Les démons de Berlin
Chapitre 74
74
Cachés dans les buissons, ils étudièrent la situation. Diels était déjà prêt à ouvrir le feu sur les deux SS pour dégager la voie quand Johanna prit l’initiative. « Arrache ma manche », dit-elle en tendant un bras à Mutti.
Celui-ci comprit en un clin d’œil. « Comme à Wannsee ? »
Elle hocha la tête.
« Dommage pour ta veste.
– Elle est vieille. De toute façon, j’avais prévu d’en racheter une. »
Mutti tira si fort qu’il déchira presque toute la manche, et Johanna fit sauter deux boutons de son chemisier. Puis elle ébouriffa ses cheveux et étala son rimmel autour de ses yeux, comme si elle avait pleuré. « Compte jusqu’à trois et suis-moi », dit-elle. Après quoi, elle sortit en courant des buissons, allant droit vers les SS.
« À l’aide ! cria-t-elle. Au secours ! »
« Un », dit Mutti.
« Je vous en prie ! » hurla Johanna en se retournant pour voir si elle était suivie.
« Deux. »
Johanna se tourna à nouveau vers les SS, qui la regardaient, perplexes.
« Il me suit ! » cria Johanna, maintenant à quelques mètres d’eux.
« Trois », dit Mutti, et il sortit des fourrés à son tour, aux trousses de Johanna.
En le voyant, les SS braquèrent leur arme sur lui. « Hé ! cria l’un des deux. Qu’est-ce qu’il se passe ? »
Une seconde après, Johanna attrapait le bras d’un des SS d’une main tremblante. « Aidez-moi, dit-elle en larmes. Il m’a agressée. »
Mutti continuait d’avancer. De là, Sauer ne pouvait pas voir son visage, mais il imaginait parfaitement l’expression sadique que son ami, ce comédien-né, devait afficher.
« À l’aide », gémit Johanna, serrant plus fort le bras du SS.
« Plus un geste ! » cria l’autre en braquant son pistolet.
Qu’est-ce que tu attends ? dit une voix dans la tête de Sauer.
À côté de lui, Diels retira la sécurité de son pistolet, prêt à entrer en action, mais ce fut inutile.
Mutti fit un pas de plus, le SS mit son doigt sur la gâchette, puis un bruit sourd, suivi d’un autre semblable, et les deux hommes en uniforme s’écroulèrent par terre.
« Tu aurais pu te presser un peu plus ! reprocha Mutti à Johanna, l’air secoué.
– Ne me dis pas que tu as eu peur, fit cette dernière en rengainant son arme, avec laquelle elle avait frappé les SS à la nuque.
– De ceux-là, il y en a des milliers, fit Mutti. Des Mutti, il n’y en a qu’un. »
Sauer et Diels les rejoignirent au pas de course. « Qu’est-ce qu’on fait d’eux ? demanda Sauer.
– Il faut qu’on s’en débarrasse », dit Diels avec son calme coutumier. Accroupi à côté des deux hommes, il sortit son petit marteau et fit basculer du pouce l’extrémité du manche métallique, révélant une lame. « On ne peut pas prendre le risque qu’ils nous suivent ou donnent l’alarme, dit-il en tranchant leur jugulaire avec des gestes rapides et précis. C’est une guerre », conclut-il comme pour se justifier. Puis il se releva et alla ouvrir la porte du local aux chaudières.
Avant d’entrer, il se tourna vers les autres, et un rayon de lune jeta une lumière froide sur ses cicatrices. « On y va ? » demanda-t-il comme un Virgile maudit à la porte de l’Enfer. Puis il se pencha pour s’emparer d’un des corps qu’il traîna avec lui dans l’obscurité.
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