L'écornifleur

Jules Renard · Chapitre 216 sur 216

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L'écornifleur

Installé, les jambes allongées, le coude dans l’embrasse, tandis qu’au

LV

 

ADIEU!

 

Installé, les jambes allongées, le coude dans l’embrasse, tandis qu’au

passage du train les pommiers courent, des poulains s’effarent, des

perdrix s’envolent, moi je me sauve!

 

Il était temps. Le désastre aurait éclaté. Entre deux excitants

également imprenables, je perdais la tête.

 

Mes amis m’ont donné ce qu’ils avaient de meilleur en eux. Ils sont bons

maintenant à mettre dans des mémoires. Afin que Marguerite m’oublie, on

lui achètera un poney, propre à la selle. Le premier amour d’une jeune

fille se passe en exercice, et le dernier d’une femme mûre en paroles.

Madame Vernet sera sage, et dira:

 

—«Je remercie le hasard, qui me l’avait envoyé et me le reprend. Notre

brève aventure se termine bien; une femme honnête n’en rougirait pas. Je

souffrais des nerfs, de la sensibilité: ils se calment… Je connais au

fond de moi un coin rafraîchissant où je pourrai me retirer loin de mon

mari, quand j’aurai besoin d’être seule. Il faut des souvenirs à une

femme qui vieillit. J’en ai fait ces temps-ci provision. J’ai été tentée

de me mettre au café, et je vois que je me contenterai d’un canard.»

 

Ainsi songera Madame Vernet dans une buée de mélancolie. C’est Monsieur

Vernet qui me regrettera le plus, à cause de l’argent qu’il m’a prêté.

 

Comme c’est bon d’avoir la conscience à peu près nette! Car enfin

j’aurais pu mal agir, déchirer jusqu’au coeur ceux que je n’ai

qu’égratignés. J’entends alors Monsieur Vernet:

 

—«Vous êtes l’amant de ma femme et vous êtes l’amant de ma nièce!»

 

Je sens sa lourde main sur mon épaule.

 

Oh! je me forme petit à petit.

 

L’humeur et le pays parcouru changent. Chacun des ressauts du wagon

casse un des fils qui me retenaient là-bas; celui-ci me mettait en

communication avec l’amour gris-tendre de Madame Vernet, celui-là avec

l’innocent éveil de coeur de Marguerite, cet autre avec les bons repas,

la table, le lit hospitaliers.

 

Tous se brisent. Les bouts s’accrochent à mon âme, et je pourrais la

secouer comme un tablier de couturière.

 

Mes chers amis, une dernière fois merci et adieu! Il ne me reste plus

qu’à me coller au dos cette étiquette trouvée dans le _Journal des

Goncourt_:

 

«À céder un parasite qui a déjà servi.»

 

Paris.—Typ. Chamerot et Renouard, 19, rue des Saints-Pères.—28107.

 

DU MÊME AUTEUR

 

Les Roses, poésies……………. (_épuisé_)

 

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