La Friction du temps
Pornoland : « Les foufounes, c’est des conneries »
1 . Les foufounes, c’est des conneries
Les foufounes, c’est des conneries. Ne vous laissez jamais convaincre du
contraire.
Je dis à John Stagliano, à qui l’on doit Buttman1 : « Je voudrais savoir
quelque chose… » Au sortir de sa villa porno (nous nous tenions sur son
patio porno devant sa piscine porno). Malibu, Californie. Au bas de la
pente, de l’autre côté de la route : l’océan Pacifique ; les Stagliano n’ont pas
accès à son rivage porno. Mais, le soir, ils peuvent contempler le coucher du
soleil porno avec ses roses, mauves et orange sanguine pornos, puis
s’attarder un moment, qui sait, sous la lune porno. « Je voudrais savoir…
Comment expliquez-vous l’importance, pas seulement dans votre travail
mais aussi dans la profession en général, comment expliquez-vous l’accent
véritablement incroyable qui est mis sur le sexe anal ? » Après une pause
infime et un infime haussement d’épaule, Stagliano répond : « Les
foufounes, c’est des conneries. »
John suivait là stricto sensu la définition du dictionnaire. « Conneries » :
inepties destinées à tromper. Brodant sur « vaginal », Stagliano élabora :
voilà, vous avez une gonzesse qui s’égosille. Le spectateur vraiment
perspicace (plié en deux en avant sur son canapé) doit se demander : c’est
pour de vrai ? Ou c’est des conneries ?
Mais avec « anal », l’actrice doit exprimer une réaction d’un ordre
différent : plus gutturale, plus animale. Comme Stagliano exprime ça, de
façon un tantinet surannée mais brillamment : « Sa personnalité ressort ! »
(Or c’est sa personnalité, après tout, n’est-ce pas, que le spectateur de porno
meurt d’envie de découvrir ?) Stagliano poursuit : « On a besoin de mecs
qui peuvent vraiment bien baiser et donner l’impression que les filles sont
plus… viriles. » Plus viriles, à savoir : plus masculines ; ici encore,
Stagliano est dans la droite ligne du King’s English. On veut que les filles
montrent « leur testostérone ».
Le nom de Rocco Siffredi fut évoqué à maintes reprises, avec mélancolie
et respect. Rocco Siffredi, l’Italien grotesquement membré, est dans le porno le roi des buttbangers, des assbusters (« casseurs de cul »).