Les démons de Berlin
Chapitre 32
32
Tous les gens qu’ils croisaient dans les couloirs de l’Alex fixaient le bout de gaze taché de sang que Sauer pressait contre son nez et réagissaient de la même manière, en baissant les yeux et en saluant à mi-voix le commissaire Forster, qui poussait son prisonnier dans le dos.
« Où on va ? » avait murmuré Sauer quand ils étaient sortis de la cellule, mais Mutti s’était contenté de le bousculer, le faisant presque trébucher sur l’agent qui gardait la porte, lequel avait poussé un ricanement. Puis ils étaient remontés au rez-de-chaussée et, de là, ils avaient suivi tout un parcours qui les avait conduits dans un couloir bas et étroit qui ne semblait pas mener à l’extérieur. Sauer se mit à craindre de ne pas sortir vivant de cet endroit – il existait peut-être d’autres cellules, et Mutti n’était peut-être pas en train de jouer la comédie pour l’aider à s’enfuir mais pour mieux le tromper.
Ils finirent par se retrouver devant une grande porte, que Mutti ouvrit avec une clé qu’il avait sortie de sa poche. La lumière du jour et l’air frais rassurèrent Sauer sur-le-champ : ils étaient sortis par une porte secondaire.
« Je t’emmène aux abris, lui expliqua enfin Mutti. Suis-moi. »
Sauer resta immobile, calculant le temps de réaction de son ancien ami s’il lui donnait un coup de coude et prenait ses jambes à son cou. Mais son nez continuait de saigner et il était désorienté – étaient-ils dans une cour intérieure ? des policiers se trouvaient-ils à proximité ? –, ce qui le fit renoncer. Parfois, le destin choisit pour nous. Le destin, ou le hasard, que chacun l’appelle comme bon lui semble.
Advienne que pourra, se dit Sauer, et il suivit Mutti avec un soupir résigné.
Ils se retrouvèrent dans une ruelle étroite, dont le sol était couvert d’une couche de détritus et de mégots jetés par les fenêtres ; à gauche, un mur de briques sombres tapissé de fientes barrait le passage. À droite, une automobile noire bouchait le bout de la rue, moteur allumé.
Mutti poussa un grognement satisfait. « Coordination parfaite », dit-il en prenant Sauer par le coude.
Ce dernier se laissa emmener à la voiture – advienne que pourra –, et ne réussit à voir le conducteur qu’une fois sur la banquette arrière.
Alors, en un instant, il comprit beaucoup de choses, puis se dit aussitôt après que non, il n’avait rien compris du tout.
« Salut, chef, dit Johanna.
– Salut Johanna », répondit Mutti en prenant place à côté d’elle.
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