Dégâts des eaux

Donald Westlake · Chapitre 2 sur 79

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Dégâts des eaux

Et D’un…

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Alors qu’une aube grise s’étendait au-dessus de la ville, Dortmunder rentra chez lui et découvrit May toujours debout, vêtue d’un pull trop large et d’un pantalon en tissu écossais vert. Elle sortit du salon lorsqu’elle l’entendit ouvrir la porte, mais au lieu de lui demander comme elle le faisait d’habitude : « Comment ça s’est passé ? », elle dit, avec une certaine nervosité mais aussi avec soulagement : « Tu es rentré. »

Dortmunder répondit néanmoins à la question habituelle, car il était fatigué, il n’était pas trop dans son assiette, ni très observateur.

- Pas très bien, dit-il en ouvrant la porte de la penderie.

Avec des gestes lents et las, il sortit des nombreuses poches intérieures et extérieures de sa veste noire des outils qu’il déposa sur l’étagère de la penderie avec des bruits métalliques étouffés.

- Le bijoutier a déménagé à Rhinebeck; il y a un restau italien à la place maintenant. L’antiquaire ne vend plus que des objets de collection Walt Disney. Et le type du bureau de change a pris un chien. (Il ôta sa veste et la leva à bout de bras pour regarder l’accroc tout neuf dans le bas du dos.) Un chien sacrément mauvais, précisa-t-il.

- John, dit May.

Elle paraissait tendue. Sa main gauche qui faisait semblant de tenir une cigarette fit tomber d’une pichenette des cendres imaginaires sur le sol, une chose qu’elle faisait seulement dans les premiers temps où elle avait arrêté de fumer.

Mais Dortmunder était suffisamment accaparé par ses propres problèmes. En accrochant sa veste déchirée, il dit :

- Franchement, y aurait presque de quoi renoncer à une vie de criminel. J’ai quand même raflé un petit quelque chose, après avoir mis le chien en déroute.

Il sortit de sous sa chemise des billets froissés qu’il posa sur la table de l’entrée.

- John, dit May avec des yeux tout ronds et tout blancs, il y a quelqu’un.

Il s’immobilisa, la main sur les billets.

- Hein ?

- Il dit…

May jeta un regard en direction de la porte du salon; l’appréhension et la méfiance marquaient ses traits.

- Il dit que c’est un vieil ami à toi.

- Qui dit ça ?

- Cet homme.

- Al ? (La voix, rauque et fatiguée, mais pleine d’assurance, s’échappa du salon.) C’est toi, Al ?

Dortmunder parut tout d’abord perplexe, puis stupéfait.

- Non, fit-il.

Un homme apparut dans l’encadrement de la porte du salon. Aussi gris et froid que l’aube au-dehors, c’était un vieux bonhomme décharné et tendineux mesurant un peu plus de 1,80 mètre, vêtu d’un coupe-vent gris par-dessus une chemise de travail bleu ciel, avec un pantalon gris qui faisait des poches aux genoux et des chaussures noires éculées. Sa tête rectangulaire taillée à la serpe était posée au sommet de son corps sec comme un fortin de rondins rempli de gardes. Ses yeux étaient froids, ses joues ravagées, son front creusé de rides; ses cheveux gris, fins et morts pendaient sur ses grandes oreilles parcheminées.

- Salut, Al, dit-il.

Quand il parlait, ses lèvres ne bougeaient pas, mais quel ventriloque aurait voulu utiliser ça comme marionnette ?

- Comment ça va, Al ? demanda la voix grise et rauque entre les lèvres immobiles. Ça fait un bail.

- Ça alors ! dit Dortmunder. Ils t’ont relâché.

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