La mélancolie du kangourou (French Edition)

Laure Manel · Chapitre 40 sur 69

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La mélancolie du kangourou (French Edition)

39. Arbitrer

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Arbitrer

 

C’est un soir de semaine comme un autre. Un soir d’automne humide. Rose descend dans son studio pour y finir la soirée après le dîner. Elle a prévu de lire. Quand elle jette un coup d’œil à son portable, il apparaît surchargé d’appels manqués et de messages de Manon. « Qu’est-ce qu’il se passe encore… » songe aussitôt Rose. Manon insiste rarement autant, elle a forcément quelque chose d’important à lui dire.

Rose l’appelle.

– Oh, Rose, tu en as mis du temps !

– Excuse-moi d’avoir une vie ! s’exclame-t-elle. Tu sais bien que je laisse mon téléphone dans ma chambre quand mon patron est là… Qu’est-ce qui se passe ?

– J’ai fait une big connerie…

– Vas-y, raconte. Je suis tout ouïe.

– Hier soir, on était au Welsh, avec Vincent. On pensait qu’on serait rejoints par au moins quelqu’un de la bande. Mais non, personne ! Tu sais comme je ne suis pas toujours à l’aise, avec lui… avec son air pas commode, genre intello qui fait semblant de pas l’être, tu vois… Moi, avec mes complexes d’infériorité à la con, je ne me sentais pas hyper bien, alors bah… J’ai bu un peu trop de bière, quoi. Comme ça, je n’étais pas inintéressante pour rien…

– Arrête, Manon… Bon, et alors ?

– Alors, je lui ai fait mon petit numéro de charme, enfin tu vois… J’avais un peu oublié qui j’avais en face… et puis… ça reste un mec… Bref, on a fini chez moi.

– Et ?

– Mais tu le fais exprès, ou quoi ? On a couché ensemble, voilà… Évidemment…

– Évidemment ?

– Il est pas venu pour enfiler des perles, et je t’ai dit que j’avais fait une connerie… donc tu te doutes bien !

– Sacrée Manon ! Avec tous les mecs que tu croises tous les jours, il a fallu que tu choisisses celui-ci…

– Je ne l’ai pas choisi, se défend Manon.

Un silence passe, pendant que Rose réfléchit.

– Mais… c’était hier soir ? demande-t-elle tout à coup.

– Oui…

– Pourquoi tu ne m’as pas prévenue juste après ?

– Bonne question ! Tu es vachement perspicace. Parce que… euh… En fait, ça a duré toute la nuit, et…

– Il ne faudrait pas que Charlotte l’apprenne… glisse Rose.

– Oui, eh bien, justement… C’est là que ça part en cacahouètes…

– Explique, dit Rose que tout cela fatigue un peu.

– En fait, on s’est endormis au petit matin, et du coup, il n’est pas allé à la fac… et moi, pas au travail… Je te passe les détails sur le numéro que m’a fait ma patronne cet aprèm, mais bon… Charlotte a appelé Vincent quand il était chez moi.

– Elle ne pouvait pas savoir qu’il était chez toi…

– Euh, non… Mais disons que, euh… quand je suis allée ce soir au Welsh lui rendre son portable (parce que, cet idiot, il l’avait oublié), elle était là… Et faut pas avoir fait l’ENA pour comprendre…

– Je vois que tu as été d’une parfaite discrétion…

– M’en parle pas… non, mais je sais, je suis un boulet. En même temps, ça fait plus de deux ans qu’elle est secrètement amoureuse de lui, et il ne se passe rien, alors…

– C’est une raison ?

– Non, concède-t-elle.

– Manon, je t’aime beaucoup, mais tu abuses, parfois… Ce n’est vraiment pas délicat ce que tu as fait…

– Je crois que j’avais trop bu…

– Ce n’est pas une excuse. Ne me dis pas que tu ne savais pas ce que tu faisais ! C’est trop facile…

– Je sais, pardon.

– Ce n’est pas à moi que tu dois le dire ! s’exclame Rose avec fermeté.

– Oui…

– Appelle-la, et ne te défile pas !

Sur ce, Rose raccroche. Cette nouvelle improbable lui fait de la peine. Depuis leur deuxième année de fac, le cœur timide de Charlotte vibre pour l’ambivalent Vincent dans le plus grand secret… Lui ne s’en doute pas du tout, en tout cas, et il ne vaudrait mieux pas qu’il le sache – cela risquerait d’être très gênant pour Charlotte.

 

*

* *

 

Depuis cette affaire, et malgré les efforts de Rose, le groupe a volé en éclats. Déjà mis à mal depuis sa rupture avec Julian, ce qui avait sabordé quelques fondations, il n’a pas résisté à la trahison de Manon envers Charlotte, qui non seulement n’a plus voulu voir cette dernière, mais s’est sentie également affreusement mal sur les bancs de la fac à seulement quelques places de Vincent. Cela fait donc des semaines que le Welsh n’est plus leur QG et que Rose doit se partager le week-end entre ses deux amies.

« Décidément, tout change… » se dit Rose tout en se demandant ce que lui réserve l’avenir.

 

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