La mélancolie du kangourou (French Edition)

Laure Manel · Chapitre 41 sur 69

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La mélancolie du kangourou (French Edition)

40. Se laisser porter

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Se laisser porter

 

Antoine passe les mois d’automne avec un moral en dents de scie. Parfois, il se sent plutôt bien, parfois il sent qu’il trébuche et qu’il tombe. Alors il renoue pour un temps avec les somnifères qui lui épargnent les cauchemars. La course à pied lui apporte un bien-être étonnant, mais de trop courte durée. Il avait oublié ce que le sport procure au corps et à la tête. Il profite de la saison des feuilles qui tombent pour s’entraîner régulièrement, deux à trois fois par semaine. Il a investi dans une vraie tenue de coureur, avec bandes fluorescentes, et même une lampe « phare » pour courir de nuit, après le travail. Rose salue ses progrès. Il s’est promis qu’un jour, au printemps peut-être, il courrait plus vite et plus longtemps qu’elle.

Leur vie est rythmée par son travail, Lou et leurs activités sportives respectives. Ils sont dans un certain train-train pas déplaisant. Ils ont trouvé une sorte d’équilibre, enfin Rose plus que lui, visiblement. Tout glisse sur elle, elle semble n’avoir jamais de peine ou de soucis, ou bien ne le fait pas voir. D’humeur égale, elle est aussi souriante que reposante. Cela apaise Antoine, qui sait pouvoir compter sur elle, plus que jamais. Il se moque bien de savoir s’ils vivent trop comme une « famille », comme a dit sa belle-mère. Il reste sans nouvelles depuis leur conflit ouvert et ne s’en porte pas plus mal. Il n’a pas du tout envie que ses beaux-parents se mêlent de sa vie, et il sait qu’il n’ira pas chez eux à Noël. D’ailleurs, comme un pied de nez à leur égard, il souhaite trouver un moment pour fêter dignement Noël tous les trois, lui, Lou et Rose.

Il aimerait rendre visite à Hermance, mais cela fera un peu court, alors il projette avec celle-ci et dans le plus grand secret d’y passer une semaine entière aux vacances d’hiver. Sa grand-mère en est enchantée. Et lui aussi… Quand il repense à la semaine passée chez elle l’été dernier, il se dit qu’il a vécu là-bas les meilleurs moments de l’année écoulée.

 

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Le soir du réveillon de Noël, ils sont tous les trois dans le salon, autour du sapin qui pétille et que Lou ne cesse de regarder avec des yeux émerveillés. C’est jeudi soir. Demain matin, Antoine partira à Bordeaux pour fêter Noël chez ses parents, où il retrouvera son frère qui est de passage après deux ans d’absence. Antoine a prévu d’y passer trois jours avant de laisser Lou, qui prolongera son séjour avec sa grand-mère. Quant à Rose, elle prendra la route pour Fécamp, où elle passera une semaine de vacances avec toute sa famille. Au début, Antoine ne pensait pas réveillonner ainsi à trois chez lui le 24 décembre, mais c’était plus pratique de faire ainsi. Rose ne reviendra que le 3 janvier…. un peu tard pour les cadeaux.

Ils sont là, au pied du sapin. Peu importe que le Père Noël ne passe officiellement que cette nuit, Lou est bien trop petite pour comprendre la supercherie. Ce qu’elle voit, ce qu’elle veut, ce sont tous ces cadeaux, dont elle déchire avec énergie les papiers bariolés. Il y en a partout. Son père la gâte énormément, Rose lui offre aussi un magnifique ours polaire presque plus grand qu’elle. Après tous ces déballages, il reste deux petits cadeaux. Rose et Antoine s’interrogent du regard. Ce doit être le cadeau qu’ils ont choisi l’un pour l’autre sans se le dire. Intriguée, Rose ouvre le sien. C’est un collier, simple et élégant. Antoine découvre une écharpe douce et colorée. Ils se remercient, vite interrompus par Lou qui veut s’amuser avec ses nouveaux jouets.

 

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Antoine passe la soirée du 31 avec Cédric et Mélanie. Même lieu, mêmes personnes que l’année précédente, mais état d’esprit différent. Peut-être même a-t-il pris la bonne résolution de cesser de déprimer… En tout cas, pour la première fois depuis très longtemps, il ressent au fond de lui une once d’optimisme. L’année à venir sera meilleure, à n’en pas douter.

Il profite donc de la fête, sous les yeux rassurés de ses amis.

– Que peut-on te souhaiter pour cette nouvelle année ? lui demande Mélanie peu après minuit.

– Oh… pas grand-chose… D’aller mieux ? demande-t-il.

– Mais ça va, là, tu gères ? Enfin, il me semble que tu es en voie de guérison… non ?

– Oui, oui, on peut dire ça.

– Peut-être même que tu serais prêt à rencontrer quelqu’un… glisse-t-elle sur le ton de la confidence.

– Alors là, non, je t’arrête tout de suite… Je ne suis pas du tout prêt. Elle est encore là, tu vois… dit-il en montrant son cœur, et elle va y rester encore un moment, crois-moi…

– Si tu le dis…

– Et moi, qu’est-ce que je peux vous souhaiter ? demande-t-il pour changer de sujet.

– Que la FIV fonctionne ? Oui, ça, ce serait bien…

– Alors je lève mon verre à la réussite de votre FIV et pour un beau bébé dans l’année.

– Merci, Antoine. Ça ferait un copain pour Lou…

Il acquiesce et va vérifier dans la chambre de ses amis que la petite dort bien. Il en profite pour déposer un baiser sur la joue de sa fille et lui murmurer un tendre « Bonne année, ma chérie ».

 

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Rose passe la Saint-Sylvestre dans sa famille. Comme son groupe d’amis a éclaté, elle n’est pas rentrée à Paris pour célébrer le passage à la nouvelle année avec eux comme l’an dernier. La fête bat son plein. Marie-Cécile enflamme la piste de danse sur Abba, et exhorte les autres à l’imiter pour créer une chorégraphie. Avant de les rejoindre sur Lay all your love on me, Rose jette un œil à son portable pour découvrir ses derniers textos. Parmi ceux qu’elle découvre, il y en a un qui la surprend et qui lui fait plus plaisir que les autres : Bonne année, Rose, et merci d’être là. Elle sourit avec un brin de mélancolie. En vérité, elle se languit de rentrer à Paris. Elle hésite sur la formulation de sa réponse et finit par opter pour Je vous souhaite une aussi belle année que possible. Puis elle rejoint parents, oncles, tantes et cousins sur la piste de danse, le sourire aux lèvres. La danse, il n’y a que ça de vrai.

 

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