Too Young

Margot D. Bortoli · Chapitre 49 sur 54

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Too Young

Chapitre 46

 

 

Au bout d’un moment qui me semble interminable, il quitte enfin la nationale pour se garer sur le parking d’un motel et descend sans rien dire. Je le suis, le cœur lourd, quelques pas derrière. J’en profite pour l’observer de tout mon soûl. Je ne sais pas si tout va s’arranger après cette explication alors je veux me gorger de souvenirs de lui, nourrir mon âme douloureuse d’images que je pourrais consulter quand je serai au fond du gouffre. Il monte directement à l’étage extérieur et sort un jeu de clefs de sa poche avant de déverrouiller une porte et de s’engouffrer à l’intérieur en la laissant ouverte à mon intention. Je baisse les yeux en triturant l’anse de mon sac à main, incertaine, et inspire un bon coup avant de rentrer pour le rejoindre. Il est dans la chambre, avec la lumière d’une petite lampe de chevet allumée, ce qui plonge la pièce dans une semi-pénombre, et a enlevé son T-shirt pour s’essuyer le visage avec.

Je me fige la main sur la poignée de la porte que je viens de fermer, subjuguée par la vue qui s’offre à moi.

– Je vais me rafraîchir, fais comme chez toi.

Il désigne d’un geste ample la chambre que je devine être la sienne. Des vêtements traînent sur la chaise dans un coin, une Bible est posée sur la table de chevet, et des papiers sont posés en désordre sur le petit bureau contre le mur.

Il va dans la petite salle de bains contiguë et ferme la porte sur lui, me laissant seule dans la pièce. Je l’entends ouvrir le robinet à fond et l’eau s’écouler dans le lavabo alors que j’enlève mon manteau et défais mon

foulard sans l’ôter totalement 29. Je m’approche lentement du bureau pour poser mon vêtement sur la chaise et je regarde les partitions éparses qui le jonchent.

Apparemment la situation a été plus qu’inspirante pour lui parce que je trouve au moins cinq ébauches ou chansons complètes sur les feuilles étalées devant moi. Et chacune des paroles écrites me brise le cœur. Tout est tellement sombre, tellement triste…

Je prends quelques feuilles dans mes mains et les parcours quand le bruit d’une porte dans mon dos me fait frissonner. Je lève les yeux et croise son regard dans le miroir en face de moi. Il ne parle pas et m’observe gravement. Je ne cherche pas non plus à engager la conversation. Même si à l’origine je suis venue pour ça

Mais quelque chose dans ses yeux me coupe la parole. Et me fait presque trembler…

Il continue de m’observer quelques secondes avant de parler, d’une voix presque éteinte.

– Dis-le…

Mon ventre se tord et je fronce les sourcils. Je ne suis pas certaine de comprendre ce qu’il demande.

– Quoi ?

– Tu sais très bien.

Je sens ma peau se hérisser quand il avance lentement sans quitter mes yeux et s’immobilise à quelques centimètres à peine derrière moi. Je reste fixée sur son reflet et mon cœur bat de plus en plus fort, de plus en plus violemment contre mes côtes, comme s’il cherchait à s’échapper de ma poitrine pour fuir le surplus d’émotions qui menace de le submerger…

– Dis-le-moi, Mia…

Sa voix n’est plus qu’un murmure et je ferme brièvement les yeux en déglutissant avant de croiser de nouveau son regard dans le miroir. Je peux sentir la chaleur qui émane de son corps et traverse mes propres vêtements. Ses cheveux sont légèrement humides comme s’il avait passé une main remplie d’eau dedans. Quelques gouttes brillent d’ailleurs encore sur ses épaules nues. Il est tellement beau que j’en perds le souffle.

– Je t’aime…

J’ai à peine soupiré ces trois mots.

– Je t’aime tellement que ça me fait peur… je reprends à peine un peu plus fort.

Il inspire brutalement et passe une main brusque autour de ma taille pour plaquer mon dos contre son torse.

– Encore… gronde-t-il d’une voix ténue.

– Je t’aime…

Sa main libre glisse dans mes cheveux et empoigne mes mèches brunes avant de me tirer la tête en arrière vers son épaule. J’ai mal mais je me laisse faire, envahie par un sentiment mêlé de plénitude et de douleur.

– Encore…

– Je t’aime…

J’accède à sa requête en murmurant sans sourciller, les yeux fermés. Je suis prête à le répéter inlassablement, jusqu’à ma mort s’il le faut, s’il en a besoin. Il plonge sur mon épaule pour inspirer contre ma peau.

– Encore putain, encore…

– Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime…

Je le chuchote encore et encore, comme une litanie, comme une formule magique qui me permettra enfin de le délivrer de l’état dans lequel je l’ai conduit. Il me retourne brutalement vers lui pour m’embrasser en grondant contre mes lèvres. Rien n’est doux dans ce baiser, rien n’est romantique ni tendre, mais c’est comme si mon corps revenait enfin à la vie.

J’inspire son propre souffle pour respirer à nouveau, je me réchauffe à la chaleur de son corps contre le mien, et mon cœur bat de nouveau au rythme de celui qui tambourine contre sa poitrine…

Je me laisse faire quand il me force à reculer vers le lit, les mains accrochées aux siennes, alors qu’il tient mon visage d’une poigne de fer. Je n’oppose aucune résistance à sa domination, ce soir c’est lui qui dirige, qui mène les opérations, je veux juste le retrouver. Être contre lui, avec lui. Mon foulard est rapidement jeté par terre, suivi de près par mes vêtements.

Cette fois-ci c’est moi qui suis entièrement nue et lui encore habillé. Il n’a plus son T-shirt mais quand il m’allonge de force sur le lit sans jamais quitter ma bouche et la friction frénétique de nos lèvres assoiffées, il porte encore son jean et ses chaussures. La boucle de sa ceinture me fait mal quand il s’étend contre ma peau mais je ne proteste pas. Il interrompt enfin le ballet de nos bouches et quand il s’écarte c’est pour plonger dans mes yeux.

Je sais exactement à quel moment il remarque les bleus sur mon cou. Ses sourcils se froncent alors qu’il pose un pouce sur une des marques. Mais je n’ai pas envie d’en discuter maintenant. Je saisis sa main et lui intime, d’une simple pression des doigts, de me regarder de nouveau.

– Plus tard…

L’instant est lourd. Il ne répond pas et je ne parle plus. J’essaie de lui faire comprendre l’étendue de mes sentiments pour lui de façon presque télépathique. Les mots n’ont plus leur place, ce sont les corps qui parlent et le mien hurle. Il me hurle qu’il a besoin de lui. Tobias accède à sa requête et reprend ses baisers tout en descendant une main brusque sur mon sein, griffant ma peau au passage, puis sur ma taille, mes hanches et enfin entre nos deux bassins. J’apprécie qu’il ne me manipule pas comme une poupée de porcelaine malgré les preuves de mon agression. Je ne voulais pas ça. Je sursaute quand même au contact de ses doigts et expire par saccade alors qu’il me caresse sans douceur. J’ai presque l’impression qu’il veut me laisser des traces ou des nouveaux bleus, un peu comme s’il me punissait ou me « marquait ».

Il n’en a pas besoin, je suis déjà entièrement à lui. Je le laisserai me martyriser délicieusement, je le fais, la respiration hachée. Jusqu’au point culminant où je gémis, cambrée sous lui. Il étouffe mes sanglots de ses lèvres chaudes et je finis de crier dans sa bouche exigeante. Il ne m’a pas lâché un seul instant pendant l’orgasme bouleversant qu’il vient de me donner et qui me brise en deux.

Je ne suis plus qu’un tourbillon de sensations et d’émotions sur le couvre-lit. Ma peau fourmille sous l’afflux brutal de sang qui rugit dans mes veines, fait battre mon cœur plus fort, et couvre ma peau d’une multitude de points et plaques rouges. Il a réussi. Il m’a marqué.

À vie.

Depuis le début c’était lui.

Même enfant Tobias a toujours été intense, sombre, curieux, lumineux, intimidant parfois.

Vibrant.

Toutes ces années à vivre puis tout perdre n’étaient qu’une vaste parodie de ce que j’allais ressentir entre ses bras.

Il se redresse soudain sur les genoux et m’emporte avec lui alors que je suis presque inconsciente et vidée. Mais mes bras se referment naturellement autour de son cou alors qu’il m’observe, le visage grave et les sourcils froncés. Je dois ressembler à une folle, les cheveux emmêlés, le cou meurtri et les yeux hagards. J’arrive à peine à garder mes paupières ouvertes mais je me force à lutter contre l’engourdissement pour le regarder aussi, et lui parler.

– Dis-le…

Il pose une main douce et légère sur ma joue, sans pour autant répondre.

– Dis-le, Tobias. S’il te plaît…

Ma voix n’est plus qu’une supplication désespérée. Il inspire profondément et ferme les yeux avant de poser son front contre le mien. Mais il ne parle toujours pas.

Il refuse de me le dire.

Alors qu’il me l’avait déjà dit avant.

Ce constat rompt les dernières digues qui se tenaient encore debout dans mon esprit et je fonds en sanglots incontrôlables, en resserrant mes bras autour de son cou. Je ne cherche même plus à refréner mes émotions, tout ce qui compte c’est de le sentir contre moi. De lui faire comprendre que j’ai besoin de lui, que je ferai tout pour mériter qu’il me le dise en retour.

Qu’il n’ait plus jamais peur de me le dire…

J’inspire frénétiquement contre son cou en l’escaladant presque, comme si je cherchais à me fondre dans sa peau. Pour le souder définitivement à moi, pour le fusionner avec mon corps et ne plus jamais avoir à me séparer de sa chaleur.

– Calme-toi, Mia…

Sa voix douce ne fait que redoubler mon envie de m’accrocher à lui, et ce sont finalement ses mains qui me décrochent de son cou. J’inspire douloureusement, la joue striée de traînées humides, dans une tentative pour me calmer enfin. Quand je réussis à retrouver un rythme cardiaque et émotionnel stable, j’essaie de le regarder dans les yeux mais il fuit mon regard. J’ouvre la bouche pour le supplier de me regarder mais il m’en empêche en m’embrassant profondément, puis m’allonge de nouveau sur le lit où il quitte ma bouche pour répandre une pluie de baisers sur mon corps meurtri par le chagrin de l’avoir perdu. Il se redresse finalement pour quitter ses derniers vêtements et vient s’allonger sur moi pour fusionner enfin.

Et je prends ce qu’il me donne sans demander plus.

Parce que je ne sais pas si j’aurais encore la possibilité de le tenir un jour dans mes bras.

 

29 Je conseille « Young and Beautiful » de Lana Del Rey en fond sonore.

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