Rien ne s'oppose à la nuit

Delphine de Vigan · Chapitre 27 sur 60

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Rien ne s'oppose à la nuit

Chapitre 27

 

maintenant plusieurs mois, qui deviendra peut-être un livre. Je me suis À l’heure où Lucile quitte sa famille, il me semble qu’il manque une dimension à cette composition étrange sur laquelle je travaille depuis trompée de couleurs, de décor, j’ai tout mélangé, confondu le rouge et le noir et perdu le fil en route. Mais au fond rien de ce que j’aurais pu écrire ne m’eût satisfait davantage, rien ne m’eût semblé assez proche d’elle, d’eux.

J’aurais voulu donner à lire ma famille dans ce qu’elle avait de plus joyeux, cette vitalité bruyante et excessive qui l’animait, cette manière puissante de lutter contre le drame.

J’aurais voulu donner à lire les multiples étés que Liane et Georges ont passés avec leurs enfants sur les plages du sud, en France, en Italie ou en Espagne, cette capacité que Georges avait de vivre au-dessus de ses moyens, de dénicher des endroits à sa démesure et au moindre coût, d’y entraîner sa tribu, sur laquelle se greffait toujours quelque cousin jugé pâlichon ou voisin carencé en globules rouges. De ces virées estivales témoignent toute une série de films super huit que j’ai récupérés, transférés sur VHS, où l’on voit Lucile et ses frères et sœurs sur la plage, cheveux délavés par le soleil et maillots d’époque, réunis dans l’eau autour d’un bateau gonflable ou allongés en rang d’oignon sur le sable. Lucile est belle, elle sourit, participe aux jeux, court avec les autres, reste à leurs côtés.

Je n’ai pas dit non plus que Georges avait été sans doute l’un des premiers pères de famille à initier ses enfants au ski nautique, qu’il tirait fièrement sur l’Yonne, chaussés de skis en bois fabriqués par lui-même, au volant d’un canot pneumatique pourvu d’un minuscule moteur deux chevaux. Au fil des années, Georges s’est équipé de manière plus sérieuse et le ski nautique est devenu le sport familial.

L’enfance de Lucile a disparu avec elle et nous restera à jamais opaque.

Lucile est devenue cette femme fragile, d’une beauté singulière, drôle, silencieuse, souvent subversive, qui longtemps s’est tenue au bord du gouffre, sans jamais le quitter tout à fait des yeux, cette femme admirée, désirée, qui suscita les passions, cette femme meurtrie, blessée, humiliée, qui perdit tout en une journée et fit plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, cette femme inconsolable, coupable à perpétuité, murée dans sa solitude.

Sur la cassette VHS qui rassemble les images de la famille, intitulée « Les Poirier 1960-1970 », j’ai découvert un film que je ne connaissais pas. On y retrouve Lucile et Gabriel, mon père, peu de temps avant leur mariage, lors d’une visite qu’ils rendent à mes grands-parents dans la maison de Pierremont. Dans la lumière pâle d’un week-end d’automne, ils sortent d’une petite voiture d’époque que je ne sais pas identifier, font face à l’objectif, un peu intimidés. Liane les accueille, pose une main sur le ventre de Lucile, arbore un air satisfait, prenant à témoin la caméra que tient vraisemblablement Georges. J’observe Lucile et Gabriel et je suis sidérée par cet air d’enfance qu’ils ont encore, tous les deux, on dirait deux garnements déguisés auxquels on a suggéré de mimer des grandes personnes. Ils portent des pulls en shetland de couleur claire, se tiennent l’un à côté de l’autre, Gabriel attrape Lucile par le cou, elle a les joues rondes des très jeunes filles, ni son corps ni son visage ne semblent sortis de l’adolescence et si j’y réfléchis, ma fille qui a quinze ans paraît plus âgée qu’elle.

De Lisbeth d’une part, et de la sœur de mon père d’autre part, j’ai reçu la copie des lettres que Lucile écrivait quand elle était enceinte de moi, juste après avoir découvert sa grossesse et dans les mois qui ont suivi. Elle y évoque la perspective de son mariage, le fœtus qui remue dans son ventre, les déclarations à la Sécurité sociale, les problèmes de gaz de ville. Elle est « tellement émue, ravie, bouleversée, amoureuse… qu’elle ne sait pas par où commencer ». Elle écoute Salut les Copains, croque des pommes et tente d’organiser les choses dans le studio où elle et Gabriel se sont installés. En bas d’une page, Lucile se dessine de profil, ventre et fesses proéminents. Au bout d’une petite flèche, on peut lire : « C’est moi. Il n’y a pas de quoi rire. » Dans une lettre adressée à Lisbeth, elle évoque ses préférences en matière de prénom : Géraldine si c’est une fille, Lucifer ou Belzébuth si c’est un garçon. De toute évidence, Lucile n’a aucune idée de la vie qui l’attend et rien de tout cela ne semble appartenir à la réalité.

Du film super-huit du mariage de mes parents, qui a lieu alors que Lucile est enceinte de quelques mois, se dégage une tristesse que je ne sais pas définir. Ma mère porte une robe blanche à bretelles, légèrement cintrée sous la poitrine, un voile de tulle entoure son visage. Gabriel est vêtu d’un costume sombre. Ils sont beaux, ils ont l’air amoureux, pourtant quelque chose dans le regard de Lucile semble dilué, une forme d’absence (ou de vulnérabilité) la soustrait à ce qui l’entoure.

C’est un mariage bourgeois mené dans la plus pure tradition, dont le banquet se déroule, après la cérémonie religieuse, dans les salons d’un hôtel particulier de Versailles. Tout le monde est chic et bien habillé, Liane est radieuse dans son rôle de mère de la mariée, Justine et Violette (qui ont alors respectivement treize et onze ans), entourées de quelques cousines, jouent avec le plus grand sérieux leur partition de demoiselles d’honneur. La vie de Lucile en dehors de sa famille commence à peine, elle sort de chez Pigier où elle a appris le secrétariat, elle attend un enfant, son mari travaille dans l’agence de publicité que dirige Georges.

En apparence, ils ont tout pour être heureux.

Je n’ai pas encore évoqué le documentaire qui fut réalisé sur ma famille au tout début de l’année 1968, soit deux ans après le mariage de Lucile, et diffusé sur la première chaîne de l’ORTF en février 1969. J’en connaissais l’existence : avoir fait l’objet d’un reportage de télévision, même introuvable, participait de la mythologie familiale au même titre que le grand écart spectaculaire que ma grand-mère exécuta dans un justaucorps brillant à l’âge de soixante-dix ans ou la construction artisanale de la piscine de Pierremont. Mais personne jusqu’ici n’avait réussi à remettre la main sur l’émission dont on avait oublié le nom exact et qui n’était pas disponible dans les archives publiques de l’INA. Grâce à différentes aides, j’ai pu la retrouver, puis la transférer sur DVD. L’émission s’appelle Forum, elle est consacrée aux rapports entre parents et adolescents. Tout y semble extraordinairement daté : l’image en noir et blanc, un peu passée, les vêtements portés, les intonations de voix, la forme des lunettes, le rythme, le décor. Les premiers reportages, réalisés au sein même de différentes familles, sont suivis de débats au cours desquels des parents, des adolescents, des psychologues et des psychanalystes, qui n’ont aucun lien avec les protagonistes, commentent les images qu’ils ont vues et expriment leur sentiment sur les choix éducatifs ou la qualité des relations parents-enfants dont ils ont été témoins.

Le reportage réalisé chez mes grands-parents clôt l’émission. La voix off explique que la famille n’est pas présentée comme un modèle éducatif au sens strict du terme, « car en matière d’éducation, nulle recette ne peut exister ». Mais on espère apparemment que celui-ci – même s’il achève l’émission et ne fait donc l’objet d’aucun commentaire – puisse donner matière à réfléchir et à prolonger les débats.

Le reportage s’ouvre sur l’image du premier palier de la maison de Versailles. Milo surgit dans le champ pour répondre au téléphone et appelle Lisbeth d’une voix forte. Lisbeth accourt pour prendre l’appel, sa voix est aussitôt couverte par le commentaire qui présente un à un les membres de la famille, sur le ton un peu affecté des documentaires de l’époque, tandis que les images les montrent chacun à leur tour : « Lisbeth, vingt-quatre ans. Barthélémy, vingt-trois ans, marié à Coline, ils ont un bébé de six mois. Lucile, vingt-deux ans, mariée à Gabriel, leur petite fille a deux ans. Milo, dix-huit ans, élève de première. Justine, seize ans, élève au lycée Estienne, Violette, quatorze ans, lycéenne. (Après un temps) Georges, le père, a fondé sa propre agence de publicité. Liane, la mère, a élevé neuf enfants sans perdre son sourire. » On découvre maintenant les Poirier réunis autour de la grande table de la salle à manger, conjoints compris. La conversation est animée, tout le monde rit. La voix off reprend : « Pour que la famille soit au complet, il faut nommer Tom, six ans, qui est au lit, et deux garçons disparus accidentellement. Après des années de gêne et d’inconfort, la famille s’est installée dans une maison à Versailles. Il est rare qu’on s’ennuie dans une famille nombreuse. Mais celle-ci a reçu une éducation qui explique peut-être sa personnalité et sa fantaisie. »

Lorsque j’ai obtenu les mots de passe qui m’ont permis de visionner ce film pour la première fois, il m’a fallu plusieurs jours pour le regarder. Je voulais être seule face à mon ordinateur. Ces images donnent à voir quelque chose que Lucile a perdu quelques années plus tard, que la vie a brisé en mille morceaux, comme dans les contes où les sorcières aux doigts crochus s’acharnent avec rage sur les princesses trop jolies. Parmi les documents que j’ai retrouvés au cours de mes recherches, ce reportage figure sans aucun doute parmi ceux qui m’ont le plus bouleversée.

Lucile est interviewée à plusieurs reprises, la caméra s’approche de son visage, capte en gros plan son regard, son sourire, tandis qu’elle évoque quelques souvenirs de son adolescence. De tous les enfants de Liane et Georges, c’est elle qu’on voit le plus. Elle évoque sa fugue avortée avec Lisbeth, raconte les lignes parties auxquelles elles conviaient leurs amis en secret quand Georges, pour les punir, leur donnait des pages entières à copier. Tout le monde retroussait ses manches et s’y mettait. Elle admet qu’elle n’a jamais rien fait à l’école. Ce n’est pas faute de lui avoir tenu des discours, explique-t-elle, attristés mais optimistes, pour qu’elle reparte du bon pied.

— Mais pour moi cela ne s’est jamais fait.

Dans cette position de réserve qui fut toujours la sienne, mesurant la portée de chaque mot qu’elle prononce, Lucile crève l’écran. Elle est d’une beauté stupéfiante, pétille d’intelligence, n’importe qui le noterait, je crois, à la vision de ce film. Quelques images me montrent enfant à côté d’elle, absorbée par un jeu.

Un peu plus tard, Lucile dit :

— Je suis d’un tempérament très angoissé.

Un peu plus tard encore :

— S’il y a quelque chose qu’ils ont réussi, c’est qu’ils nous ont donné confiance en l’avenir.

Je crois qu’au moment où elle est interrogée, c’est exactement ce qu’elle ressent. Elle a peur et elle a confiance. La vie se chargera de trancher.

Le reportage donne à voir une famille joyeuse, unie, où la priorité a été donnée à l’autonomie des enfants et à l’épanouissement de leur personnalité. Lisbeth, Barthélémy, Milo, Justine et Violette sont interviewés les uns après les autres et témoignent tous de la liberté dont ils jouissent : liberté de parler, d’aller au cinéma, de décorer sa chambre comme on l’entend, de circuler et de voyager : Violette explique qu’elle prend le train seule pour aller à Paris depuis l’âge de dix ans, Lisbeth parle de ses voyages aux États-Unis et au Mexique. Tout cela est vrai. On ne dit pas que Tom est trisomique (il reste au lit pendant tout le reportage !) et on ne s’attarde pas sur les garçons morts accidentellement. Liane, avec ce sourire irrésistible, raconte comment elle a renoncé à ses principes et combien l’éducation qu’ont reçue ses enfants est éloignée de celle qui fut la sienne, tandis que Georges explique avec de belles phrases que l’important est de savoir laisser sa progéniture quitter le nid. Les extraits des films super-huit de vacances en Espagne, inclus dans le reportage, renforcent l’image d’un bonheur parfait.

Justine a détesté ce film et, lorsque je l’ai retrouvé, c’est tout juste si elle a voulu le regarder. Elle m’a raconté plus tard dans quel état de malaise et de confusion elle s’était trouvée au moment du tournage et de quelle manière on lui avait suggéré, si ce n’est dicté, l’une des seules phrases qu’on l’entend prononcer :

Oui, mon père, c’est à la fois un papa, un ami, un ami avec qui on peut rire, on peut parler, on peut dire je crois n’importe quoi, et quand on a quelque chose à lui dire, on lui dit « est-ce que je peux déjeuner avec vous demain » et à ce moment-là on déjeune en amis.

C’est elle qui m’a raconté aussi combien ce film avait blessé Milo, l’avait mis hors de lui, lui qui avait déballé sans retenue sa révolte et sa colère contre son père, dont il ne reste aucune trace. On ne voit Milo que quelques secondes, écrasant une cigarette et tentant d’échapper à la caméra.

On est au cœur du mythe. Le film est à l’image de la légende que Liane et Georges écrivent à mesure qu’ils la construisent, comme nous le faisons tous de nos propres vies. Le film les montre en tant que couple et en tant que parents, il reflète sans doute la représentation qu’ils ont d’eux-mêmes, dont ils ont besoin pour continuer. C’est ainsi qu’ils se perçoivent et qu’ils perçoivent leur famille. Leurs enfants commencent à quitter la maison, ils ont le sentiment de n’avoir pas trop mal réussi, notamment en termes d’éducation, ils sont à l’aise financièrement, partent en vacances, reçoivent des amis. Après les vaches maigres de la rue de Maubeuge, et tant que l’agence de Georges marche bien (elle ne survivra pas à Mai 68), mes grands-parents jouent aux bourgeois. Pour la première fois, Georges peut offrir à sa femme une vie qui correspond au milieu dont elle est issue. Pourtant, dans leur manière d’être, quelque chose, toujours, échappe à la convention. C’est leur force, je le crois, et cela prédomine dans le souvenir que j’ai gardé d’eux.

Par exemple, bien avant que cela corresponde à un style de vie revendiqué et assumé, Liane et Georges se sont toujours promenés nus devant leurs enfants. L’un et l’autre étaient débarrassés ou dépourvus de toute pudeur de cet ordre. Moi-même, comme tous leurs petits-enfants, je les ai vus nus presque jusqu’à la fin de leur vie : Georges, à tout âge, troquait publiquement son maillot de bain mouillé pour un slip sec et Liane m’a longtemps autorisée, même à un âge avancé, à assister à la sortie de sa douche, dont le rituel précis et minuté – friction au gant de crin, onction à la crème Nivea et superposition d’une dizaine de couches de vêtements, me fascinait.

Je suis le produit de ce mythe et, d’une certaine manière, il me revient de l’entretenir, de le perpétuer, afin que vive ma famille et se prolonge la fantaisie un peu absurde et désespérée qui est la nôtre. Pourtant, à la vision de ce reportage, à les voir tous si beaux, si bien dotés, à la fois si différents les uns des autres et si semblablement charismatiques, me sont venus ces mots : quel gâchis.

Que s’est-il passé, en raison de quel désordre, de quel poison silencieux ? La mort des enfants suffit-elle à expliquer la faille, les failles ? Car les années qui ont suivi ne peuvent se raconter sans les mots drame, alcool, folie, suicide, qui composent notre lexique familial au même titre que les mots fête, grand écart et ski nautique. Au cours des entretiens que j’ai menés, certains parlent de désastre, y compris parmi les plus concernés, et il me semble que ce mot est le plus juste si l’on considère que sur toute ruine on peut reconstruire – ce que chacun, à notre manière, nous avons fait.

Ai-je le droit d’écrire que ma mère et ses frères et sœurs ont tous été, à un moment ou un autre de leur vie (ou toute leur vie), blessés, abîmés, en déséquilibre, qu’ils ont tous connu, à un moment ou un autre de leur vie (ou toute leur vie), un grand mal de vivre, et qu’ils ont porté leur enfance, leur histoire, leurs parents, leur famille, comme une empreinte au fer rouge ?

Ai-je le droit d’écrire que Georges a été un père nocif, destructeur et humiliant, qu’il a hissé ses enfants aux nues, les a encouragés, encensés, adulés et, dans le même temps, les a anéantis ? Ai-je le droit de dire que son exigence à l’égard de ses fils n’avait d’égal que son intolérance, et qu’il entretenait avec certaines de ses filles des relations au minimum ambiguës ?

Ai-je le droit d’écrire que Liane n’a jamais pu ou su faire contrepoids, qu’elle lui a été dévouée comme elle l’était à Dieu, jusqu’au sacrifice des siens ?

Je ne sais pas.

Liane, ma grand-mère, de sa voix douce, chantait des chansons d’une tristesse infinie. Liane a vouvoyé ses enfants et ses petits-enfants d’un vous religieux et respectueux, qui attendrissait mes amis. Elle nous appelait mon petit roi, ma reine chérie, mon gentil, ma gentille, ma reinette. Je lui disais tu et je l’adorais.

Il y a quelques jours, j’ai fait un rêve qui n’a pas fini de me hanter.

Nous sommes tous réunis dans la salle à manger de Pierremont, autour de l’immense table en bois qui pouvait accueillir jusqu’à vingt personnes les jours de fête. Tout le monde est là, rien n’a bougé : la collection d’assiettes de porcelaine est accrochée au mur, les panières en osier sont posées de part et d’autre de la table, dans l’air flotte un parfum de gigot. Liane est en face de moi. C’est un repas de famille comme nous en avons connu jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix, quand Georges était encore vivant. L’ambiance est un peu tendue, Georges fait son show, énonce quelques vérités sur le monde-tel-qu’il-va et tel-qu’il-n’est-plus, tandis que Liane invite les uns et les autres à se servir pendant que c’est chaud. À la réflexion, je ne vois pas Lucile, je ne suis pas sûre qu’elle soit dans le rêve, elle n’est pas là, non, sans que toutefois son absence soit signalée. À un moment, par l’un de ces hasards qui font que plusieurs conversations s’arrêtent en même temps (un ange passe), le silence se fait. Le sourire de Liane disparaît, elle se tourne vers moi et me dit, avec ce voile désolé ou accablé qui altérait parfois son regard, dénué de toute hostilité :

— Ce n’est pas gentil ce que vous faites, ma reine chérie, ce n’est pas gentil.

Je me réveille en sursaut et trempée de sueur. L’homme que j’aime et à qui je raconterai ce rêve quelques heures plus tard, sans être capable d’en transmettre l’effroi, dort à côté de moi. Tout est calme autour de nous. Il me faut quelques minutes pour que ralentisse mon pouls.

Je ne me rendors pas. Pas une minute. Je sais ce vers quoi j’avance.