Too Young
Chapitre 10
– Attends-moi, Mi !
Je sursaute en entendant la voix de Calista dans mon dos. J’ouvre de grands yeux quand je la vois débarquer en legging moulant et brassière de sport, ses longs cheveux roux retenus en queue de cheval. Je range mes écouteurs dans la poche de ma brassière. Apparemment je ne cours pas seule aujourd’hui.
– Calista Jones ! Il est sept heures trente et tu viens courir avec moi ?
– Visiblement j’ai bien choisi ma tenue, tu as compris tout de suite. Bien joué Sherlock.
Je pouffe en la regardant, ses vêtements semblent neufs, je crois bien que c’est la première fois qu’elle les utilise si je me fie à la blancheur éclatante de ses chaussures de sport.
– OK, qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de mon amie ? je demande en riant.
Elle ne relève pas et me fait un clin d’œil en arrivant à ma hauteur.
– Arrête de m’admirer et commence à courir.
– Non mais tu es sérieuse ? Tu vas vraiment courir avec moi ?
– Qu’est-ce qu’il y a d’extraordinaire ?
– Cal…
– OK, OK ! Je viens juste de rentrer de Salt Lake et j’avais envie de te raconter ma nuit ! avoue-t-elle dans un sourire.
Je secoue la tête en souriant à mon tour, Calista qui se lève tôt un dimanche pour aller courir c’est comme si on venait de nous annoncer qu’une vie extraterrestre avait vécu cachée sur la Lune depuis plus de mille ans. Autant dire : improbable. Je finis de m’échauffer et commence à trottiner un peu plus lentement que d’habitude pour lui permettre de me suivre sans difficultés. Enfin ça c’était avant qu’elle ne décide de me raconter sa soirée avec un bel inconnu.
– Et si tu… (souffle)… si tu avais vu sa queue énorme, Mi ! me raconte-t-elle totalement essoufflée.
– Arrête de parler et cours, je réponds en riant.
– Je ne peux pas ! S’écrie-t-elle surexcitée. Le mec avait la plus… (souffle)… grosse bite… (souffle)… que je n’ai jamais vue !
– Tu m’as dit ça déjà pour le mec de la semaine dernière…
– Lequel ?
– Celui qui achetait un bouquet de fleurs pour sa femme, je précise en la fusillant gentiment du regard.
Calista sait très bien ce que je pense de ses habitudes, pour elle un homme reste une possible proie, peu importe le fait qu’il soit marié ou non, ça ne lui fait ni chaud ni froid. Une mante religieuse.
– Ah oui ! Carlos ! …(souffle)… Sacré pénis lui aussi c’est vrai…
– Et tu sais ce qu’on dit : ce n’est pas la taille qui compte, c’est la façon de s’en ser…
– Phrase de loser, tu sais… (souffle)… autant que moi que la taille… (souffle)… compte. Tu ne vas pas me dire que ce mec… (souffle)… en première année… (souffle)… t’a fait jouir avec toute la… (souffle)… meilleure volonté du monde ?
– Je n’aurais jamais dû te parler de la taille de son équipement… je marmonne.
– Tu me racontes tout, ma chérie… (souffle)… répond-elle en souriant et en me faisant un clin d’œil, c’est normal que je te raconte tout… (souffle)… aussi !
– Sauf que moi ça risque de me transformer en témoin dans une tentative d’homicide !
– Oh, tant que leurs femmes ne savent rien… (souffle)…, réplique-t-elle en balayant ma remarque d’une main.
– Calista ! je la réprimande, les yeux écarquillés.
– Quoi ?… (souffle)… ils sont mariés et ils couchent… (souffle)… quand même… (souffle)… avec moi ! Si elles doivent s’en prendre à… (souffle)… quelqu’un, c’est… (souffle)… à eux !
– Peut-être mais si tu ne les draguais pas, ils ne coucheraient peut-être pas avec toi !
– Foutaises, un homme ne craque… (souffle)… pas s’il ne veut pas craquer… (souffle)… Soit ils les trompaient déjà… (souffle)… soit ils sont trop imbéciles… (souffle)… pour résister.
– C’est ce qu’on marquera sur ta tombe, je rétorque en riant. « Calista Jones, tuée par la femme d’un mec trop imbécile pour résister. »
– Je préférerais… (souffle)… « Calista Jones : … (souffle)… trop bonne pour qu’ils… (souffle)… résistent » !
– On dirait le titre d’un film porno, je me moque.
– C’est l’histoire…(souffle)… de ma vie, ça, chérie ! Attends, on s’arrête là, je vais crever…
J’éclate d’un rire sonore en m’arrêtant un peu plus loin. Calista se tient penchée en avant, le souffle court et les mains appuyant sur ses hanches.
– Point de côté ? je demande, mutine.
– Des DEUX côtés putain !
J’éclate de nouveau de rire et reviens vers elle.
– Allez, Hussein Bolt, relève-toi on va marcher et réguler ta respiration pour les faire passer.
– Non, vas-y sans moi, laisse-moi mourir ici… se lamente-t-elle en gémissant comme si elle était à l’article de la mort. Je vais te ralentir.
– Tu es trop bonne… je murmure en secouant la tête.
– Ah toi aussi tu trouves ? réplique-t-elle en se redressant comme un ressort.
Je me cache le visage d’une main en riant.
– Heureusement que tu existes Cal, sérieusement…
Elle me fait un clin d’œil avant de froncer les sourcils en regardant par-dessus mon épaule.
– Hey… mais ce n’est pas sexy-Tobie là-bas ?
– Hein ? je sursaute en pivotant face au parc à côté duquel nous nous sommes arrêtées.
Oh mon Dieu…
Effectivement, un peu plus loin, je le vois en train de faire des tractions des bras sur une barre de l’aire de jeu.
Torse. Nu.
Une musique rock’n’roll l’accompagne depuis une mini-enceinte et je me demande comment j’ai fait pour ne pas l’entendre avant. Et surtout pour ne pas le voir…
– Tu baves chérie…
Je ne regarde même pas Calista, je n’arrive pas à décrocher mes yeux du corps tatoué de Tobias qui monte et descend à la seule force de ses bras. J’aperçois même les gouttes de sueur glisser sur sa peau… j’en suis des yeux une qui descend jusqu’à la lisière de son bermuda kaki… Misère, la sueur ne devrait pas me faire autant d’effet…
– Dis-moi, si on fantasme de faire des trucs interdits par l’église avec le fils du pasteur, techniquement ça compte comme un péché mortel, ou juste un péché lambda ? questionne Calista en le regardant, la tête penchée dans une mimique appréciative.
– Quoi ? je m’écrie en la regardant.
Et surtout en me sentant fautive parce que j’imaginais justement des choses.
– Ah toi aussi tu te posais la question ?
– Quoi ? Moi ? Mais non enfin !
– « Tu ne mentiras point », se moque-t-elle en citant l’un des dix commandements.
Je soupire en la regardant si sûre d’elle. Rien ne touche Calista Jones.
Sauf les organes sexuels masculins.
– Tu racontes n’importe quoi, c’était le gamin que je gardais enfin ! je réponds en le désignant.
– Il n’a plus rien d’un gamin…
Je soupire plus faiblement en le regardant de nouveau. À quoi bon mentir ?
– J’avoue…
Le sourire victorieux de mon amie ne m’échappe pas.
– Tu te calmes Jones, j’ai beau le trouver très agréable à regarder, ça ne change rien : il est trop jeune, pour moi comme pour toi ! je la préviens en la désignant.
– OK, OK madame rabat-joie ! Mais est-ce qu’on peut quand même mater ?
Je fais la moue et acquiesce rapidement. J’ai aussi envie de le regarder… Nous tournons simultanément la tête vers lui alors qu’il s’entraîne maintenant sur un seul bras.
– Regarde-moi ces biceps sérieusement… souffle Calista, rien qu’en sachant qu’il fait de la guitare je peux t’assurer qu’il est très agile de ses doigts…
Je ne peux pas m’empêcher de rire à sa réflexion. Cal et ses déductions…
– Il sait faire des arpèges ? me demande-t-elle.
– Qu’est-ce que j’en sais bordel ?
– Tu habites en face de lui, et ta fenêtre donne sur la sienne.
Je retiens un sourire en me mordant la lèvre mais je ne tiens pas longtemps et abdique :
– Il sait faire de la guitare classique… j’avoue finalement.
– Oh putain… OK, Sexy-Tobie vient de devenir « doigts magiques » dans ma tête.
Nous pouffons toutes les deux, et Tobias descend à ce moment-là de son perchoir avant de tourner la tête et de nous apercevoir en train de l’observer sans gêne. Je sursaute, prise en faute et tourne bien vite la tête en cherchant quelque chose pour me donner une contenance alors que Calista continue de soutenir son regard en souriant de plus belle.
– Tobiaaaaaaaas ! hurle-t-elle en lui faisant de grands signes.
– Putain Cal ! je siffle entre mes dents serrées.
– Trop tard, il vient vers nous, ma chérie, répond-elle sans même me regarder, avec un sourire gigantesque.
Oh misère… je ferme les yeux et me force à me tourner pour lui faire face. Il avance en courant doucement, son T-shirt à la main et ses colliers à grigris dansant sur son torse à chaque foulée. Il ralentit en marche rapide quand il n’est plus qu’à deux mètres et nous sourit de toutes ses dents.
– Mesdames…
Je lance un regard moqueur à Calista quand je la vois tiquer. Bien fait.
– Ça, ça s’appelle le karma Cal… je souffle avant qu’il ne nous rejoigne.
Elle me lance un regard noir mais retrouve rapidement son sourire.
– Tobias ! Tu fais du sport toi aussi ?
Je pouffe discrètement. « Toi aussi » ? Alors ça, c’est le plus gros mensonge que je n’ai jamais entendu.
– Oui, j’essaie de faire ça deux ou trois fois par semaine avec un footing pour rester en forme, explique-t-il en passant une main dans ses cheveux légèrement humides.
Mais merde, ça aussi ça ne devrait pas me faire autant d’effet…
– Mais ça c’est dingue ! Mia aussi court plusieurs fois par semaines, vous devriez courir ensemble !
J’écarquille les yeux en regardant le Judas qui me sert d’amie. Traîtresse…
J’ose regarder Tobias et il hausse les sourcils, visiblement amusé par la proposition de Calista.
– Tu cours Mia ?
– De temps en temps… j’articule d’une voix un peu rauque.
– Tous les mardi, jeudi et le dimanche.
Je serre mes poings pour éviter de foutre une gifle à Calista.
– Et si tu lui donnais aussi mon dossier médical pendant qu’on y est ? je grince.
– Pas besoin.
Elle se tourne vers Tobias et reprend dans un grand sourire :
– Elle donne son sang donc elle est clean !
Et de conclure avec un clin d’œil. J’ouvre la bouche en grand, totalement sonnée alors qu’il écarquille brièvement les yeux en la regardant.
— Je suis… ravi de l’apprendre ?
Il fronce les sourcils vers moi, en retenant un sourire, semblant se demander quelle attitude adopter. Je soupire en poussant brutalement Calista du plat de ma main sur sa tempe.
– Aie Anderson bordel !
– Laisse tomber, les psys ont dit qu’on ne pouvait plus rien faire pour elle.
– Si : me faire monter aux rideaux.
Tobias éclate de rire et je sens mon ventre chatouiller à sa voix grave.
– Je suis certain qu’un tas d’hommes se bouscule au portillon, répond-il avec un sourire poli.
– Pas tant que ça… il reste de la place si jamais, roucoule-t-elle.
Je déglutis discrètement. Je connais Calista, je sais comment elle agit, son mécanisme, mais c’est la première fois que je la vois faire son numéro de charme sur quelqu’un qui ne m’est pas indifférent et ça me perturbe. Ça me gêne même. Je guette anxieusement la réaction de Tobias et j’ai la surprise de le voir me jeter un rapide coup d’œil avant de répondre. Ce qui a le don de me faire de nouveau twister l’estomac.
– J’en doute, je laisse ma place aux plus déterminés.
J’en suis bluffée. Personne ne résiste à Calista. Personne ne dit non à une invitation claire et précise de Calista même ! et je suis encore plus bluffée de voir que ça ne l’atteint même pas, elle sourit et me fait un clin d’œil avant de lui refaire face.
– Dommage. Et sinon donc, ces footings ?
Je lève les yeux au ciel, sérieusement, elle ne s’arrête jamais ?
– Ça dépend de Mia…
Je me sens légèrement rougir à l’intonation ténébreuse de sa voix. Presque rocailleuse. Quand je baisse les yeux vers lui il me fixe, sans pudeur. J’ai comme l’impression qu’il me met au défi de lui dire non. Son regard vert me transperce presque alors qu’un léger sourire flotte sur ses lèvres. J’avale difficilement ma salive et je suis obligée de me racler la gorge avant de réussir à répondre sans chevroter.
– Pourquoi pas…
Il sourit largement à ma réponse et je sens le duvet de ma peau se hérisser de façon incontrôlable. Merde je suis en débardeur !
– Parfait, le mardi, jeudi et dimanche donc ? à sept heures trente ?
J’acquiesce sans répondre et il me fait un clin d’œil suivi d’un rapide sourire avant de jeter son T-shirt sur son épaule.
– Sur ce : je vous laisse, j’ai fini mon entraînement cette fois-ci. À tout à l’heure à l’église Mia ?
– À tout à l’heure… je réponds fébrile.
Il s’éloigne en courant après un dernier signe de tête à l’attention de Calista et je le suis du regard en admirant sa croix tatouée dans le dos. C’est juste un footing. Un footing entre voisins, il ne me demande pas de me déshabiller devant lui putain !
Alors pourquoi j’ai l’impression qu’il va me dévorer toute crue dans deux jours ?
– Putain tu vas te faire bouffer Anderson ! jure Calista à voix basse. Je te hais !
Je fais volte-face et la fusille du regard.
– Sérieusement Cal !
– Quoi ?
– Tu aurais pu me demander mon avis avant, non ?
– Hey, doucement Mi, c’est juste pour aller courir ensemble ! il ne va pas te baiser dans le parc !
La simple évocation me fait rougir jusqu’aux oreilles.
– Ooooooooh ? On rougit, Mia Anderson ?
– Ferme-la, Jones, je siffle entre mes dents avant de reprendre mon jogging en courant plus vite pour la semer.
Elle ne tente pas de me suivre et je l’entends rire dans mon dos alors que je m’éloigne dans le sens inverse de la direction qu’a pris Tobias.
– Je te préviens, s’exclame-t-elle les mains en porte-voix, quand vous aurez enfin assouvi vos pulsions : JE VEUX TOUS LES DÉTAILS !
Je lui fais un doigt d’honneur en accélérant le pas et elle rit de plus belle dans mon dos alors que je m’éloigne en imaginant malgré moi un scénario digne d’un film porno dans le parc où j’ai joué étant petite.
C’est officiel, je deviens totalement folle.
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