Dégâts des eaux
Chapitre 45
Quand Dortmunder ouvrit la porte de chez lui et entra en s’exclamant : « May ! C’est moi ! », une voix lui répondit : « Je suis ici, John ! » Tout cela était normal, sauf qu’il y avait deux problèmes : 1) Ce n’était pas la voix de May. 2) Ce n’était même pas une voix de femme.
Sur ses gardes, Dortmunder avança jusqu’à la porte du salon, où il découvrit Stan Murch assis sur le canapé, une boîte de bière à la main, visiblement soucieux.
- Je ne veux pas en parler, déclara Dortmunder.
- Je comprends, répondit Stan, mais la situation a changé.
- Moi, je n’ai pas changé.
- Tu devrais peut-être aller te chercher une bière, suggéra Stan.
Dortmunder l’observa. La personnalité de Stan le chauffeur correspondait habituellement à la couleur de ses cheveux poil de carotte : optimiste, directe, un peu agressive. Mais à cet instant, il paraissait sombre, inquiet, presque morose : un nouveau Stan, mais pas un Stan amélioré.
- Je vais me chercher une bière, décréta Dortmunder.
Ce qu’il fit. De retour de la cuisine, il s’assit dans son fauteuil habituel, porta la boîte à sa bouche, but une gorgée de bière, s’essuya le menton et dit :
- Bon. Je t’écoute.
- May est partie.
C’est bien la dernière chose à laquelle s’attendait Dortmunder. Il s’était préparé à subir une nouvelle offensive au sujet de ce foutu réservoir, en se disant que May avait persuadé Stan d’aborder la question avec lui, mais…
May ? Partie ? Impossible.
- Impossible, dit-il.
- Je t’assure, dit Stan, sans aucune satisfaction. Le taxi est parti il y a une vingtaine de minutes. Jette un coup d’œil dans la penderie, si tu me crois pas. Ou dans la commode.
- Mais… (Dortmunder était incapable de forcer son esprit à accepter cette idée.) Elle m’a quitté ? May m’a quitté ?
- Non, non, répondit Stan. Elle dit que tu peux venir vivre avec elle si tu en as envie. Avec elle et Maman.
Dortmunder avait beau se concentrer, tout cela n’avait pas la moindre parcelle de sens.
- Ta maman ? Qu’est-ce qu’elle a à voir là-dedans ?
- Elles vivent ensemble, dit Stan. C’était ça le taxi de May, la dernière course de Maman. C’est même une idée de Maman, ajouta-t-il, amer. Elle a demandé un congé exceptionnel à la compagnie de taxis en prétextant le surmenage dû aux embouteillages, et May a dit qu’elle avait droit à un congé sabbatique au supermarché, alors elles ont fichu le camp. Mais elles ont dit qu’on pouvait venir vivre avec elles quand on voulait.
Dortmunder s’était levé en renversant un peu de bière.
- Où ça ?
Il était prêt à y aller, n’importe où. Il irait là-bas pour obtenir une explication qu’il pourrait comprendre, et ramener May à la maison.
- Où ça, Stan ?
- À Dudson Center.
Stan poussa un long soupir, secoua la tête et précisa :
- Au pied du barrage. C’est là qu’elles vivent maintenant.
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