vous ne vous en souvenez pas ? interroge Amanda.

— Non. »

Elle s'approche de moi. « Vous tremblez, Jim. Venez avec moi. » Elle m'emmène à la salle de bains. Le lavabo et la commode sont remplis de produits de beauté. Des shampooings, des colorants, des crèmes. « Une douche bien chaude, voilà ce dont vous avez besoin. Et puis vous empestez. Vous vous sentirez mieux après, vous verrez. » Elle se penche pour ouvrir les robinets de la douche. Après avoir réglé la température, elle me tient doucement la main, comme pour m'empêcher de m'enfuir. « Allez-y, entrez. Je vais vous chercher des affaires sèches. »

Elle sort de la salle de bains, dont elle ferme la porte avec délicatesse.

Je me déshabille et pénètre dans la cabine. L'eau tiède s'écoule dans mon dos, sur mon cou, mes côtes abîmées, mon crâne. Je ferme les paupières, tente d'imaginer la suite. Je vais appeler les flics, contacter l'agent Mitchell. Et puis j'essayerai de retrouver Libby. J'accepterai d'en payer le prix, quel qu'il puisse être. Je me battrai pour prouver mon innocence. Mon seul tort est d'avoir été stupide.

La porte de la douche coulisse et Amanda, nue, me rejoint dans la cabine. Elle se colle à mon dos, m'entoure la poitrine de ses bras. Elle serre légèrement. Une pression douloureuse. Je sens ses seins, sa toison rugueuse contre moi. Elle frotte ses orteils sur le bord de mes pieds.

« Qu'est-ce que vous faites ? »

Elle ne répond pas. D'une simple poussée, elle m'oblige à me retourner, puis à baisser la tête pour l'embrasser. Je goûte ses lèvres. L'eau chaude balaye son parfum.

Elle interrompt son baiser. « Tu vois ? Nous sommes faits pour nous entendre. Il l'a voulu ainsi.

— Qui ça ? Jésus ?

— Non, idiot. » Elle applique sa cicatrice à la mienne et ferme sa main libre sur nos doigts mutilés. « Nous lui appartenons. Nous sommes tous les deux ses jouets.

— Quoi ?

— Il l'a voulu ainsi. Notre rencontre n'est pas un hasard. Il m'a libérée pour cette raison précise. Il désire ce qui nous arrive. »

J'ai envie de lui dire qu'elle est folle, mais elle presse une nouvelle fois son corps contre le mien et introduit mon membre viril en elle. Alors je me tais cinq minutes, ce qui est tout le temps dont j'ai besoin.

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