La mélancolie du kangourou (French Edition)

Laure Manel · Chapitre 28 sur 69

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La mélancolie du kangourou (French Edition)

27. Sortir de sa torpeur

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Sortir de sa torpeur

 

Lou a été hospitalisée plusieurs jours.

Antoine a eu du mal à revenir à l’hôpital où il a perdu sa femme. Il n’a pas aimé non plus franchir à nouveau les portes du service pédiatrie. Trop de mauvais souvenirs. Comme un retour en arrière plus vrai que nature.

Il a fallu qu’il explique également que non, la jeune femme qui l’accompagne n’est pas la mère de Lou… Le simple fait qu’on puisse le penser l’a interloqué. Quand même… Rose est presque encore une enfant !

Le mercredi, il est resté près de Lou toute la journée. C’est ce jour-là que beaucoup de choses ont changé. Quand il a attendu avec fébrilité le verdict du pédiatre, quand il a lu le sérieux dans les yeux des soignants, quand il a éprouvé un sentiment nouveau : la peur de perdre sa fille. Pour la première fois, non seulement il ne s’est pas senti indifférent à son sort (l’avait-il en réalité jamais été ?), mais en plus il a senti poindre dans son cœur de l’inquiétude et… de l’attachement. Il a eu peur pour elle, a même craint pour sa vie, malgré les paroles réconfortantes des médecins. Lou avait simplement besoin d’être soignée à l’hôpital, elle n’était pas en danger.

Il a eu mal, aussi, pour elle, quand sous les massages de la kiné respiratoire, Lou s’est tordue de pleurs et de douleurs. Il a ressenti un pincement au fond de lui. Une empathie forte, solidaire, et sincère. C’était tout nouveau. C’était plus que la prise de conscience d’un fait réel : une révélation.

Le jeudi et le vendredi, Antoine n’a pas pu prendre ses journées, mais il est passé la voir avant de commencer, et il est rentré plus tôt le soir. Rose était là, aux côtés de Lou, pour pallier son absence. D’ailleurs, Lou était sans doute plus rassurée encore par la présence de la baby-sitter que par celle de son propre père. Pour la première fois, cela l’a touché, il en a ressenti de la honte ; et presque un peu de jalousie.

C’est à la suite de ces trois jours qu’il a pris deux grandes décisions : consulter un psy pour aller mieux, et se rapprocher de sa fille. Pour la première, ce n’était pas difficile, d’autant qu’il n’avait pas jeté la carte que lui avait donnée le psychologue de l’hôpital. Pour la seconde, il se sentait plus démuni, ne sachant ni comment s’y prendre ni par où commencer. Mais il avait sa petite idée pour trouver la solution.

 

*

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M. Varton est un psychologue qui parle, et cela arrange Antoine qui n’aurait pas aimé s’allonger sur un divan et discuter seul, pour simplement entendre son interlocuteur aligner des « Mmmh ». M. Varton est assis en face de lui et lui pose des questions. M. Varton est sans doute un bon psychologue.

Il commence par lui demander pourquoi il a pris le chemin de son cabinet, ce à quoi Antoine répond du tac au tac :

– Ma femme est morte il y a quatre mois et demi. Je vais mal, et je n’y arrive pas, avec ma petite fille.

– Quel âge à votre fille ?

– Quatre mois et demi.

Antoine perçoit un éclat de stupeur dans l’œil du praticien. Il ne se départ pas de son professionnalisme, mais le jeune père devine une sorte d’empathie et sent que le psychologue a à cœur de l’aider.

M. Varton invite Antoine à lui exposer les faits. Il s’exécute, non sans pleurer. La séance se termine (une heure, ça passe vite !), et il repart sans réponses, mais avec un étrange sentiment d’allègement. Sur la route du retour, il se rend compte qu’il n’a encore jamais raconté les événements. Au fond, depuis le début il a toujours évité d’en parler, il a tout gardé pour lui. Et là, maintenant, il faut que cela sorte, il lui faut déposer le fardeau qui pèse bien trop lourd sur ses épaules et sur son cœur.

 

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* *

 

Les White socks sont en concert, et Manon a réussi à traîner Rose dans la petite salle où ils jouent. Presque deux semaines après leur rupture, c’est la première fois qu’elle revoit Julian. Mais lui ne la voit pas : elle se terre dans la pénombre du fond de la salle. Elle a prévenu Manon : « Je ne veux pas lui parler. » Charlotte est là aussi, mais pas Sue, qui travaille comme tous les samedis soir. C’est une chance : depuis bientôt quinze jours, Rose s’arrange pour l’éviter. Elle est passée prendre quelques affaires chez elle, à une heure où elle était sûre de ne pas l’y trouver. Depuis, Rose alterne nuits chez M. Dussac et nuits sur le canapé de Manon. Elle sait déjà qu’elle ne veut plus vivre en colocation avec Sue. Elle se sent trop mal à l’aise, et surtout elle est très déçue par celle qu’elle croyait être une amie. Manon et Charlotte, heureusement, font bloc autour d’elle et la soutiennent quand elle pleure sur la fin de son histoire et sur la trahison de Julian. Depuis, elle ne fréquente plus le Welsh non plus. La petite bande s’en trouve scindée en deux, même s’ils continuent de se retrouver quand elle n’est pas là. Visiblement, Julian va bien et se porte comme un charme, et c’est d’autant plus difficile à encaisser pour Rose. Sa nouvelle copine est comédienne et joue dans la même pièce que lui. Évidemment… Rose craint déjà le jour où il va l’amener au Welsh pour la présenter aux autres… En quelques jours, elle a l’impression d’avoir été catapultée hors du groupe. Des deux autres garçons, seul Maxime lui a apporté les marques d’une amitié sincère.

Rose regarde Julian jouer de la guitare et se plaît à observer ses bras nus et musclés en action. Elle se les rappelle quand ils la serraient fort. Elle a souvent des élans de nostalgie, et de le voir ainsi, alors qu’avant il était sien… ça n’était pas l’idée du siècle. Elle se demande ce qu’elle fait là, elle n’a qu’une envie : partir. Ce qu’elle fait, suivie de ses deux amies. Elles vont toutes les trois dans un pub voisin, et commandent une bière au serveur, que Manon trouve de suite très à son goût. C’est la première fois qu’elles se retrouvent ainsi et qu’elles peuvent enfin discuter sans témoin.

Rose ressort ravie de sa soirée, mais consciente qu’il ne reste plus grand-chose de sa vie d’avant. Elle doit donc revoir ses priorités, réorganiser sa vie et se remettre vraiment à la danse, qui lui manque terriblement…

 

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