La mélancolie du kangourou (French Edition)
2. Attendre
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Attendre
Antoine est dans le couloir.
Antoine est dans le noir, recroquevillé en lui-même. C’est comme s’il avait trébuché et qu’il tombait dans un trou.
Combien de temps va-t-il attendre ainsi, en proie à l’angoisse ?
Il ne comprend pas ce qu’il se passe.
Tout allait bien…
On l’a laissé seul. Il a envie de tambouriner contre la porte de la salle où se trouve sa femme. Ils vont la sauver, n’est-ce pas… Bien sûr… Comment pourrait-il en être autrement ? La vie ne peut pas être aussi cruelle. Tout allait si bien…
Comme avant de mourir, des images le traversent, fugaces, criantes d’un bonheur peut-être achevé. Raphaëlle… Son sourire, sa peau claire, ses yeux bleus, sa douceur, et la joie entière qu’elle éprouvait à être enceinte…
Mais ils vont la sauver.
Ce n’était qu’une alerte. Et plusieurs médecins sont venus en renfort.
Il entend des voix fortes, les pleurs d’un bébé… le sien, sans doute. Mais ce n’est que la bande-son d’un drame qui se joue peut-être…
Il veut voir Raphaëlle. Et c’est tout.
Combien de temps cela dure-t-il ? Antoine n’en a aucune conscience. Les secondes sont des minutes, peut-être des heures ; chacune d’elles claque dans sa tête qui bourdonne.
Enfin, la porte s’ouvre.
Antoine se lève du siège qui a accueilli ses sombres pensées, empli d’espoir. Il veut voir l’œil – brillant, fier du devoir accompli – du médecin. Mais ce qu’il y décèle n’est que gravité. Ses jambes flageolent, son cœur bat à se rompre dans sa poitrine. C’est impossible.
– Monsieur Dussac… Je suis désolé. Nous n’avons rien pu faire.
Le coup est violent. Son esprit chavire. Le médecin marque un temps pour laisser l’information faire son chemin jusqu’au cerveau de l’homme qu’il a devant lui.
– Votre femme a dû faire une embolie amniotique, qui a entraîné un arrêt respiratoire. Nous avons essayé de la réanimer… en vain. Je suis désolé, répète le médecin d’une voix blanche. Sincèrement désolé.
Les yeux d’Antoine sont ronds de stupeur, comme hypnotisés. Il se tient immobile face au médecin, qui tente alors une approche plus tactile, en posant une main réconfortante sur son épaule. Dans un demi-sourire, il ajoute, comme si c’était une bonne nouvelle :
– Le bébé va bien. C’est une petite fille.
Antoine n’a pas eu le temps de se poser la question. La réponse qu’il n’attendait pas arrive avec une espèce d’incongruité. Que ce soit une fille n’est qu’un détail… triste et décalé. Hors sujet, aurait pu dire un professeur en appréciation d’une dissertation.
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