La mélancolie du kangourou (French Edition)

Laure Manel · Chapitre 32 sur 69

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La mélancolie du kangourou (French Edition)

31. Se retrouver pour un anniversaire

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Se retrouver pour un anniversaire

 

Manon a tenu à reformer la petite bande d’amis à l’occasion de son anniversaire. Personne n’a osé refuser son invitation et ils sont tous là : Rose, la fidèle entre tous, Charlotte, Maxime, Vincent, Sue, et même Julian. De l’eau a coulé sous les ponts depuis leur rupture, a dit Manon à Rose, et c’est vrai. D’ailleurs, quatre mois après, Rose n’éprouve plus rien de particulier pour lui. Juste, peut-être, une once de rancœur pour sa lâcheté. Elle passe au-dessus de ça. Au mieux, ils pourraient devenir amis, au pire n’être que deux jeunes adultes qui vivent une relation cordiale quand ils ont l’occasion de se croiser. Rose n’attend rien de lui. Quand il arrive, après tous les autres, et qu’il la voit, elle sent derrière son assurance affichée une envie de se faire petit et discret. La penaude attitude, dirait Manon.

Ils sont assis autour de la table basse, un peu serrés sur le canapé ou en équilibre instable sur les deux poufs. Manon apporte des coupes en plastique et du faux champagne. Elle aurait aimé sortir le grand jeu, elle qui a un vrai salaire, mais elle boucle les fins de mois avec difficulté. Ils portent un toast en l’honneur de ses vingt-deux ans, elle les remercie d’être tous là.

Comme à chaque fois qu’elle est mise en lumière, et cette fois plus encore, Manon est survoltée, ce qui agace Sue, mais ravit Maxime. Il ne lui trouve jamais autant de charme que lorsqu’elle rit et pétille. Il l’appelle Champagne et elle lui adresse un sourire enjôleur. Personne n’est dupe : ces deux-là vont renouer un jour, ou bien passer la nuit prochaine ensemble si ça continue comme ça…

Julian regarde Rose avec un peu trop d’insistance pour que cela n’ait pas de sens. Peut-être qu’il la trouve plus jolie, plus détendue, plus libre… Elle est dégagée de toute contrainte, de tout rôle à jouer, de toute contenance ; finalement, elle est elle-même, à cette soirée. D’ailleurs, elle se sent particulièrement bien. La présence de Julian ne lui fait rien du tout. C’est peut-être pour cela qu’il la dévore des yeux et qu’il tente une approche, un peu plus tard. Il amorce une caresse dans son dos, elle s’écarte vivement.

– À quoi joues-tu, Julian ?

– Nothing… You’re beautiful, tonight, glisse-t-il avec malice.

Rose ne compte pas se laisser faire et le toise d’un air froid.

– Je ne crois pas avoir changé… C’est formidable que tu t’en rendes compte maintenant, mais… j’ai une question : où est ta copine ?

Il paraît outré qu’elle l’attaque ainsi et se rembrunit.

– Manon ne l’a pas invitée.

– Sans blague ? Et son absence te donne le droit d’être ambigu avec ton ex ?

– Ambigu ? répète-t-il, simulant une incompréhension du mot.

– Tu as très bien compris. Julian, stop. Ne joue pas avec moi. Tu peux exercer tes talents de comédien avec qui tu veux, mais pas avec moi. Et si tu crois que je pourrais replonger, tu te trompes lourdement !

– OK… Et… Comment va ton boulot ? demande-t-il pour changer de sujet.

– Formidablement bien, merci de t’en soucier, répond-elle non sans ironie. Ne te fatigue pas, Julian… Nous ne sommes pas obligés de nous parler… Tu peux discuter avec Max, ou partir…

Il se trouve bête, et s’éloigne maladroitement vers le balcon, où se retrouvent les fumeurs.

– Il voulait quoi ? demande Manon à Rose juste après.

– Me mettre dans son lit, je pense, sourit Rose.

– Mais nan ? Genre, il a même pas honte, quoi ?

– C’est ça.

– Pfff… lâche-t-elle en s’éloignant pour préparer le gâteau.

 

Un peu plus tard, la discussion du groupe se porte sur les vacances à venir. Certains ont prévu de partir ensemble dans la maison de vacances des parents de Maxime, sur l’île de Ré. Manon se tourne vers Rose pour lui demander si elle aimerait se joindre à eux.

– Je ne pourrai pas à cette date. Je pars en vacances avec Antoine et Lou.

– C’est vrai ? s’étonne Maxime.

– Non, c’est faux… Elle dit juste ça pour blaguer, s’esclaffe Vincent.

– Tu pars en vacances avec ton boss ? demande Julian, piqué.

– Et alors ? Ma sœur aussi, quand elle était étudiante, elle partait avec une famille en vacances pour s’occuper des enfants… C’est juste le prolongement de mon travail.

– Oui, mais il n’a qu’une fille… glisse Vincent.

– Il vous faut des justifications à tout ?

– Et tu l’appelles Antoine ? demande Charlotte, surprise.

– Euh… non, et, rassurez-vous, je le vouvoie toujours. Et alors ? C’est quoi le problème ? C’est quoi, VOTRE problème avec MON boulot ?

– Ne te fâche pas, murmure Charlotte.

– Et ton contrat… Il se termine quand ? interroge Sue.

– Il peut se terminer fin août, ou être renouvelé pour un an, répond Rose un peu calmée.

– Et tu vas faire quoi ?

– Je ne sais pas, là, ça vous va comme réponse ?

– Calme-toi, ma chérie, fait Manon en posant une main sur l’épaule de son amie. Tu es assez grande pour savoir ce que tu dois faire. Et sinon… On peut fêter mon anniv ? Je peux ouvrir mes cadeaux ? s’esclaffe-t-elle pour faire diversion.

Les bougies ont coulé sur le gâteau, ce qui amuse la petite assemblée. Ils entonnent un Joyeux anniversaire, et la bonne humeur revient comme par enchantement.

 

Ma Rapha…

 

Je suis tenté de t’écrire « J’espère que tu vas bien », mais cela n’a aucun sens.

 

Je suis tenté de te souhaiter un « Joyeux anniversaire », mais ça n’en a pas plus… juste parce que c’est aujourd’hui et que j’aurais voulu que tu sois là pour souffler tes bougies. Mais tu n’es pas là, et il n’y a rien de joyeux dans cette date… Je me sens horriblement seul, plus qu’hier en tout cas.

Je ne sais pas si tu m’as vu aller sur ta tombe… Au cas où ce ne serait pas le cas, je te le dis : je suis venu te voir. J’ai déposé un bouquet de roses blanches… tes préférées. La fleuriste m’a demandé : « C’est pour une occasion particulière ? », j’ai dit que c’était pour un anniversaire ; elle a collé un petit autocollant doré sur le papier cristal.

 

La seule chose que j’ai envie d’ajouter, c’est que, comme je te l’avais promis, j’essaie de faire ce qu’il faut pour aller mieux et pour Lou… Je fais des efforts…

J’espère que de là où tu es, tu es (un peu) fière de moi.

 

Ton mari qui t’aime à l’infini.

 

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