Wicked

Gregory Maguire · Chapitre 64 sur 70

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Wicked

Chapitre 12

— J’ai dû l’acheter dans un marché aux puces, répondit-elle. Je savais tirer le meilleur parti d’un sou, crois-moi.

Tu sais encore mieux mentir, pensa la Sorcière. Elle réprima une envie de briser la bouteille verte. À quel point sommes-nous tous liés par les chaînes de la colère familiale… ? pensa la Sorcière. Nul ne s’en libère.

 

12

 

Un après-midi, quelques semaines plus tard, Liir revint d’une promenade dans un état d’agitation fiévreuse. La Sorcière apprit avec horreur qu’il était allé traîner encore avec les soldats du Magicien, à Rouge Moulin.

— Ils avaient des nouvelles, une dépêche de la Cité d’Émeraude, annonça Liir. Une délégation d’étrangers est venue voir le Magicien. Mais c’était juste une fille ! Dorothy, une fille de l’Au-Delà. Et des amis à elle. Cela faisait des années que le Magicien n’avait pas accordé d’audience à ses sujets – il travaille par l’intermédiaire de ses ministres, à ce qu’on dit. Un tas de soldats pensent qu’il est mort depuis longtemps, et que c’est une intrigue du Palais pour conserver la paix. Mais Dorothy et ses amis sont entrés, ils l’ont vu, et ils ont dit à tout le monde à quoi il ressemblait !

— Eh bien, dit la Sorcière, voyez-vous ça. Tout l’Oz, Loyal ou Autre, ne bruisse que de cette Dorothy. Qu’est-ce qu’ils ont dit ensuite, ces abrutis ?

— Le messager a annoncé que les invités avaient demandé au Magicien d’exaucer quelques souhaits. L’Épouvantail a demandé un cerveau, Nick Chopper le Bûcheron en fer-blanc a demandé un cœur, et le Lion Poltron du courage.

— Et je suppose que Dorothy a demandé un chausse-pied ?

— Dorothy a demandé qu’on la renvoie chez elle.

— J’espère qu’on le lui accordera. Et ?

Mais Liir se fit timide.

— Allez ! Je suis trop vieille pour laisser des rumeurs retarder mon dîner, lança la Sorcière.

Liir rougit avec un plaisir coupable.

— Les soldats ont dit que le Magicien avait rejeté ces étranges requêtes.

— Et tu en es si surpris ?

— Le Magicien a dit à Dorothy qu’il les exaucerait quand… quand…

— Cela fait des années que tu n’as pas bégayé. Ne recommence pas, ou je te bats.

— Dorothy et ses amis doivent venir ici et te tuer, acheva Liir. Les soldats ont dit que c’est parce que tu as tué une vieille dame à Shiz, une vieille dame célèbre, et que tu es un assassin. Ils ont dit que tu étais folle, aussi.

— Je suis un assassin plus crédible que ces vagabonds incompétents, répliqua la Sorcière. J’essayais juste de me débarrasser d’eux. Il a sans doute ordonné à sa Force Tempête d’égorger tranquillement la fille dès qu’elle serait sortie des feux de la rampe.

Nul doute, de plus, que le Magicien avait confisqué les chaussures. Cela irritait la Sorcière. Mais comme elle se sentit flattée que la nouvelle de son meurtre soit enfin connue ! À présent, elle était sûre d’avoir bien tué Mme Morrible. Ce n’était que logique.

Mais Liir secoua la tête :

— La chose étrange, c’est que cette Dorothy s’appelle Dorothy Tempête. Les soldats de Rouge Moulin ont dit que la Force Tempête ne voulait pas l’approcher, ils sont trop superstitieux.

— Que connaissent-ils aux intrigues, ces soldats stationnés ici, au bout du monde ?

Liir haussa les épaules :

— Tu n’es pas impressionnée que le Magicien d’Oz sache même qui tu es ? Tu es un assassin ?

— Oh, Liir, tu comprendras quand tu seras plus grand. Ou sinon, cela deviendra ta seconde nature de ne pas comprendre, et cela n’aura plus aucune importance. Je ne te ferai pas de mal, si c’est ce que tu veux dire. Mais tu as l’air tellement étonné que l’on me connaisse à la Cité d’Émeraude. Tu me désobéis et tu me traites comme de la boue, mais tu crois que le monde entier t’imite ? (Pourtant, elle était contente.) Mais tu sais, Liir, s’il y a la moindre parcelle de vérité dans ces rumeurs, tu ferais mieux d’éviter Rouge Moulin pendant un moment. Ils pourraient t’enlever et te garder en otage jusqu’à ce que je me livre à cette écolière et à ses compagnons dans le besoin.

— Je veux rencontrer Dorothy, dit-il.

— Tu n’es pas assez mûr pour ça, je t’en prie, épargne-nous. J’avais toujours pensé à te mettre en bocal avant que tu arrives à la puberté.