Dégâts des eaux
Chapitre 55
Doug se sentait comme quelqu’un qui souffre de maladie des caissons. Cela ne lui était jamais arrivé personnellement, car il s’était toujours comporté en plongeur prudent et professionnel, mais on lui avait décrit les symptômes, et ceux-ci correspondaient pile à son état présent : nausées, angoisse, désorientation et douleurs. C’était tout lui.
Et dire qu’il était si heureux quelques instants plus tôt, dans les bras de Myrtle Street; il avait franchi le dernier obstacle et il chevauchait enfin vers la ligne d’arrivée. Quelle merveilleuse distraction lui avait offerte Myrtle dans sa recherche de John et d’Andy, dans son observation du réservoir de Vilburgtown; comme excuse pour répéter ses visites à Dudson Center, on ne pouvait pas faire mieux.
D’une certaine façon, la quête de Myrtle Street était devenue aussi importante à ses yeux que la quête de John et d’Andy et des sept cent mille dollars du braquage du fourgon blindé. Et puis, juste au moment où une des quêtes semblait sur le point de connaître un tendre et magnifique dénouement, l’autre quête avait effectué une volte-face totalement inattendue, le poursuivant était devenu le pourchassé; au pire moment de toute l’histoire de l’humanité, John avait surgi !
Rétrospectivement, Doug n’avait conservé de cette journée traumatisante que quelques flashs, de courtes périodes de lucidité durant lesquelles il flottait dans un tourbillon de malaise et de panique, sombre et menaçant. À commencer par ce salon rempli de gens, des hommes et des femmes qui étaient des étrangers pour lui, à l’exception de John et d’Andy, et qui tous, pour une raison quelconque, semblaient très en colère après lui.
Surtout un vieux bonhomme à l’air mauvais, assis sur une chaise dans un coin. Pendant que les autres braillaient, ce type ne cessait de répéter, d’un ton calme dénué de toute passion : « Tuons-le. »
Le tuer ? Me tuer ? Doug balayait du regard ces visages inamicaux en déglutissant régulièrement, car il craignait de leur donner une raison supplémentaire de le tuer s’il vomissait par terre.
Finalement, ce fut Andy qui, le premier, réagit au leitmotiv du vieux type :
- Pour une fois, je suis presque d’accord, Tom.
Oh, Andy ! s’exclama mentalement Doug. Il était bien trop effrayé pour crier quoi que ce soit à voix haute, même pour sauver sa peau. Andy, Andy, Andy, criait-il en lui-même. Moi qui t’ai appris à plonger !
Mais John disait :
- On a besoin de lui, Tom.
Dieu soit loué. Même si John ne semblait pas très heureux de devoir dire ça, et même s’il ne semblait pas très convaincu.
Le vieux type - Tom - répondit alors :
- Qu’est-ce qu’il foutait par ici, hein ? Un gars de Long Island ! Il vous a suivis, John. Toi et Andy. Il est dans le coup. Il veut mettre le grappin sur le pognon.
Doug retrouva enfin sa voix et, en claquant des dents, il dit :
- Je… je… j’ai une petite amie… M-M-Myrtle Str-st-street.
- C’est la rue d’à côté, déclara d’un ton brutal une petite femme en colère, vêtue d’une chemise en flanelle.
- Non, non, non, bafouilla Doug. C’est elle, c’est elle…
- Sa petite amie ira mettre des fleurs sur sa tombe, dit Tom. (Il adressa un sourire fort désagréable à Doug puis se retourna vers les autres.) C’est un plongeur, non ? Emmenons-le au réservoir, on verra comment il plonge avec des plombs autour du cou.
- On a besoin de lui pour récupérer l’argent, dit John.
- Pas moi, dit Tom.
L’autre femme qui se trouvait dans le salon, plus grande que l’autre, plus calme aussi, intervint :
- Tom, vous avez promis de laisser faire John, vous vous souvenez ?
Tom haussa les épaules.
- Tu aimes ce plongeur, John ? demanda-t-il. Tu veux faire entrer ce plongeur dans nos vies ?
L’autre gars présent, un type enjoué aux cheveux roux qui aurait sans doute fait un excellent combattant de rue, dit :
- Voyons si l’arrangement lui convient. Fais-lui la proposition, John.
Une proposition ?
- J’accepte ! s’exclama Doug.
Ils le regardèrent tous, tellement surpris qu’ils en oublièrent leur colère. Même Tom parut quasiment humain pendant une seconde.
- C’est ce que j’appelle une réaction enthousiaste, commenta Andy.
John dit, d’un ton presque compatissant :
- Écoutez d’abord la proposition, Doug.
- O.K.
Il était encore obligé de déglutir et des petits soleils s’étaient mis à danser à la périphérie de son champ de vision. Mais il était prêt à écouter la proposition, s’il le fallait. Écoutons d’abord la proposition.
- Vous savez ce qu’on cherche au fond du réservoir, dit John.
Retour de la panique !
- Oh ! Euh…
- On sait que vous savez, dit John d’un ton moins avenant. Ne me faites pas perdre mon temps.
- O.K., dit Doug. O.K.
- Bon. Alors, voilà…
John lui fit la proposition. Il était question de ceci et cela, de pourcentages, de plongée, et pendant tout ce temps, Doug hocha la tête, et quand John s’arrêta enfin de parler pour observer sa réaction, Doug adressa un grand sourire à toute l’assemblée, malgré sa nausée, et il dit :
- O.K. Très bien. Je suis d’accord. Où dois-je signer ? Ça me semble bien. Pas de problème. Je vous suis. Sans hésiter. D’accord ! Avec plaisir. Il n’y a rien à redire. Tapez là ! Je suis…
- Oh, la ferme ! s’écria la femme trapue à la chemise en flanelle.
Puis il y avait eu le trajet jusqu’en ville. Le type aux cheveux roux, qui s’appelait Stan, conduisit le pick-up de Doug qui, lui, était assis à la place du passager, et ils suivaient Andy et John qui se trouvaient à bord d’une Cadillac Sedan da Fe, avec un caducée sur le pare-brise. (« Je peux conduire », avait dit Doug. « Non, vous ne pouvez pas », avait répondu John, et ça s’était arrêté là.) Avant de quitter la maison d’Oak Street, ils avaient appelé un certain Wally, et maintenant, ils retournaient tous en ville pour que ce Wally montre quelque chose à Doug. Pas de problème, les gars, je ferai tout ce que vous voulez.
En chemin, Doug essaya de sympathiser avec le dénommé Stan, mais ça ne se passa pas très bien. En guise d’ouverture, il demanda :
- Vous connaissez John et Andy depuis longtemps ?
- Hmm, fit Stan.
Il conduisait avec les deux mains sur le volant et les deux yeux sur la route.
- Moi, je viens de les rencontrer, dit Doug. Y a pas longtemps. Je leur ai appris à plonger.
- Hmmm.
- Je pourrais vous apprendre à vous aussi, Stan, si vous voulez. En tant qu’ami de John et Andy, je ne vous ferai pas payer le…
- Vous avez déjà vu un 360 ? le coupa Stan.
Doug regarda le profil impénétrable de Stan.
- Un quoi ?
- Un 360.
- Je ne sais pas ce que c’est, avoua Doug, sentant renaître dans son estomac les palpitations de la panique.
- Ah bon ? Je vais vous montrer, dit Stan.
Il accéléra brusquement, le pick-up dépassa comme un éclair la Cadillac de médecin pour s’engouffrer dans une petite portion d’autoroute déserte; il y avait des voitures devant et derrière, mais pas là. Stan tourna légèrement le volant à gauche et brusquement à droite, tout en faisant un truc rapide et délicat avec la pédale de frein, le frein à main et l’accélérateur. Le pick-up se mit à tourner sur lui-même au milieu de la route - en continuant à rouler à 100 kilomètres à l’heure en direction de New York - pour finalement se retrouver dans le bon sens et repartir, après un petit tremblement.
Doug ne respirait plus. Il avait la bouche ouverte, mais il ne respirait plus. Il avait vu défiler à toute allure le monde extérieur à travers le pare-brise - l’herbe du terre-plein central, la route derrière eux avec la Cadillac, la forêt au bord de la route, puis la bonne direction de nouveau - tout ça en l’espace d’une seconde; cela avait été trop rapide pour pouvoir paniquer pendant, c’était donc maintenant que Doug craquait.
Stan le chauffeur ralentit pour laisser passer la Cadillac, sans rien dire. Andy, qui était au volant, lui adressa un grand sourire et un signe de la main. Stan lui répondit d’un air digne. Et Doug n’avait toujours pas recommencé à respirer.
Quand il y songea enfin, il prit une longue inspiration rauque par la bouche qui lui brûla la gorge de haut en bas. Et Stan parla enfin;
- Voilà, c’est ça un 360, dit-il. Si vous continuez à me parler, je vous montre d’autres trucs que je connais.
Doug resta très silencieux durant tout le reste du trajet.
Le dénommé Wally était une sorte d’erreur de la nature : petit, obèse et moite. Sa seule qualité, apparemment, c’était qu’il ne semblait pas en colère après Doug. Il l’accueillit même chaleureusement dans son étrange appartement - on aurait dit un atelier de réparation de matériel électroménager -, avec un sourire amical, une poignée de main humide, en disant :
- Vous voulez des crackers et du fromage ?
- Euh…
Doug n’était pas sûr que les autres soient d’accord.
Non, ils ne l’étaient pas.
- On n’a pas le temps, Wally, dit John. Montre-lui la maquette.
- O.K.
La « maquette » n’était pas du tout un truc comme un petit train électrique, c’était une série d’images sur un écran de télé relié à un ordinateur. Il y avait même une séquence animée et l’ensemble était très joli à regarder.
Doug demeura debout derrière Wally, conscient d’une seule chose : il devait faire ce qu’on lui demandait. Regarder la maquette en l’occurrence. Après cela, si on lui demandait de faire autre chose, il le ferait. Il gardait les yeux fixés sur l’écran donc, ignorant totalement John, debout à côté de lui, qui observait son profil en fronçant les sourcils. Il ne vit pas non plus John secouer la tête d’un air agacé, lever la main et serrer le poing, en faisant saillir la jointure du majeur. En revanche, il sentit la présence de John lorsque celui-ci lui donna un coup sur le crâne.
Ouille ! Ça faisait mal ! Doug recula instinctivement, les yeux écarquillés, et lançant un regard noir à John. Trahi ! Il faisait pourtant ce qu’ils lui demandaient !
Mais visiblement, John n’était pas satisfait.
- Vous rêvez ! dit-il. Vous dormez debout ! Vos yeux regardent dans le vide !
- Pas du tout ! Pas du tout !
De nouveau en proie à la panique, Doug se réjouissait que Tom, le méchant vieux, ne les ait pas accompagnés. Nul doute que s’il était là, il se remettrait à aboyer pour réclamer son sang.
Mais les autres n’étaient pas plus agréables pour autant. Andy s’approcha de lui, de l’autre côté.
- Qu’est-ce que t’a montré Wally ?
Doug le regarda en réprimant un hoquet.
- Hein ?
- Qu’est-ce que tu as vu sur l’ordinateur ?
Doug cherchait désespérément une réponse.
- La maquette !
- La maquette de quoi ?
Doug regardait les deux visages glaciaux et le visage moite. Aux abois, il bredouilla :
- Je… je savais pas qu’il y aurait un test.
John et Andy se regardèrent, comme s’ils se demandaient quelle était la meilleure façon de se débarrasser du corps. Assis entre eux devant son ordinateur, mais se dévissant la tête pour regarder Doug, Wally dit soudain :
- Vous savez ce qui lui arrive ? Il est en état de choc.
John regarda Wally en plissant le front.
- En quoi ?
- État de choc. Regardez ses yeux. Tâtez son front, je parie qu’il est froid et moite.
Andy posa la main sur le front de Doug, fit une grimace - beurk - et s’empressa de retirer sa main.
- Exact, dit-il en essuyant sa paume sur son pantalon.
Wally se leva, prit le bras docile de Doug et dit :
- Venez par là vous asseoir.
Doug se laissa conduire jusqu’au canapé et s’y assit comme le lui demandait Wally. Celui-ci dit alors :
- Penchez-vous en avant. Et mettez votre tête entre vos genoux.
- Pourquoi ? demanda Doug, de nouveau inquiet. Qu’allez-vous me faire ?
- Rien, dit Wally en l’obligeant délicatement à pencher la tête en avant, puis il se tourna vers les autres. Que lui avez-vous fait ?
- Rien, répondit Andy, mais il paraissait sur la défensive.
- On lui a offert soixante mille dollars, ajouta John d’un ton maussade.
- Presque rien, répondit Stan.
Penché en avant, la tête entre les cuisses, regardant les boulons, les disquettes, les piles, les clés à six pans, les pinces de courant et autres débris électriques et électroniques oubliés sous le canapé, Doug se sentait étrangement protégé, comme s’il était caché dans une caverne, à l’abri. Il trouva même le courage de dénoncer Stan.
- 360, murmura-t-il.
Wally se pencha tout près de lui; Wally étant ce qu’il était, il n’eut pas à se pencher beaucoup.
- Qu’avez-vous dit, Doug ?
- 360.
- Oh, pour l’amour du ciel ! s’exclama Stan. C’était rien du tout. J’ai fait ça pour l’amuser.
Sur le ton du scientifique intéressé, Andy demanda :
- Tu crois que c’est ce qui l’a mis en état de choc ? Quand Stan a fait son numéro ?
- Tom, murmura Doug.
- Qu’est-ce qu’il a dit ? demanda Stan.
Wally servait de traducteur.
- Il a dit : « Tom. »
- Ah ! oui, fit Andy. Y a des fois où Tom me met en état de choc, moi aussi.
- Myrtle, murmura Doug.
- « Myrtle », traduisit Wally.
- C’est la rue où habite sa copine, expliqua John.
- C’est son nom, murmura Doug, mais Wally n’écoutait plus.
Il disait :
- Il lui est arrivé un tas de trucs à ce pauvre gars. Pas étonnant qu’il soit en état de choc.
- Dans combien de temps il sera de nouveau en état de marche ? demanda John.
- Oh ! j’en sais rien, John, répondit Wally. Le temps qu’il s’en remette, je suppose.
Doug roula sur le canapé, ramena ses jambes en position fœtale et ferma les yeux. Sans faire attention à lui, les autres continuèrent à discuter. C’était un bruit apaisant. Très apaisant. C’est étonnant comme un bruit apaisant peut être apaisant. Totalement apaisant.
Doug ouvrit les yeux. Le temps s’était écoulé. Il faisait plus sombre dans la pièce. La pièce était vide.
Il se redressa; les souvenirs explosèrent dans sa tête comme une grenade à fragmentation. Myrtle. John. Le salon en colère. La voiture-toupie. La maquette à la télé. Le bruit apaisant. Et maintenant : seul.
Seul. Même les crackers et le fromage avaient disparu. La porte était là-bas. L’appartement était silencieux.
Doug, concentre-toi. La porte est là-bas.
Avec prudence, il se leva, puis se dressa sur la pointe des pieds. Aussi silencieux qu’une mite dans un pull, il traversa la pièce en désordre jusqu’à la porte, il tendit la main vers la poignée en silence, la tourna en silence, ouvrit la porte en silence.
- Attention ! hurla une voix. Elle a un couteau !
Doug poussa un cri strident et s’écroula au sol.
- Espèce d’enfoiré d’ta mère, j’vais te couper les COUILLES, putain d’enfoiré !
Wally, surpris alors qu’il dînait dans la cuisine par le vacarme de son alarme hurlante (voilà bien longtemps qu’il n’avait pas entendu la folle au couteau, se dit-il), se précipita dans le salon pour découvrir la porte d’entrée grande ouverte et Doug allongé dans le couloir à plat ventre. Wally s’approcha de lui et lui tapota l’épaule : Doug poussa un hurlement et s’évanouit.
Une lumière. Des voix. Gardant les yeux fermés, Doug se réorienta peu à peu, dans l’espace et dans le temps, et soudain, les souvenirs revinrent comme un agneau qui gambade, doux et joyeux. Il se souvenait de tout et il comprenait même pourquoi il était couché sur le sol. Une seule chose l’intriguait : pourquoi cette folle ne l’avait-elle pas taillé en lanières avec son couteau ?
Ne discute pas, Doug; accepte les choses telles qu’elles sont.
Il roula sur le dos, ouvrit les yeux, les plissa à cause de la lumière et se redressa en position assise. Et la voix d’Andy s’éleva :
- Voici la Belle au bois dormant.
- La Belle au bois dormant, répéta John.
Doug regarda en direction du canapé et de la chaise : ils étaient là tous les quatre, autour des crackers et du fromage : Wally, John, Andy et Stan. Aucun signe de la folle au couteau.
- O.K., dit-il. Très bien. Ça suffit.
- Je suis d’accord, répondit John. Vous êtes redevenu normal ?
- Je crois, dit Doug. Je vais conclure un marché avec vous. Je ne sais pas qui était cette femme, j’ignore quel est son problème et où elle se trouve maintenant, mais je promets de faire tout ce que vous voulez si vous l’empêchez de m’approcher. Je ne veux plus jamais la revoir. D’accord ?
Ils se regardèrent tous les quatre d’un air interloqué. Finalement, ils hochèrent les épaules. Puis John dit :
- Marché conclu.
- Excellent, dit Doug avec un immense soulagement. Maintenant, je peux y aller. Je serai attentif à la maquette et je me concentrerai sur l’opération de récupération…
- La quoi ? demanda John.
- L’opération de récupération. C’est bien ce que vous comptez faire, non ? Remonter un truc qui se trouve au fond du réservoir. On appelle ça une opération de récupération.
Avec un sourire jusqu’aux oreilles, Andy ajouta :
- Vous voyez ? C’est ça les professionnels. Dès que vous faites appel à la bonne personne, vous apprenez du vocabulaire et ainsi de suite.
- Oui, je me souviens des opérations de récupération, dit John, qui avait retrouvé sa mauvaise humeur. Dans ce bouquin : Épaves maritimes.
- Ah ! superbouquin, commenta Doug.
- Vous aviez mal articulé tout à l’heure, c’est tout, dit John. C’est donc une opération de récupération. Mettons-nous au boulot.
Ils s’y mirent et, cette fois, Doug put enregistrer le schéma de l’ordinateur, constater combien c’était astucieux et remarquer certains problèmes à venir.
À un moment, il demanda :
- Comment comptiez-vous faire pour retrouver une petite boîte enterrée dans un champ ? Vous aviez l’intention de tout retourner ? Sous l’eau ?
D’un ton un peu agacé, John répondit :
- On connaissait l’emplacement grâce à Tom. Et on avait emporté un tisonnier pour nous aider.
- Super, ironisa Doug.
Maintenant qu’ils étaient entrés dans son domaine, il se débarrassait des derniers vestiges de panique et d’insécurité et il devenait inconsciemment un peu arrogant et méprisant. Il secoua la tête, puis s’adressa à Wally :
- Comment est localisé l’emplacement ?
Wally lui parla des trois lampadaires qu’avait utilisés Tom comme point de repère pour savoir où était enterré le cercueil. Alors, Doug demanda :
- Pouvez-vous me donner une estimation précise de la distance entre le mur de l’arrière de la bibliothèque et la boîte ?
- Bien sûr.
D’un ton un peu caustique, John demanda :
- Qu’allez-vous faire ? Compter les pas sous l’eau ?
- J’emporterai un fil, expliqua Doug. De la même longueur que la distance du mur à la boîte. Vous comprenez ?
- Grrmmm, fit John et après cela, il cessa d’interrompre Doug, ce qui permit à celui-ci de se concentrer sur le problème.
Quand Wally lui eut montré tout ce qu’il possédait, Doug s’éloigna de l’ordinateur et déclara :
- O.K. Je vois le topo.
- C’est faisable ? demanda Andy.
- Oui.
- Tant mieux.
- Mais, ajouta Doug, pas sans bateau.
- Hé, Doug ! dit Andy. C’est un réservoir, je vous signale ! Interdiction de faire du bateau.
Doug le regarda en plissant le front.
- J’ignorais que vous étiez si respectueux des lois, vos camarades et vous.
John intervint :
- Ce que veut dire Andy, c’est qu’on ne peut pas être vus dans un bateau.
Doug haussa les épaules.
- On attendra une nuit nuageuse. Il suffit d’un petit canot pneumatique avec un moteur de dix chevaux.
- Un moteur ? dit John. On ne doit pas non plus être entendus à bord d’un bateau.
- On ne l’entendra pas, promit Doug. La chose la plus importante, c’est d’arriver par au-dessus, ça veut dire en bateau.
- C’est cher, dit John.
Doug repoussa cet argument d’un geste.
- Deux mille dollars environ. Pour le canot plus le moteur. Sans parler du reste, évidemment. C’est un coup de quatre ou cinq mille dollars en tout.
John hocha la tête.
- Le moment est venu d’aller annoncer la bonne nouvelle à Tom. On a encore besoin d’argent.
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