Les démons de Berlin
Chapitre 83
83
« Au moins, il n’y a pas eu de victimes, finit par dire Mutti, faisant écho aux pensées de Sauer. Au musée, aux grands magasins… Au moins, on a empêché une tragédie.
– Oui, acquiesça Sauer en continuant de caresser le dos de Rosa. C’est toujours ça.
– Ce n’est pas dit, répliqua un homme depuis le couloir. Vous avez vos billets ? »
Sauer reconnut aussitôt cette voix, mais sa fatigue était telle qu’il ne réagit pas avec la vivacité requise. Quand il se tourna, Veitchen était déjà dans le compartiment, son pistolet braqué sur eux.
« Surprise ! fit-il. Vous ne pensiez pas me revoir, pas vrai ? Je veux la fille. »
Rosa regardait cet inconnu, comme paralysée.
« Enfin, c’est Heydrich qui la veut, reprit-il. Il y tient beaucoup, mais il n’a pas précisé s’il la voulait morte ou vive. C’est comme vous voulez. »
Une secousse, le train prenait de la vitesse en sortant de la ville.
« Allez, lève-toi, ordonna Veitchen en pointant son arme sur Rosa.
– Ne l’écoute pas, dit Sauer.
– Écoute-moi ou je mets une balle dans la tête de tes deux amis.
– Il nous tuera de toute façon », dit Mutti.
Rosa se dégagea des bras de Sauer et se leva.
« C’est bien, ma jolie. Viens là, maintenant. Et vous, haut les mains. Je sais que vous êtes armés. »
Mutti et Sauer obtempérèrent.
C’est alors que Johanna apparut dans le couloir et planta le canon de son Mauser dans le dos de Veitchen. « Ne bouge pas ou tu es mort. »
Cette menace n’obtint pas l’effet escompté. L’homme bondit vers Rosa, la prit par le bras et se tourna, avec Rosa comme bouclier. « Jette ton arme ou je la descends », dit-il à Johanna.
Comprenant qu’il n’y avait pas d’issue, elle écarta les bras et laissa tomber son pistolet.
Veitchen eut un sourire avide, celui d’un vieux loup qui tient sa proie, et tira Rosa vers la porte du compartiment en contournant Johanna, veillant à rester dos contre le mur. Quand il eut gagné le seuil, il susurra à Rosa avec un rictus : « Tu étais sur ma liste, ma jolie.
– Tu ne sortiras pas vivant de ce train, dit Sauer.
– Non, c’est Forster et toi qui n’en sortirez pas vivant », rétorqua Veitchen en s’apprêtant à tirer, le bras tendu.
Une autre secousse du train le déstabilisa un instant, et Rosa se saisit de l’opportunité pour lui donner un coup avec l’arrière de sa tête.
Johanna s’élança sur lui, mais une balle partit, l’empêchant d’atteindre son but.
Veitchen avait eu le temps de faire feu.
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