Wicked

Gregory Maguire · Chapitre 52 sur 70

Pages du PDF

Wicked

Chapitre 6

— Nous reviendrons, dit-elle. Cela fera votre éducation, pas la nôtre. Écoutez-moi bien, mon rumsteck sera servi saignant dans vos plus beaux plats de porcelaine Maisons-Dixxi avant la fin de l’année.

Elle meugla encore « J’espère qu’il vous étouffera » et partit d’un pas chaloupé, chassant les mouches de sa queue.

 

6

 

— Une ambassadrice du Glikkus, ma chérie, dit Nessarose, quand Elphaba lui demanda un entretien. Vraiment, je ne peux pas la faire attendre. Elle est venue discuter de pactes de défense mutuelle au cas où le Glikkus ferait sécession à son tour. Elle pense que des agents suivent sa famille, et elle doit rentrer ce soir. Mais nous dînerons ensemble, comme au bon vieux temps ? Toi, et moi et la servante ?

Elphaba n’eut pas d’autre choix que de passer un autre après-midi au domaine. Elle trouva Frex et le persuada d’aller se promener derrière les étangs ornementaux et les pelouses impeccables, là où les bois frôlaient l’arrière de Colwen. Frex marchait d’une démarche si raide, si lente, que c’était une torture pour Elphaba, qui avançait à grands pas. Mais elle se contint.

— Comment trouves-tu ta sœur ? lui demanda-t-il. Après toutes ces années ? Bien changée ?

— Elle a toujours été confiante, à sa manière, dit Elphie avec réserve.

— Je n’y ai jamais cru, et je n’y crois toujours pas, répliqua Frex. Mais je pense qu’elle jouait bien la comédie, et qu’elle s’est encore améliorée.

— Pourquoi m’as-tu demandé de venir ici, Papa ? Vraiment ? demanda Elphaba. Je n’ai pas beaucoup de temps, tu sais. Sois franc.

— Tu ferais une Éminence plus intelligente que Nessie, répondit-il. Et c’est ton droit de naissance. Oui, je sais que les règles strictes d’héritage du titre importaient peu à ta mère. Je pense juste que les habitants du pays Croquignon seraient mieux avec toi à la barre. Nessa est… trop dévote, si c’est possible. Trop dévote pour être une figure centrale de la vie publique, en tout cas.

— C’est peut-être la seule chose que je tiens de ma mère, dit Elphaba, mais les titres hérités ne m’intéressent nullement, et le fait que je sois Éminence de droit n’a aucune importance pour moi. J’ai depuis longtemps abdiqué ma position au sein de la famille, dans ce domaine. Nessarose a tout à fait le droit de renoncer à son titre, et alors on pourra trouver Carapace pour prendre sa place. Ou, mieux encore, on peut abolir cette coutume stupide, et les Croquignons pourront se gouverner jusqu’à ce que mort s’ensuive.

— Un dirigeant peut faire un aussi bon bouc émissaire qu’un vil paysan, personne n’a dit le contraire, répondit Frex. En tout cas, c’est possible. Mais je parle de pouvoir, pas de rang ou de privilège. Je parle de l’époque que nous vivons, et des tâches à accomplir. Fabala, tu as toujours été l’enfant la plus compétente. Carapace est un plaisantin agité, qui joue en ce moment à l’agent secret, et Nessie est une petite fille blessée…

— Oh, pitié, grogna Elphie écœurée. On en est encore là ?

— Elle, oui, répondit Frex, vexé. Tu la vois dans les bras d’un amant ? Tu la vois portant ses enfants, menant une vie digne de ce nom ? Elle se cache derrière sa dévotion comme un terroriste derrière ses idéaux…

Elphaba tressaillit et il s’arrêta.

— J’ai connu des terroristes capables d’amour, dit-elle d’un ton égal, et j’ai vu de braves nonnes, célibataires et sans enfant, s’occuper des déshérités.

— As-tu vu Nessa entretenir une relation adulte avec quelqu’un d’autre que le Dieu Innommé ?

— Tu peux parler. Tu as eu ta femme et tes enfants, mais dans ta liste des priorités, nous arrivions après les Quadling qui attendaient d’être convertis.

— J’ai fait ce que j’avais à faire, dit-il avec raideur. Je ne vais pas me faire sermonner par ma fille.

— Eh bien, moi, je ne vais pas me faire sermonner par mon père sur mes devoirs éternels envers Nessie. Je lui ai donné mon enfance. Je l’ai lancée à Shiz. Elle s’est fait la vie qu’elle voulait, et elle a encore le choix et son libre arbitre, même maintenant. Et ses sujets aussi, qui peuvent la destituer et lui couper la tête si ses prières les gênent.

— C’est une femme assez puissante, dit Frex d’un ton triste.

Elphie lui jeta un regard de biais, et pour la première fois, le vit comme un incapable – le genre de vieillard qu’Irji deviendrait, s’il survivait. Grenouillant sans cesse en marge des événements, préférant réagir au lieu d’agir, pleurant le passé et priant pour l’avenir, au lieu de prendre en main le présent.

— Comment est-elle devenue si puissante ? demanda Elphaba, essayant d’être douce. Elle a eu deux bons parents.

Il ne répondit pas à cela.

Ils reprirent leur marche et sortirent des bois à la lisière d’un champ de blé. Deux ouvriers agricoles réparaient une barrière et dressaient un épouvantail. « Le bonjour, frère Frexspar », dirent-ils en levant leur casquette. Ils jetèrent un regard de travers à Elphaba. Lorsqu’ils furent hors de portée d’oreille, elle lui demanda :

— Ils portaient une espèce de petit talisman sur leurs tuniques, tu l’as vu ? On aurait dit une poupée de paille.

— Oh, oui, l’homme de paille. (Frex soupira.) Encore une coutume païenne qui avait presque disparu, et qui a été ravivée pendant la Grande Sécheresse. Certains paysans ignorants portent un bonhomme de paille en guise de talisman contre les fléaux des récoltes : la sécheresse, les corbeaux, les insectes, la pourriture. Autrefois, une tradition de sacrifices humains lui était attachée. (Il reprit son souffle, s’essuya le visage.) Notre ami de famille, Cœur de Tortue, le Quadling… il a été massacré ici, à Colwen, le jour où Nessarose est née. À cause d’un nain itinérant et d’une énorme horloge tictoc, un spectacle qui tournait cette année-là, canalisant les instincts humains les plus bas. Nous sommes arrivés ici juste à temps pour voir Cœur de Tortue se faire prendre. Je ne me suis jamais pardonné de ne pas avoir vu ce qui allait arriver. Mais ta mère était en travail, et nous avions été chassés de la ville. Je n’avais pas les idées assez claires pour prendre toute la mesure de la situation.

Elphaba avait déjà entendu tout cela – même ainsi :

— Tu étais amoureux de lui, dit-elle, pour faciliter les choses.

— Nous l’étions tous les deux, nous le partagions, avoua Frex. Ta mère et moi. C’était il y a une éternité, et je ne sais plus pourquoi ; je ne pense pas que je le savais non plus à l’époque. Je n’ai plus aimé quiconque depuis la mort de ta mère, sauf mes enfants, bien sûr.

— Quelle histoire cruelle de sacrifices, dit Elphaba. Je viens de parler à une Vache qui s’attend à être victime d’un sacrifice. Est-ce possible ?

— Plus nous devenons civilisés, plus nos amusements se font horribles.

— Et cela ne changera jamais, n’est-ce pas ? Je me rappelle l’étymologie du mot « Oz », du moins telle que la suggérait M me Morrible, notre directrice, dans une conférence. Selon elle, les savants reliaient la racine du mot au concept gillikinais d’oos, qui exprime l’idée de croissance, de développement, de pouvoir, d’engendrement. Même le mot pus, avec son lointain cousin virus, appartiendrait à la même famille. Plus je vieillis, plus cette analyse me semble pertinente.

— Et pourtant, le poète de L’Oziade l’appelle « Pays de vert abandon, pays d’infinies feuilles ».

— Les poètes sont tout autant responsables de la construction des empires que les autres tâcherons.

— Parfois, je donnerais n’importe quoi pour m’en aller d’ici, confia Frex, mais je crains l’idée d’un voyage dans ces sables mortels.

— Ce n’est qu’une légende, Papa. C’est toi qui m’as appris que ces sables ne sont pas plus mortels que ces champs, là. Cela me rappelle l’autre théorie : Oz est lié au mot « oasis ». C’est ce que les peuples nomades du nord disaient de Gillikin, à une époque inconcevable, quand Oz fut découvert et peuplé. Tu sais, Papa, tu n’auras pas besoin d’aller si loin. Le Vinkus est presque un autre pays. Pourquoi tu ne m’y accompagnerais pas ?

— J’adorerais, ma chérie, mais comment pourrais-je abandonner Nessarose ? C’est impossible.

— Même si c’est la fille de Cœur de Tortue et pas la tienne ? demanda Elphie, blessante parce que blessée.

— D’autant plus, répondit-il.

Ainsi Elphaba sut-elle que Frex, en ignorant si Nessarose avait été engendrée par lui ou par Cœur de Tortue, avait décidé, de manière subliminale, qu’elle était leur fille à tous les deux. Nessarose était la preuve de leur brève union – la leur et, évidemment, celle de Melena aussi. Peu importaient les infirmités de Nessarose ; elle serait toujours plus qu’Elphaba, toujours. Elle serait toujours plus importante.

Elphaba et Nessarose étaient assises dans la chambre de cette dernière. Une domestique leur versait de la soupe à l’estomac de vache. Elphie, en général peu dégoûtée, ne put la manger. La domestique portait habilement de minuscules cuillerées à la bouche de Nessarose.

— Je ne vais pas tourner autour du pot, dit Nessarose. J’aimerais que tu sois ma sœur d’armes, pour diriger mon cercle de conseillers et les affaires en mon absence, si je devais voyager.

— Je n’éprouve aucun amour pour le pays Croquignon, d’après ce que j’en ai vu pour l’instant, répondit Elphaba. Les gens sont cruels et impressionnés par des fariboles, l’apparat de cet endroit m’oppresse, et je suis persuadée que tu es assise sur un baril de poudre.

— Raison de plus pour que tu restes ici pour m’aider. N’avons-nous pas été élevées pour une vie de service ?

— Tes chaussures t’ont rendue forte, répliqua Elphaba. Je ne savais pas que des chaussures pouvaient avoir cet effet-là. Je ne pense pas que tu aies besoin de moi. Ne perds pas tes chaussures, quand même.

Elle pensait : Tes chaussures te donnent un équilibre peu naturel. On dirait un serpent dressé sur sa queue.

— Tu te souviens d’où elles viennent, sûrement ?

— Oui, mais j’ai entendu dire que Glinda les avait améliorées par magie.

— Oh, cette Glinda ! Quel personnage. (Nessie avala sa cuillerée et sourit.) En tout cas, tu pourras avoir les chaussures, ma chérie… en me passant sur le corps. Je réécrirai mon testament pour te les laisser. Quant à savoir le bien qu’elles te feront, j’ai du mal à l’imaginer. Elles ne m’ont pas fait pousser de nouveaux bras. Peut-être que ces chaussures magiques ne changeront pas la couleur de ta peau, mais te rendront assez séduisante pour que ça n’ait plus d’importance.

— Je suis déjà trop vieille pour être séduisante.

— Allons, tu es encore à la fleur de l’âge, et moi aussi ! s’exclama Nessarose en riant. Dis-moi que tu as un amoureux qui t’attend au Vinkus dans une yourte, une tente ou un tipi, enfin comme ils appellent ça là-bas. Allez.

— Depuis ce matin, je me pose des questions… depuis que tu as lancé le sort sur la hache.

— Ah, ça. De la petite bière.

— Est-ce que tu te souviens de cette époque à Shiz, où Mme Morrible avait dit qu’elle nous lançait un sort à toutes ? Et que nous ne pourrions pas en parler entre nous ?

— Continue. Ça me dit quelque chose. Elle faisait froid dans le dos, hein ? Maîtresse dans l’art de la tyrannie.

— Elle a dit qu’elle nous avait choisies – toi, Glinda et moi – pour être Adeptes. Les agents d’une personne haut placée. Pour être ensorceleuses et, je ne sais pas, complices secrètes. Mme Morrible a promis que nous serions haut placées et efficaces. Elle nous a fait penser que nous ne pourrions même pas en discuter entre nous.

— Oh, oui, ça. Je m’en souviens. Quelle sorcière c’était.

— Tu penses qu’il y avait une certaine vérité là-dedans ? Tu penses qu’elle avait le pouvoir de nous contraindre au silence ? De faire de nous de puissantes sorcières ?

— Elle avait le pouvoir de nous effrayer à nous en rendre bêtes, mais nous étions jeunes et très bêtes, si je me souviens bien.

— À l’époque, j’avais l’impression qu’elle était de mèche avec le Magicien, et qu’elle avait ordonné à sa créature tictoc – Grommetic, le nom vient de me revenir, c’est bizarre la mémoire – de tuer le professeur Dillamond.

— Tu voyais des démons armés de couteaux derrière toutes les chaises, comme toujours, répondit Nessarose. Je ne pense pas que M me Morrible ait eu le moindre pouvoir réel. C’était une manipulatrice, mais son pouvoir était très limité, et dans notre naïveté, nous la considérions comme une méchante. Elle était tout simplement gonflée de son importance.

— Je me demande. J’ai essayé d’en parler après. Ne nous sommes-nous pas toutes évanouies ?

— Nous étions innocentes et épouvantablement influençables, Elphie.

— Et Glinda est partie faire un mariage d’argent, comme l’avait dit Mme Morrible. Sir Chuffrey est-il encore en vie ?

— Oui, si l’on peut dire. Glinda, elle, est une ensorceleuse, c’est indéniable. Mais Mme Morrible ne faisait que nous donner ses prédictions ; elle avait remarqué nos talents, et, comme un éducateur est censé le faire, elle nous avait conseillées sur la manière de les exploiter au mieux. Qu’est-ce que cela a de si surprenant ?

— Elle a essayé de nous séduire pour nous faire entrer au service secret d’un maître inconnu. Je n’invente rien, Nessie.

— Elle savait comment t’influencer, manifestement, en faisant appel à ton sens du complot. Quant à ces histoires folles de séduction, je ne m’en souviens pas.

Elphaba se tut. Peut-être Nessie avait-elle raison. Et pourtant, qu’étaient-elles, une dizaine d’années plus tard ? Deux Sorcières, pour ainsi dire. Et Glinda, une ensorceleuse au service du bien public. C’était suffisant pour qu’Elphie veuille rentrer à Kiamo Ko et brûler ce Grimoire, et le balai aussi, d’ailleurs.

— En la voyant, Glinda pensait toujours à une carpe, dit Nessarose. Tu as vraiment peur d’un poisson, après toutes ces années ?

— Une fois, j’ai vu dans un livre un dessin d’un monstre lacustre – ou d’un monstre marin si tu crois aux océans, dit Elphie. Je ne suis pas sûre que les monstres existent, mais je préférerais passer ma vie dans le doute que d’en avoir la confirmation.

— Tu as dit la même chose sur le Dieu Innommé, une fois, répondit aussitôt Nessarose.

— Oh, pitié, ne me lance pas là-dessus.

— L’âme est trop précieuse pour que tu l’ignores, Elphie.

— Eh bien, heureusement que je n’en ai pas, alors : pas d’âme, pas de drame.

— Tu as une âme. Tout le monde en a une.

— Et la Vache que tu as marchandée aujourd’hui, et les Moutons ?

— Je ne parle pas des races inférieures.

— Ce genre de propos m’offense, Nessie. Ces Animaux, je les ai libérés aujourd’hui, tu sais.

Nessarose haussa les épaules :

— Tu as des droits à Colwen. Je ne vais pas m’amuser à interdire tes petits animaux de compagnie.

— Ils m’ont raconté des choses horribles sur la manière dont les Animaux sont traités ici. J’ai cru que c’était seulement à Gillikin et à la Cité d’Émeraude ; je me disais que le pays Croquignon, étant plus rural, aurait plus de bon sens.

— Tu sais, dit Nessie en faisant signe à la servante de lui essuyer la bouche, une fois, j’ai rencontré un soldat lors d’un service religieux. Il avait perdu un bras dans une campagne contre ces trublions de Quadling. Il racontait que chaque matin, il giflait le moignon. Le sang battait à ses oreilles, et au bout de quelques minutes, il sentait des fourmillements, comme si un membre fantôme avait poussé. Pas tout de suite, et pas sous une forme physique : ce qu’il avait retrouvé, c’était la sensation. Elle remontait jusqu’au coude, puis sa mémoire, sa mémoire corporelle, celle de ses membres dans l’espace tridimensionnel, s’étendait et finissait par arriver au bout des doigts. Une fois son bras fantôme en place, mentalement, il pouvait affronter son infirmité ce jour-là. De plus, il avait un meilleur équilibre.

Elphaba, qui se sentait de plus en plus Sorcière pour de bon, regarda sa sœur, en attendant la conclusion.

— J’ai essayé un moment, reprit Nessarose. Plusieurs mois, en fait. J’ai demandé à Nounou de me masser les moignons. Après beaucoup de travail de la pauvre Nounou, j’ai commencé à éprouver un embryon de sensation, ce que ça voulait dire d’avoir des bras. Cela n’est jamais allé très loin, jusqu’au jour où Glinda a fait étinceler ces chaussures. Et maintenant… je ne sais pas pourquoi, peut-être qu’elles me serrent trop les pieds et que ma circulation s’en ressent… au bout d’une heure, j’ai des bras fantômes. Pour la première fois de ma vie. Je ne sens pas tout à fait les doigts.

— Des bras fantômes, dit Elphie. Je suis contente pour toi.

— Tu sais, si tu te donnais des gifles, spirituellement parlant, tu pourrais développer une âme fantôme, ou l’équivalent. C’est un bon guide intérieur, l’âme. Tu pourrais même découvrir que ce n’est pas un fantôme, mais une vraie.

— Assez, Nessie. Je n’ai pas envie de discuter de mes épreuves spirituelles avec toi.

— Pourquoi ne restes-tu pas avec moi, en intégrant mon équipe, et nous pourrions te faire baptiser ? proposa Nessarose chaleureusement.

— L’eau me cause des souffrances profondes, comme tu le sais bien, et je n’en parlerai plus. Je ne peux jurer allégeance à un Innommé. C’est une imposture.

— Tu te condamnes à une vie de tristesse, dit Nessarose.

— Oh, je la connais déjà, mais au moins, il n’y a rien qui me sautera dessus à l’improviste. (Elphie reposa sèchement sa serviette.) Je ne peux pas rester, Nessie. Je ne peux pas t’aider. J’ai mes propres responsabilités au Vinkus, pour lesquelles tu n’as manifesté aucun intérêt. Je sais bien qu’une révolution a eu lieu et que tu es le nouveau Premier ministre ; tu as bien le droit d’avoir d’autres soucis en tête. Accepte le fardeau du pouvoir ou refuse-le, mais dans tous les cas, assure-toi que c’est bien de ta propre volonté, et pas par un accident de l’Histoire, un martyre par défaut. Je m’inquiète pour toi, mais je ne peux pas rester pour te servir de larbin.

— Je me suis montrée maladroite et trop franche. Ne t’attends pas à ce que je me rappelle mes bonnes manières de sœur en si peu de temps…

— Tu as eu Carapace pour t’entraîner pendant tout ce temps-là, répondit sévèrement Elphaba.

— Comme ça, tu te lèves et tu t’en vas ? (Nessarose se leva elle aussi, de ce mouvement sinueux et dérangeant.) Après douze ans de séparation, nous avons eu trois ou quatre jours de retrouvailles et puis c’est tout.