La mélancolie du kangourou (French Edition)

Laure Manel · Chapitre 69 sur 69

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La mélancolie du kangourou (French Edition)

68. Et revenir sur ses pas

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Et revenir sur ses pas

 

Bouleversée. C’est le meilleur mot pour qualifier l’état d’esprit de Rose quand elle regagne sa chambre ce vendredi soir après leur repas au restaurant. Elle revoit son regard bleu incrusté dans ses yeux, son assurance d’homme mûr et sûr de lui… Sûr de lui parce que cela fait des semaines ou des mois qu’il glisse vers elle sans qu’elle-même s’en soit rendu compte. Pendant toute la suite du repas, elle a feint la quiétude et le naturel, mais à l’intérieur… c’était un véritable big-bang.

Il est dans la chambre à côté de la sienne. Cette pensée la fait frissonner. Si elle avait été Manon, elle serait allée le retrouver. Mais elle n’est pas Manon, et elle n’a pas envie de s’amuser. C’est sérieux, l’amour. Et puis ce n’est pas n’importe qui… C’est le père de Lou, de celle qui ne rêve sans doute que d’une Rose comme belle-mère… Rose sait déjà qu’elle ne s’engagera dans cette relation que si elle pense que cette dernière a une chance. Son cœur le lui dira.

Après s’être repassé le film de la soirée, jusqu’à la vague hésitation au moment de se souhaiter « bonne nuit », Rose s’endort, un léger sourire aux lèvres. Être aimée, c’est doux…

 

*

* *

La dernière journée est douce, elle aussi. La gêne s’est envolée. Antoine est soulagé d’avoir dit ce qu’il avait dans le cœur, et peut-être est-il confiant… Toujours est-il qu’il arbore un visage souriant et serein.

– Tu ne serais pas amoureux de notre petite Rose ? lui demande Hermance sur le ton de la confidence, entre deux pommes de terre à éplucher.

– Oui, mamie… chuchote-t-il, c’est si évident ?

– J’espère qu’elle t’aime aussi, mon grand, parce que tu as bien mérité d’être heureux…

– On verra… Ne te fais pas de souci, mamie. Tout ira bien, maintenant.

Il dépose un baiser ému sur les cheveux gris d’Hermance et s’en va retrouver Rose et Lou qui ont attaqué la fabrication d’un bonhomme de neige. Cela finit en bataille. Les deux filles font équipe contre Antoine, qui se laisse faire et finit allongé dans la neige, chevauché par sa fille. Il fait semblant d’être dépassé.

– Aide-moi, Rose ! l’intime Lou, pas dupe. Pas que papa se relève.

– Rose ? Elle a dit Rose ? demande Antoine à la jeune femme, qui félicite la petite d’avoir enfin réussi à prononcer son prénom correctement, avant de contribuer à l’effort de l’équipe en maintenant Antoine au sol.

– Vous allez manger de la neige, je vais me venger ! s’écrie-t-il avant de faire rendre les armes à sa fille à force de chatouilles.

 

*

* *

 

La dernière soirée a été chaleureuse et agréable, même si Hermance sentait déjà poindre avec nostalgie le sentiment de vide qu’elle va ressentir quand ils seront partis. Elle espère les revoir très vite. Cet été… ou même avant.

 

Dans la voiture, Lou dort, elle ne résiste jamais longtemps au bercement de la route. Antoine et Rose ne parlent pas beaucoup. Parfois elle fredonne une chanson par-dessus la radio, parfois ils se regardent, parfois ils se sourient. Ils sont sans doute déjà nostalgiques de cette semaine de vacances extraordinaire et de la montagne à laquelle ils tournent le dos avec un gros pincement au cœur. Mais la quiétude prédomine.

 

À mesure qu’ils s’approchent de Paris, Antoine sent néanmoins une sorte de malaise l’envahir. Il n’a pas envie de reprendre le travail demain, il n’a pas envie de quitter Rose. Il ne sait même pas quand ils vont se revoir. Ni dans quelles conditions. Que seront-ils alors l’un pour l’autre ? Il se prépare à l’amitié. Ce ne sera pas si facile… L’amour ne pourra se décréter dans le cœur de Rose. Si elle ne ressent rien pour lui, il ne pourra que s’incliner face aux mystères que revêt ce sentiment tout-puissant contre lequel on ne peut rien.

 

*

* *

 

Ils sont arrivés depuis un quart d’heure. La voiture est vide. Rose a chargé ses affaires dans la sienne. Elle est prête à partir. Elle prendra la route demain pour Fécamp, pour sa deuxième semaine de vacances. Lou pleure car elle ne veut pas que Rose s’en aille. Antoine n’est pas au mieux, mais n’en laisse rien paraître.

– Merci, Rose. Tu as embelli cette semaine… À bientôt, j’espère… dit-il en l’embrassant tendrement sur la joue.

– Non… Merci à toi…

La pudeur et la présence de Lou l’obligent à ne pas en faire plus.

Elle fait un câlin à la petite et monte dans sa voiture, démarre. Elle a l’impression d’un remake de la scène amère de son départ. Sourit un peu tristement avec un petit signe de la main, et laisse sa voiture partir, sous le regard fixe d’Antoine.

*

* *

 

Antoine est dans sa cuisine. Lou joue dans sa chambre. Il se sent vide ; pense à Hermance qui doit éprouver la même sensation depuis leur départ.

La sonnette de l’entrée retentit. Il bondit de la chaise qui a accueilli sa peine, et découvre Rose.

– J’ai oublié quelque chose.

Il n’a pas le temps de demander de quoi il s’agit. Déjà elle prend son visage entre ses mains, comme lui l’a fait jeudi soir, et l’embrasse avec douceur et fougue mêlées. Le sourire dans leurs yeux ne tromperait personne.

– J’ai oublié que je n’avais pas envie de vous quitter.

Antoine la serre fort, très fort, et l’embrasse.

– Lou… Lou ? Viens voir qui est là !

 

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