La mélancolie du kangourou (French Edition)

Laure Manel · Chapitre 49 sur 69

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La mélancolie du kangourou (French Edition)

48. Préparer le terrain

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Préparer le terrain

 

La fin du mois de juin semble s’étirer interminablement. Les vacances paraissent encore loin, la délivrance aussi. Même si Rose met un point d’honneur à paraître sereine, Antoine devine qu’il n’en est rien. Elle vit, ils vivent, leurs dernières semaines en commun, et la perspective de cette fin est la toile de fond de leur quotidien, un peu fade, un peu triste. Il ne fait pas de commentaires. Un jour, il lui a simplement dit que c’était bien qu’elle recouvre sa liberté, parce qu’elle allait pouvoir mener à bien son projet, vivre sa passion, la danse, tous les jours. Quels que soient les liens noués, ils étaient dès l’origine faits pour être temporaires. Cette rupture est un mal pour un bien.

Au fond, c’est aussi ce que se dit Rose, d’autant que l’école londonienne l’a informée de son inscription effective. Cette fois, pas de liste d’attente. C’est une grande joie pour Rose. Elle va passer le mois d’août entre Fécamp et Paris, puis tenter la grande aventure.

 

*

* *

 

Antoine a invité Cédric et Mélanie chez lui. Jeanne, conviée au mariage d’une amie à elle, n’est pas là pour une fois. Cela tombe bien… Antoine préférait être seul avec eux pour leur annoncer la nouvelle. Il attend que Lou soit couchée pour se lancer :

– Je voulais vous dire quelque chose…

– Oh, oh, fait Cédric. Tu as l’air sérieux…

– Voilà. Jeanne et moi avons décidé de vivre ensemble.

– Non ? Déjà ! s’exclame Mélanie.

– Vous trouvez que c’est trop tôt ? demande Antoine, soudain moins sûr de lui.

– Eh bien… hésite Cédric, c’est ta décision, et si tu considères qu’elle est bonne pour toi, nous te suivons. Après… c’est vrai que dans les faits ça peut paraître un peu prématuré…

– Ce n’est pas qu’une question de jours, ou de semaines ou de mois… le coupe sa femme. C’est aussi la grande question de la vie à deux… Êtes-vous vraiment prêts à vivre ensemble ? Ce n’est pas qu’une question de volonté, de se dire « nous n’avons plus envie de nous quitter »… C’est aussi, et avant tout, se projeter dans une vie de couple… compatible et source d’harmonie !

– Et puis… reprend Cédric, en ce qui vous concerne, on est plutôt dans la vie à trois, si je puis me permettre,… avec tout le passif de ta propre situation…

Antoine n’a pas réussi à les interrompre. Il intègre leurs paroles spontanées, qui le désarçonnent un peu. Et s’ils avaient raison ?

– D’ailleurs, que vas-tu faire de Rose ? demande Mélanie, en se caressant le ventre comme un réflexe protecteur.

– Elle finit le mois, explique succinctement Antoine.

– C’est vrai ?

Mélanie ne s’attendait pas à cela.

– Elle était super, cette fille, dit Cédric avec sincérité.

Antoine préfère ne rien répondre. Son voisin a tellement raison…

– C’est ta décision ou celle de Jeanne ? demande Mélanie avec sagacité.

– C’est une décision conjointe. Jeanne pensait, à juste titre, qu’il ne lui serait pas facile de se faire une place avec Rose pas loin… surtout par rapport à Lou.

– Et par rapport à toi ? demande Cédric avec un petit sourire.

– Comment ça ? tente Antoine, feignant de ne pas comprendre l’allusion.

– En évinçant la jeune fille au pair, elle s’offre la garantie d’être la seule femme de la maison ! Tout ça sous couvert du bien de Lou, c’est bien joué, non ? Tu ne crois pas qu’elle est un peu jalouse de Rose ?

– Qu’allez-vous chercher ? soupire Antoine, exaspéré.

– Moi je suis sûre que oui ! s’exclame Mélanie. Une fois, elle m’a posé des questions sur elle… et je trouve qu’elle se tend dès qu’on prononce le prénom de Rose ou dès qu’on s’extasie sur le bien-être de Lou. Heureusement qu’elle ne t’a jamais entendu parler d’elle comme nous à votre retour de la montagne !

– Qu’est-ce que tu racontes…

– Tu étais exalté… si, si…

– En même temps, Rose a tout pour elle, glisse Cédric, presque rêveur.

– Elle a surtout vingt-deux ans. Et puis vous commencez à me fatiguer, tous les deux ! Je n’ai jamais ressenti quoi que ce soit pour cette fille, aussi géniale soit-elle. Et je suis amoureux de Jeanne ! s’écrie-t-il.

– Vraiment ? demande Cédric.

– Eh bien, c’est formidable, alors… C’est tout ce qu’on voulait entendre, pas vrai, mon cœur ? demande Mélanie. Parce qu’il nous semblait que tu faisais avant tout un choix de raison…

– Un choix de raison ? répète Antoine, interloqué.

– Oui, un choix raisonnable, attendu, dicté par la raison… que Jeanne était celle que tu jugeais la plus apte à occuper la place laissée par Raph… mais que tu n’en étais pas vraiment amoureux.

– Eh bien vous aviez tort. J’aime Jeanne.

– Tu le lui as dit ? continue Cédric.

– Non, fait Antoine, en passant sa main dans ses cheveux pour cacher sa gêne. Mais c’est tout comme…

– Antoine, je suis ton amie, et mon devoir est de te dire ceci : je ne crois pas que tu aies vraiment fait le deuil de Raph… je ne crois pas que la place soit vraiment libre… et je ne crois pas que ce sera facile pour Jeanne. Ce n’est que mon avis. Maintenant, nous sommes tes amis, nous te soutenons et nous serons toujours là pour toi, tu le sais.

Antoine accuse le coup. Ils ne sont pas très optimistes ; il s’attendait à plus d’enthousiasme de leur part. Ont-ils raison ou tort ? L’avenir le dira…

– Et Lou ? demande Cédric pour changer de sujet face au silence de son ami.

– Elle ira à la crèche. Jeanne a des horaires moins contraignants que les miens. Et je trouverai une baby-sitter du quartier pour d’éventuels besoins.

– La fille de notre future assistante maternelle a l’air très bien, si tu veux, sourit Mélanie.

 

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