Les démons de Berlin

Fabiano Massimi · Chapitre 76 sur 87

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Les démons de Berlin

Chapitre 76

76

 

Ils étaient là pour l’arrêter et ils n’avaient pas l’intention de perdre de temps. Quatre ennemis comme vingt pouvaient se cacher derrière le coin du couloir, mais Sauer et ses camarades avaient l’avantage de la surprise. Un regard échangé suffit pour que Sauer se place en tête, pistolet braqué, et s’avance.

« Quelle heure est-il ? entendit-il Heydrich demander.

– Huit heures trente et une, lui répondit-on.

– Parfait. Nous sommes dans les temps. »

Sauer s’élança en avant, tâchant de repérer immédiatement la position de son ennemi. « Pas un geste ! » cria-t-il. Quelques mètres plus loin, Heydrich s’était tourné vers lui. « Jetez vos armes. »

Le sbire de Himmler et les trois SS qui l’accompagnaient plantés au milieu d’un couloir. À leur gauche, un mur couvert de bois luisant, où s’ouvraient une dizaine de portes. À droite, une sorte de salle d’attente, avec des canapés et des fauteuils style Empire alignés contre les murs.

« Tiens tiens, qui voilà ? » dit Heydrich sans paraître le moins du monde surpris.

Mutti rejoignit Sauer : « Jetez vos armes, les mains en l’air ! » cria-t-il comme à l’époque où ils faisaient équipe à Munich.

Cependant, son ordre ne fut pas suivi d’effet.

« Vous, vous feriez mieux de baisser vos armes, rétorqua Heydrich avec un sourire moqueur. À moins que vous ne vouliez tout faire sauter ? »

C’est alors que Sauer remarqua l’odeur, légère mais pénétrante, qui flottait dans la pièce. Et c’est alors également qu’il distingua ce que Heydrich et ses hommes tenaient à la main. Non pas des armes, mais des bidons.

« Il y a du phosphore sur tous les murs et sur tous les rideaux. Et nous avons dans nos bidons assez de kérosène pour faire décoller un avion. Si vous tirez, boum ! On y passera tous », expliqua Heydrich.

Diels et Johanna, qui avaient dû faire le tour, apparurent dans son dos.

« Posez les bidons ! ordonna Mutti pour gagner du temps.

– Tu sais, je ne croyais pas qu’on se reverrait un jour, dit Heydrich à Sauer, sur le ton badin de la conversation. J’imagine que tu ne vas pas me croire, mais je suis bien content de te recroiser. D’abord Rosa, puis toi, comme la dernière fois. »

Sauer bouillait de rage et devait fournir un effort immense pour se retenir d’appuyer sur la gâchette et de faire exploser ce rictus satisfait. Sa ressemblance physique avec Heydrich, leur statut de presque sosies, rendait la chose encore plus désirable.

« Posez ces bidons et rendez-vous, dit-il à son tour, tandis que Diels et Johanna approchaient à pas de loup.

– Vous, rendez-vous ! » rétorqua un des SS, avant d’ouvrir son bidon et de répandre du kérosène autour de lui dans un geste méprisant. Il n’avait visiblement pas anticipé que, quelques secondes après, il serait par terre, assommé par le coup de crosse que venait de lui assener Johanna. Diels voulut faire de même avec l’autre SS, mais il ne fut pas assez prompt. L’homme lui sauta dessus et le fit rouler au sol.

Alertés par le tapage, deux autres SS arrivèrent au pas de course d’un couloir latéral, et se jetèrent contre Sauer et Mutti. Johanna, elle, était aux prises avec le troisième SS, qui l’avait désarmée.

À quelques mètres, Diels essayait d’échapper aux assauts de son adversaire, qui voulait le frapper avec un bidon de kérosène. Le premier coup s’abattit violemment à l’endroit où la tête de Diels se trouvait encore un instant auparavant. Le second coup, porté au niveau de son menton, ne fit que l’effleurer, mais il déstabilisa son assaillant, qui lâcha le bidon. Celui-ci alla s’écraser contre une des portes, et une rigole de kérosène se répandit sur un tapis.

Entre-temps, Sauer s’était libéré du SS qui l’attaquait en lui décochant un coup de coude au visage et avait accouru au secours de Mutti, en difficulté face à son adversaire, plus jeune et plus dynamique que lui. « Ne t’occupe pas de moi ! grogna Mutti. Trouve Rosa ! »

Sauer eut une seconde d’hésitation, laquelle suffit pour que Heydrich l’envoie valser contre un mur d’un coup d’épaule. Malgré la violence de l’impact, Sauer réussit de justesse à esquiver la lame d’acier qui allait s’abattre sur lui. Une série d’esquilles vola de la boiserie derrière lui.

Une épée ! Où a-t-il trouvé une épée ?

La réponse se trouvait au-dessus d’un des canapés, où une collection d’armes blanches était exposée sur une étagère. Une des deux épées croisées au-dessus de l’étagère en question avait disparu.

Sauer eut à peine le temps d’aller au bout de sa réflexion. Heydrich, penché au-dessus de lui, tenta de lui porter un second coup, manqué de peu cette fois encore. Personne ne pouvait l’aider. Conscient de sa situation désespérée, Sauer se traîna à reculons par terre, et finit par se retrouver adossé à un mur.

« Je termine toujours ce que je commence », fit Heydrich en le rejoignant. Puis il brandit son épée et l’abattit de toutes ses forces sur lui.

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