L'écornifleur
Celle de Talléhou est toute petite. On…
XXXVII
LA PLAGE
Celle de Talléhou est toute petite. On marche pieds nus sur un sable fin
et doux comme un ventre de femme. On se baigne sans cérémonies. Une
femme debout au creux d’un rocher, la main en garde-crottes sur ses
yeux, feint de regarder quelque chose au loin, un vapeur. On cherche.
Cependant elle se déshabille par escamotage: on la retrouve en costume
de bain.
Avec des gestes chasseurs de mouche, elle s’avance à la rencontre de la
mer. Elle pousse des cris, et s’exerce à sautiller en l’air, comme un
jouet mécanique, à se jeter sur la tête, les épaules, les seins, des
pleines mains de sable mouillé et de filandreux varech. La mer a beau
faire le chien couchant: dès qu’elle s’approche, la baigneuse s’enfuit,
plaintivement gloussante, vers son rocher.
C’est ainsi que se baignent presque toutes ces dames. Galamment, le
maire avait fait planter deux poteaux, tendre des cordes «pour faciliter
leurs ébats natatoires», disait-il. Elles eurent peur, non de l’eau,
mais de ces cordes, qui se tordaient comme des serpents dans leurs
jambes. En outre, elles prétendaient qu’on apprend mieux à nager sur le
bord. La mer, en colère, a roulé les cordes, arraché les poteaux,
emporté le tout.
Ces dames adorent les rondes entre elles, se tiennent par la main. Elles
tournent, fouettées d’éclaboussures, frénétiques avec des rires de
sauvagesses qui vont faire un bon repas, manger le missionnaire garrotté
et cuisant à petit feu.
De temps en temps un baigneur aimable les avertit.
—«Doucement, Mesdames. Pas par là: vous vous trompez. La mer est de ce
côté.»