Sans retour

Matthew Klein · Chapitre 50 sur 58

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Sans retour

Chapitre 49

49

 

 

Nous nous arrêtons au premier hôtel près de l'aéroport. Un Best Western sur Daniels Parkway. La chambre est au troisième étage. Elle donne sur le parking. Après avoir fermé la porte à double tour, je m'écroule sur le lit et m'endors en cinq minutes.

Lorsque je me réveille, la pièce est plongée dans le noir, il fait nuit. Amanda ronfle près de moi. Le réveil électronique indique 2 heures du matin.

Un détail me chiffonne depuis que je suis entré dans le labo de meth et que j'ai trouvé les morts et l'homme sans yeux.

« Amanda ? »

Elle remue.

« Tu es réveillée ?

— Mmh.

— Pourquoi il ne t'a pas tuée ?

— Qui ?

— Dans l'entrepôt. Le type dont tu m'as parlé, celui avec les cheveux longs, habillé en noir. Il a éliminé tout le monde sauf toi.

— Je ne sais pas », avoue-t-elle dans la pénombre. Long silence. Je la sens bouger dans le lit. « Tu ne me crois pas ?

— Si, bien sûr. »

Mais il ne t'a pas tuée. Tu t'en es tirée saine et sauve.

« Promis ? » insiste Amanda.

Et le sang sur tes mains. Et le Russe qui avait perdu ses yeux.

« Promis », dis-je. De toute façon, les promesses entre camés ne valent rien.

Elle grimpe sur moi, m'embrasse à pleine bouche, scellant ainsi notre pacte de confiance. Sa langue fouille entre mes lèvres. Elle déboutonne mon pantalon, le baisse sur mes hanches et m'enfourche. La surprise est double : d'abord elle est prête à me recevoir, ensuite mon sexe répond à ses sollicitations malgré la vision de Libby – qui ne s'appelait pas Libby – morte sur un chariot et celle d'un aveugle qui se suicide à peine quelques heures auparavant.

Nous baisons vite et fort. Un acte désespéré. Le romantisme attendra. Dès que je jouis, une vague de dégoût me submerge. Dégoût pour mon corps, pour le sang sur mes mains et mon visage, dégoût envers Amanda aussi. Amanda qui s'est frottée à un cadavre sans cervelle pour lui voler sa came, avant de se frotter à moi.

Nous prenons une douche ensemble. Les fluides corporels disparaissent dans la bonde comme un rêve au matin.

De retour dans la chambre, elle s'agenouille près de son jean ensanglanté pour récupérer le sachet, puis me rejoint sur le lit, toujours nue. Elle dépose une pincée de cristaux dans la pipe et allume le briquet. Les cristaux se transforment en fumée. Elle continue de chauffer le récipient, les volutes dansent. Elle aspire l'embouchure. Un sourire éclaire son visage. Elle me tend le fourneau et le briquet.

Je sais que je devrais éviter de me défoncer après tout ce qui s'est passé. Mais d'un autre côté, je vais bientôt m'arrêter. Pas aujourd'hui, demain peut-être.

J'allume le briquet. La flamme lèche le verre. J'inhale. Un goût de bois calciné, d'hiver glacial s'attarde dans ma bouche, et le plaisir déferle. Calme et volupté.

Quelques minutes plus tard, nous baisons de nouveau. Je ne ressens plus aucun dégoût. Notre extase dure une éternité, l'acte charnel monopolise notre esprit jusqu'à ce que le téléphone sonne.

Je mets un moment à trouver le portable dans la poche de mon pantalon. Je parviens à me composer une attitude avant de décrocher. « Allô ? » J'essaye de paraître normal, ce qui est plus difficile de jour en jour, d'heure en heure.

« Je suis là, Jimmy. »

Tout me revient : le truand des pays de l'Est, le faux agent du FBI et ma femme morte, ma femme dont le prénom n'était pas réellement Libby.

La voix à l'autre bout du fil me ramène à la réalité et elle appartient à Gordon Kramer. La seule personne en qui j'ai désormais confiance est précisément celle à qui j'avais juré l'abstinence. L'ironie de la situation ne m'échappe pas, même dans mon état second. Je regarde la pipe posée par terre.

« Gordon ?

— Ça va, Jimmy ? Je te réveille ?

— Non. »

Amanda me touche l'épaule. Je me tourne vers elle et chuchote, la main sur le combiné : « Un ami. »

« Je suis à l'aéroport, poursuit Gordon. Viens me chercher. On louera une voiture et on s'en ira.

— Il a tué Libby.

— Qui donc ?

— Ghol Gedrosian. Il l'a tuée. »

Une légère pause, et il murmure : « Je ne sais pas quoi te dire, Jimmy. Je suis désolé.

— Elle était à son service depuis toujours. Elle ne s'appelait pas Libby. C'était… quelqu'un d'autre. »

Le silence se prolonge au bout du fil. Mon parrain réfléchit. En théorie, ce devrait être le moment où il aboie dans l'émetteur : “Tu as replongé, espèce d'enfoiré ? Ce que tu racontes n'a aucun sens !” Cette fois-là, cependant, il reste coi. Je l'entends respirer. Quand il reprend enfin la parole, sa voix est plus douce que jamais : « Retrouve-moi à l'aéroport. » Il me donne le numéro de vol. « Rendez-vous près du tapis à bagages. On trouvera une solution.

— Je ne suis pas loin. Je te rejoins dans quelques minutes.

— Je t'attends. »

« Où va-t-on ? me demande Amanda quand je raccroche.

— Nous deux, nous n'allons nulle part. » Je me rends compte que j'ai parlé d'un ton sec, méfiant. J'essaye de me rattraper : « J'y vais seul, c'est plus prudent. Je le ramènerai avec moi.

— Qui ?

— Mon ami Gordon. On peut compter sur lui. » Je jette un coup d'œil à la chambre. « Sois sympa : fais le lit et planque la dope. Gordon est mon parrain. »

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