L'écornifleur
Monsieur Henri, avez-vous du savon?
XIX
CIVILITÉS
MADAME VERNET
Monsieur Henri, avez-vous du savon?
HENRI
J’en ai, Madame, merci.
MADAME VERNET
Dites-moi s’il vous manque quelque chose.
HENRI
Il ne me manque rien: vous êtes trop bonne.
Elle ne m’a pas encore prié de «voir en elle une seconde mère». Elle
n’entre pas dans ma chambre, et quand elle me montre un objet de
toilette, je ne vois que sa main, un peu de son bras. Sa main est trop
courte, trop sanguine. Au moindre effort, les veines ressortent, et
Madame Vernet semble alors avoir des bouts de laine bleue sous la peau.
Mais son bras est rond et blanc. Si une tension le découvre, la manche,
quoique large au poignet, remonte peu, s’arrête avant d’arriver au
coude, et l’étrangle.
—«Avez-vous une brosse?»
Encore! J’ai peur de la voir entrer, et je n’ose pas faire ma toilette.
Poète, je porte des bretelles qui tirent, comme une oreille, mon
pantalon, et l’élèvent jusqu’à mes aisselles. Mon ventre, au chaud,
paraît emmailloté. Debout, inoccupé, je cause, à travers la porte, avec
Madame Vernet. Je n’ai pas été, jusqu’ici, gâté par les attentions des
femmes, et tant de sollicitude m’amollit.