Dégâts des eaux
Chapitre 24
Tout était calme à East Amity, une minuscule commune dortoir située sur la rive sud de Long Island. Bien après minuit, tous les banlieusards douillettement couchés dans leur lit rêvaient d’embouteillages, tandis qu’au même moment les rues de la commune étaient vides de toute circulation. La voiture de police descendait Bay Boulevard, sans se presser; l’agent Pohlax bâillait au volant, à peine conscient de la présence des boutiques et des magasins de pneus qu’il devait protéger. Devant lui, sur la gauche, se dressait la silhouette massive du lycée de Southern Suffolk, là où l’agent Pohlax avait fait ses études quelques années plus tôt seulement.
Comme il se sentait vieux maintenant, alors qu’il n’avait même pas la trentaine, en regardant son ancienne école et en repensant à ce sentiment de possibilités infinies qui l’habitait alors, cette absolue conviction qu’un type déterminé, s’il se maintenait en forme et ne buvait pas trop, pouvait tôt ou tard coucher avec toutes les filles de la terre. Différentes filles avec qui il avait couché ou pas au cours de ces jours heureux traversèrent son esprit, chacune avec le même sourire, tandis que sa voiture de police et lui passaient lentement devant le lycée, poussés par des rafales de souvenirs imparfaits.
Doug Berry, au volant de son pick-up noir orné de décorations bleues et argentées, regarda passer cette foutue voiture de police qui roulait au ralenti, en pianotant nerveusement sur son volant. Il était garé dans une rue perpendiculaire sombre, en face du lycée; le moteur tournait, mais les lumières étaient éteintes. Il attendait que la côte se dégage. C’était sûrement ce vieux Billy Pohlax qui conduisait; ils étaient allés à l’école ensemble, cette même école située juste en face, et il savait que Billy ne repasserait pas par ici avant une heure. Ce qui laissait largement assez de temps, si ses élèves étaient exacts au rendez-vous.
À trois rues de là, des feux de stop brillants comme des rubis s’allumèrent à l’arrière de la voiture de police, qui tourna à droite pour descendre vers les quais et les marinas en bordure de mer. Doug enclencha la marche avant, sans allumer les phares, et traversa rapidement Bay Boulevard pour s’engager dans l’allée conduisant au grand parking qui enveloppait la moitié du lycée, sur le côté gauche. Doug contourna le bâtiment, faisant s’entrechoquer le matériel entassé à l’arrière du véhicule, et il s’arrêta tout près de la porte de derrière dont il avait acheté la clé, pas plus tard que la veille, à un autre ancien camarade de classe, aujourd’hui gardien adjoint du bâtiment (c’est-à-dire concierge).
Doug ouvrit la portière du pick-up et le plafonnier s’alluma. Il la referma aussitôt avec une peur bleue. La lumière ! Il avait oublié la lumière ! Si quelqu’un l’avait vu…
Y avait-il un moyen d’éteindre cette foutue lumière ? En essayant d’examiner le tableau de bord dans l’obscurité, il ne parvint qu’à allumer les phares, très brièvement. Finalement, il se dit qu’il n’y avait qu’une seule chose à faire : courir le risque, en agissant le plus vite possible. Ouvrir la portière (la lumière s’allume !), descendre précipitamment, refermer aussitôt la portière, sans la claquer (la lumière s’éteint) et se laisser aller contre l’aile du pick-up en poussant un soupir de soulagement.
O.K., O.K. Pas de problème. Aucune lumière ne s’alluma aux fenêtres des maisons de Margiotta Street, derrière le lycée. Personne ne l’avait vu. Il n’y avait pas à s’inquiéter.
Tout en essayant de se rassurer au maximum, Doug se dirigea vers la porte, essaya la clé et fut soulagé, légèrement surpris également, et même légèrement déçu, de constater qu’elle fonctionnait et de voir la porte s’ouvrir. Arrêté sur le seuil, il s’apprêtait à consulter sa montre/boussole/calendrier étanche, antichocs, à affichage lumineux, quand un mouvement lui fit dresser la tête. Il aperçut alors une longue voiture noire - une Mercedes, remarqua-t-il -, qui avançait sans lumière et s’arrêta finalement à côté du pick-up. Dans cette obscurité presque complète, il remarqua néanmoins le caducée sur le pare-brise de la Mercedes. En voilà une surprise. Ces types n’étaient pas médecins. Le niveau n’avait quand même pas baissé à ce point.
Les portières avant s’ouvrirent, sans que le plafonnier s’allume. (Comment faisaient-ils, nom d’un chien ?) Andy était le conducteur, John le passager. Ils refermèrent les portières sans bruit et approchèrent.
- Pile à l’heure, déclara Andy.
- J’ai ouvert la porte, annonça Doug, inutilement puisqu’il se tenait à l’intérieur.
Il montra le pick-up en disant :
- Tout le matériel est là. Ça pèse une tonne.
En effet. Portant la moitié de l’équipement sur eux et le reste à la force des bras, les trois hommes pénétrèrent en titubant à l’intérieur du lycée. Après avoir refermé la porte derrière eux, Doug ouvrit la route avec son stylo-lampe dans le grand couloir vide et obscur - Ah, cette odeur inoubliable de l’école ! -, puis le grand escalier, puis le couloir suivant -moins large à cet endroit - jusqu’à la porte à double battant qui s’ouvrait sur le vestiaire des garçons, et de là, jusqu’à la piscine. Située en sous-sol, la piscine était dépourvue de fenêtres, il n’y avait donc aucune raison de ne pas allumer les lumières, ce que fit Doug. Toutes. Faisant apparaître une étendue de carrelage beige et d’eau fortement chlorée. Les voix et les pas résonnaient de manière humide, si bien qu’on avait toujours l’impression qu’il y avait quelqu’un d’autre dans les parages, juste derrière vous ou de l’autre côté du bassin.
Les deux élèves contemplèrent ce vaste océan au fond du lycée, et Andy demanda :
- Où est le petit bassin ?
- C’est le grand bassin qui nous intéresse, répondit Doug. Juste là. Équipons-nous.
- Quand ce sera pour de vrai, on entrera dans l’eau en marchant, précisa Andy.
- Écoutez, les gars, dit Doug. C’est vous qui n’avez pas voulu que j’aille sur place avec vous. Je me suis débrouillé pour qu’on puisse utiliser cette piscine. Et croyez-moi, que vous entriez en marchant ou pas, quand vous serez à vingt mètres sous l’eau, ce sera beaucoup plus profond que le grand bassin.
Andy et John prirent le temps de scruter le fond de la piscine, en contemplant cette vérité. John soupira, secoua la tête et dit :
- O.K. On est venus jusqu’ici. Allons-y.
- Très bien, répondit Doug. On va se déshabiller, enfiler nos maillots de bain, puis nos combinaisons et tout notre équipement et se jeter à l’eau.
Doug n’avait encore jamais eu d’élèves aussi peu athlétiques et aussi récalcitrants. Ils n’aimaient pas leurs combinaisons, ils n’aimaient pas les ceintures de plomb autour de la taille (il leur avait donné sept kilos à chacun), ils n’aimaient pas les masques et ils détestaient leurs gilets.
Au bout d’un moment, Doug dit :
- Écoutez, les gars, c’est vous qui vouliez faire ça, vous vous souvenez ? Je ne vous force pas.
John brandit son gilet, un machin qui ressemblait à un gilet de sauvetage en plus gros et en plus élaboré.
- C’est quoi, ce truc ?
- Un BCD (Buoyancy Control Device : gilet stabilisateur qui se gonfle avec l’air de la bouteille. (N.d.T.)), lui répondit Doug.
Ils n’étaient pas plus avancés.
- C’est pour apprendre l’alphabet, dit Andy.
- Non, non ! Pas A BCD ! Un BCD. C’est simple : la quantité d’air que vous mettez dans le gilet détermine à quel niveau vous flottez quand vous êtes sous l’eau.
- Quand je suis sous l’eau, répondit John, je flotte au fond généralement.
- Pas avec le BCD, répondit Doug. Je vais vous montrer.
- Voyons voir, dit John.
Doug entra dans la piscine avec tout son équipement et le BCD suffisamment gonflé pour se maintenir à la surface. La tête hors de l’eau, il dit :
- Je vais lever le bras et appuyer sur le bouton en haut du flexible pour enlever un peu d’air du BCD. Cette piscine ne fait que trois mètres, je ne peux donc pas descendre très profond, mais je vais flotter dans l’eau, au-dessus du fond. Ensuite, j’ajouterai un peu d’air de la bouteille dans le BCD, et ça va me faire remonter. Regardez bien.
Andy et John se regardèrent.
- Regardez-moi ! dit Doug.
- On regarde, répondit John.
Doug fit exactement ce qu’il avait annoncé, en relevant les genoux pour que ses pieds ne touchent pas le fond pendant la descente. Il demeura en suspension au-dessus du fond pendant un instant, puis il s’allongea et traversa la piscine en battant des pieds, alors que son BCD le maintenait à environ 1,50 mètre de profondeur. Durant le retour, il remit de l’air dans son gilet et remonta à la surface. Face à deux visages sceptiques, il dit :
- Vous voyez, c’est facile.
- C’est sûr, dit John.
- Alors, allons-y, dit Doug. Plongez-vous dans le bain !
Non. Il n’était pas question qu’ils « plongent »; même s’il leur assurait qu’ils ne risquaient pas de couler, ils insistèrent pour marcher jusqu’au petit bassin afin de descendre par l’escalier. Et malgré cela, ils avaient à peine de l’eau jusqu’aux genoux lorsqu’ils s’arrêtèrent tous les deux. Aussi hébété que peut l’être un individu encombré par un masque et un détendeur, Andy s’écria :
- Cette combinaison ne marche pas bien !
- Mais si ! répondit Doug. (« J’aurai bien mérité mes mille dollars », pensa-t-il.) Allez, venez, les gars.
- C’est tout mouillé à l’intérieur de ma combinaison !
John, plus calmement et de manière plus fataliste, ajouta :
- À l’intérieur de la mienne aussi.
- C’est normal, expliqua Doug, accroché au rebord de la piscine à l’autre bout du bassin. C’est une combinaison en Néoprène. Elle laisse passer une petite quantité d’eau. Votre corps la réchauffe, la combinaison la retient et comme ça, vous êtes au chaud.
- Mais mouillés ! protesta Andy.
Doug secoua la tête; il perdait courage.
- Franchement, les gars… Peut-être que vous n’êtes pas faits pour ça.
- Non, non, dit John, pas de problème. On voulait juste se renseigner. Si c’est comme ça que ça doit se passer, c’est très bien. Allez, viens, Andy, dit-il en avançant dans l’eau avec la tête d’un type qui goûte la spécialité aux aubergines de sa tante.
Une fois que Doug eut réussi à faire entrer ses élèves dans l’eau, c’est alors que ses problèmes débutèrent réellement. Ces deux gars refusaient tout simplement de respirer sous l’eau. Ils étaient descendus, en serrant le détendeur entre les dents, les yeux écarquillés derrière leurs masques, et ils avaient retenu leur respiration. Finalement, au bord de l’asphyxie, ils étaient remontés à la surface pour avaler d’énormes bouffées d’air.
- Oh ! allons, les gars, ne cessait de répéter Doug. Cet air qui est dans la bouteille que vous avez sur le dos. Utilisez-le !
Rien à faire.
Finalement, Doug comprit que des mesures draconiennes étaient les seules mesures possibles avec ces gars-là. Sortant de la piscine, mais conservant tout son équipement au cas où, il parvint à les convaincre de se diriger vers le grand bain. Leurs BCD étaient gonflés à bloc, évidemment, ils ne risquaient donc pas de couler, et ils se tenaient au bord, mais au moins, théoriquement, ils étaient à un endroit où ils n’avaient plus pied.
Le moment était venu de transformer la théorie en pratique. Avec douceur mais fermeté, Doug les obligea à ôter leurs doigts agrippés au bord de la piscine et il les poussa vers le milieu du bassin. Tétanisés, ils dérivèrent en lui jetant des regards affolés à travers leurs masques.
- Très bien, dit Doug, debout au bord de la piscine. Détendeur en bouche. Est-ce que vous respirez à travers le détendeur ?
Ils hochèrent la tête.
- Très bien. Nous allons maintenant tester une autre partie de l’équipement. Ne vous inquiétez pas, il ne va rien se passer. Levez le bras gauche. Vous voyez le bouton gris en haut du flexible ? Bien. Appuyez dessus.
Confiants, ils appuyèrent. Stupéfaits, ils coulèrent à pic.
Doug vit leur image tremblotante s’éloigner sous l’eau. Debout au fond de la piscine, ils se regardaient avec un mélange de stupeur et de terreur. À ce stade, soit ils paniquaient et il faudrait les secourir, auquel cas tout le monde rentrerait à la maison, car ce n’était pas la peine de continuer, soit ils apprenaient à respirer. Doug les observait et attendait…
Des bulles. D’abord chez John, puis chez Andy. Des bulles : ils respiraient !
Doug sourit en sentant en lui cette bouffée de fierté que les professeurs ne connaissent que trop rarement, et une voix derrière lui cria :
- AAAAKKK ! Pas un geste, toi là-bas, la créature !
Doug faillit sauter dans l’eau. Il sauta effectivement, mais sur place, en faisant un demi-tour, et il se retrouva face à Billy Pohlax, l’agent de police William Pohlax, le flic qui faisait sa ronde et qui n’était pas censé revenir dans les parages avant une demi-heure, mais qui était là, dans cette école, sur le seuil, à moins de dix mètres de la piscine, et qui pointait son arme dans la direction de Doug, d’une main tremblante. Billy paraissait si terrorisé, si incapable de se contrôler, que le coup risquait de partir à tout moment.
- Billy ! Billy ! C’est moi, Doug !
- Pas un geste ! Pas un geste !
Heureusement, la peur maintenait Billy en retrait, à l’intérieur du couloir, et il ne pouvait pas voir les personnes qui se trouvaient dans la piscine.
Doug se figea.
- Je veux juste te montrer mon visage, Billy. Tu te souviens de moi ? Doug Berry ?
- Doug ?
Les tremblements de Billy diminuèrent de manière perceptible.
Doug se risqua à lever les mains pour ôter son masque et son détendeur, afin de montrer son visage livide au visage livide de Billy.
Et Billy s’affaissa avec un soupir de soulagement.
- Bon Dieu, Doug, je t’ai pris pour un Martien ou je sais pas quoi. Ils ont passé ce film à la téloche l’autre soir, La Féline, tu l’as vu ?
- Non.
Billy regarda autour de lui.
- Y a quelqu’un d’autre avec toi ?
Il avança d’un pas.
- Euh… non, répondit Doug en avançant rapidement, mais d’un air nonchalant, pour rejoindre Billy à l’entrée de la piscine. Je vais t’expliquer pourquoi je suis ici. C’est Jack Holsem qui m’a filé une clé, tu te souviens de Jack ?
Discrètement, il décrivit un demi-cercle, de façon à éloigner Billy de la piscine.
- Évidemment, répondit le policier. C’était le plus débile du lycée. Il travaille ici maintenant.
Trois quarts de tour, c’était le maximum que Doug pouvait faire effectuer à Billy.
- En fait, il est toujours au lycée, dit-il en essayant un sourire décontracté, juste pour voir s’il en était capable. Bref, je n’avais aucun endroit pour tester du nouveau matériel. À cette époque de l’année, il fait trop froid dans la baie.
- Oui, je m’en doute.
- Écoute, Billy, reprit Doug sur le ton de la confidence en jouant à fond la carte de leur vieille amitié. Je ne suis pas censé être ici, tu le sais. Et Jack n’était pas censé me donner une clé. Mais je ne vole rien, ni quoi que ce soit, je ne…
- Oui, oui, je comprends, dit Billy en baissant les yeux pour se regarder remettre son arme dans son étui avec une intensité maladroite.
- Je ne veux pas que Jack ait des ennuis, ajouta Doug, et par-dessus l’épaule de Billy, il vit émerger les têtes de John et d’Andy, vers le petit bassin. Ils ressortaient en marchant ! Mais ils se retournèrent et le virent discuter avec un policier, et sans même s’arrêter, ils firent demi-tour et repartirent sous l’eau en marchant d’un pas décidé.
Oh, excellent ! Très astucieux ! Transformant son soulagement en sentiment de camaraderie, Doug dit :
- Billy ? Tu peux fermer les yeux pour cette fois, hein ? Fais ça pour Jack.
- Pas de problème. On va pas s’embêter pour ça. Mais au sujet de la voiture volée garée dehors ?
- La voiture volée, répéta Doug pendant que son estomac partait rejoindre John et Andy au fond de la piscine.
- Une Mercedes. Avec un caducée. Déclarée volée en ville il y a une heure environ. Je suis passé derrière le lycée… (Il esquissa un sourire honteux.) Pour être franc, Doug, je voulais piquer un roupillon.
Doug ne connaissait pas cette expression.
- Piquer quoi ?
- Faire un petit somme, si tu préfères, traduisit Billy. Derrière le lycée, c’est peinard comme endroit. Bref, j’ai reconnu ton pick-up, à cause de l’autocollant, et juste à côté, y avait cette Mercedes volée. (Billy prit un ton délibérément plus officiel, plus solennel.) Tu as un truc à me dire à ce sujet, Doug ?
- Une Mercedes volée ?
L’esprit de Doug était assailli d’un million de pensées inutiles.
- Avec un caducée, ajouta Billy. Alors ?
- J’en sais rien, répondit Doug en pleine panade.
- Tu ne sais rien sur cette voiture ?
- Non, dit Doug, en toute innocence. Elle n’était pas là quand je me suis garé. Je suis ici depuis une demi-heure environ. Ils ont dû la laisser là après que je sois entré.
- Oui, ils l’ont abandonnée, confirma Billy en hochant la tête. O.K., Doug. Faut que j’aille faire mon rapport. Tu es prêt à partir ?
- Euh… écoute, Billy. J’en ai encore pour… je sais pas, dix minutes ou un quart d’heure pour… tester tout le matériel. Ça t’embête si je…
- Le problème, dit Billy, c’est que la fourrière va venir chercher la Mercedes. Et s’ils voient ton pick-up, je serai obligé de te coller une amende, au minimum. C’est interdit de se garer derrière l’école après 22 heures. Sauf les soirs de match.
- Euh…
Il ne pouvait pas laisser John et Andy au fond de la piscine toute leur vie !
- Accorde-moi juste cinq minutes, O.K. ?
- Quelques minutes, pas plus, répondit Billy à contrecœur. Mais je ne peux pas rester éloigné de mon poste, de ma radio…
- Retourne près de ta radio. Je finis ici et je te rejoins tout de suite.
- Ne tarde pas trop, hein ?
- Non, non. Promis.
Billy se tourna vers la piscine, comme s’il avait décidé d’aller y jeter un coup d’œil, finalement.
- Ça fiche la trouille cet endroit en pleine nuit. Comme dans La Féline. Faut que tu voies ce film, Doug. L’original, pas le remake débile.
- J’y penserai, Billy. N’oublie pas ta radio qui t’attend.
- Exact. (Il pointa un doigt sévère sur Doug en reprenant son air officiel.) Cinq minutes.
- Merci, Billy.
Sur ce, Billy s’en alla enfin, et dès qu’il fut parti, Doug courut vers le bassin et sauta dans l’eau, à l’endroit où John et Andy se tenaient debout, comme s’ils attendaient d’être pris en stop par un sous-marin. Avec des gestes frénétiques, il leur montra comment remettre de l’air dans leur BCD pour augmenter leur flottabilité et ils remontèrent tous les trois. Dès que leurs têtes crevèrent la surface, ils se mirent à hurler, mais l’affolement de Doug l’emportait et il réduisit les deux autres au silence en beuglant :
- On n’a pas le temps !
- C’était un flic ! cria Andy.
- À la recherche de ceux qui ont volé la Mercedes !
Andy et John se turent. Flottant dans la piscine, ils échangèrent un regard, puis John s’adressa à Doug :
- Tu n’as pas dit qu’on était au fond de la piscine, par hasard ?
- Ne vous en faites pas, j’ai dit que j’étais seul. Mais il faut que je m’en aille, je dois déplacer mon pick-up avant que Billy appelle la fourrière pour venir chercher la Mercedes.
- Billy ? dit John.
- Le flic. J’étais à l’école avec lui. Dans ce lycée.
- Ah ! les premières amitiés, dit Andy, c’est capital.
- Oui, dit Doug. Bref, faut que je m’en aille, mais vous deux, vous ne pouvez pas. Alors, voici ce qu’on va faire. Je vais attendre qu’ils soient venus enlever la Mercedes et que tout le monde soit parti, et ensuite, je reviendrai vous chercher, avec tout le matériel.
- Dans combien de temps ? demanda John.
- Qu’est-ce que j’en sais, moi ? Une heure peut-être.
- Et qu’est-ce qu’on va faire ici pendant une heure ?
Doug balaya du regard la piscine, avant de revenir sur ses élèves.
- Vous pourriez vous entraîner, dit-il. Franchement, vous en avez besoin, les gars.
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