Too Young

Margot D. Bortoli · Chapitre 35 sur 54

Pages du PDF

Too Young

Chapitre 32

 

– Regarde-la à les toucher l’un après l’autre, gronde Calista, une vraie allumeuse, elle cherche clairement à leur faire croire qu’elle hésite avant de jeter son dévolu sur l’un d’entre eux… mais quelle garce !

Je pique du nez dans mon verre. Le troisième en moins d’une heure. J’ai un peu trop abusé je crois parce que je sens mon corps et mes pensées s’engourdir au fur et à mesure. Je suis dos à la scène que me décrit mon amie mais je n’en rate pas une miette parce que Cal me décrit geste par geste ce qui se passe derrière moi.

– Caaal… je proteste pour la dixième fois de la soirée, est-ce qu’on peut arrêter cette mascarade et quitter le bar ?

– Et laisser cette connasse te piquer ton mec ? tu rêves Mia Anderson !

Je soupire, pour la millième fois cette fois-ci.

– Elle ne me pique pas « mon mec », c’est juste une de ses amies et ils boivent un verre entre potes…

Elle hausse les sourcils d’un air sardonique avant de secouer la tête.

– Mia, Mia, Mia… tu es d’une naïveté déconcertante. C’est évident que cette garce cherche à se taper l’un des deux ! je connais sa technique, j’utilise la même !

Je lève les yeux au ciel alors qu’elle tend le cou pour ne pas perdre une miette de la scène.

– S’il te plaît, Cal, je m’en fiche de ce qui se passe, OK ? je plaide sans grande conviction. Je veux juste rentrer chez moi et dormir…

– Attends… Non mais je rêve ! Elle lui a carrément mis la main au paquet !

Je pivote brusquement à cette annonce et rougis quand je croise le regard de Tobias sur moi, et entends le rire narquois de Calista dans mon dos.

– Tu t’en fous royalement dis-moi… siffle-t-elle alors que je me repositionne, le feu aux joues.

Il n’y avait pas de main au paquet. Rien du tout. Tobias est seul à table. Je me suis fait avoir comme une gamine.

– Cal, s’il te plaît…

– Non ! Cette connasse ne gagnera pas, OK ? En plus, elle a osé utiliser les gradins ! C’était MON endroit ! Mon nom est gravé sur chaque pylône de cette structure ! rien que pour ça je vais lui faire la misère…

Je me frotte les yeux de dépit, elle en fait une vendetta personnelle, avant de sentir une chaleur sur ma nuque. Le regard d’un certain musicien… je me sens mal à l’aise à l’idée de m’être fait prendre en plein espionnage et décide d’aller me chercher de l’eau au bar pour fuir son regard. Et diluer l’alcool qui commence à sévir.

– Je vais chercher de l’eau fraîche… j’articule à l’intention de mon amie, mais elle ne me regarde pas et fixe Tobias sans ciller.

– OK, je reste ici et je te raconterai ce que tu as raté.

Je cligne lentement des yeux, encore atterrée par l’entêtement de ma copine, puis marche d’un pas rapide vers le comptoir. Mitch m’accueille avec un grand sourire quand je m’y appuie.

– Une grande bouteille d’eau minérale Micth, s’il te plaît.

– On a un peu trop bu Mia ? se moque-t-il en marchant vers le frigo et en me ramenant une bouteille en plastique.

– Comme tu dis…

Je lui tends un billet de cinquante et il me fait signe d’attendre avant d’aller à la caisse pour me chercher la monnaie. Mais il doit patienter pendant que deux de ses serveurs finissent leur encaissement. Je soupire en posant mon front contre la surface en bois. Je commence à être réellement pompette.

– Tu imagines ? Elle a au moins trente ans et lui vingt-deux !

Mes yeux s’ouvrent brusquement à cette voix et je n’ose pas bouger quand je réalise que la fameuse Danny vient de s’accouder au bar à côté de moi.

– Bah, si c’est juste pour du cul… intervient une voix masculine inconnue.

– Ça m’étonnerait, Malcom, elle avait vraiment l’air furieuse contre lui et elle est là ce soir avec sa copine à nous observer depuis le début de la soirée. Je trouve ça vraiment bizarre et malsain.

Une boule se forme dans ma gorge. Merde… j’ai été si transparente que ça ? je pivote doucement pour leur tourner le dos en comprenant qu’ils ne m’ont pas reconnue et sens le sang battre à mes tempes. Je devrais quitter le bar et rejoindre Cal pour la traîner de force dehors mais d’un autre côté j’ai l’envie malsaine de continuer à les écouter parler de Tobias et moi. Une envie irrépréhensible de savoir ce qu’ils en pensent…

– J’ai déjà entendu parler d’elle, reprend le fameux Malcom, si tu savais ce qu’ont dit d’elle en ville…

Une soudaine nausée me remonte jusque dans le fond de la gorge. Génial. Apparemment j’ai une réputation de merde…

– Ce qui me rassure c’est que je sais d’avance que ce genre d’histoire ne dure jamais. Ils sont trop différents, et quand elle commencera à parler d’enfants il fuira. Il a toujours fui toutes tentatives d’engagement. Tobias n’est pas prêt à se caser et encore moins avec une cougar qui a les ovaires qui la démangent ! rétorque-t-elle en riant à gorge déployée.

Les larmes me montent aux yeux. Parce que je ne sais pas si je suis choquée par ses propos ou si je suis choquée d’être en partie d’accord avec elle…

– Tu es horrible Danny… Elle est quand même bonne. Même moi je me la taperais bien.

Beurk…

– Tu dis ça juste parce qu’elle a des gros seins

Je fronce les sourcils à la dernière phrase et baisse les yeux vers mon timide 90 B. OK, là je ne comprends plus rien…

– Nan, je veux surtout savoir si c’est une vraie rousse ! reprend l’homme derrière moi en éclatant de rire.

Oh merde… ils parlent de Calista. Elle croit que Tobias a une relation avec Calista, pas avec moi. Le soulagement me submerge quand je réalise que mon honneur est sauf.

– Tiens, Mia, et dis à Calista d’arrêter de fusiller mes clients du regard, s’il te plait, elle fait peur à tout le monde ce soir, intervient Mitch en me ramenant ma monnaie.

Génial. Timing parfait.

Je sens un mouvement dans mon dos et serre les lèvres en pivotant à peine pour récupérer les billets qu’il me tend. Assez pour que la fameuse Danny comprenne que j’ai tout entendu.

– Oh non… soupire-t-elle, visiblement gênée, en me voyant la regarder d’un air presque désolé. Pardon… je ne voulais pas dire que… Enfin qu’elle était…

– C’est bon, c’est bon, je l’interromps. Je connais Calista, je sais le genre d’impression qu’elle peut laisser aux gens qui ne la connaissent pas, je tente de la rassurer.

Elle fait une grimace en tournant le visage vers Cal qui affronte toujours Tobias du regard.

– Je sais, je ne la connais pas mais… je veux juste protéger mon ami. Je connais Tobias depuis longtemps et ce genre de relation ne lui correspond pas. Je veux dire… tu as vu l’écart d’âge ? Elle a presque dix ans de plus que lui quand même ! s’exclame-t-elle en m’implorant du regard.

OK. Malaise intense.

Mais vraiment intense… je commence même à me sentir mal. La tête me tourne et je sens des bouffées de chaleur remonter dans ma nuque. J’attrape la bouteille d’eau, dévisse le bouchon et bois une longue gorgée pour me remettre les idées au clair.

– C’est super bizarre, on pourrait même dire qu’elle est une sorte de maman pour lui. Ça rend le tout super malsain comme relation… continue-t-elle, sans répit pour mon esprit embrumé. Elle pourrait quand même fréquenter un homme de son âge, non ? Quoique si elle tape dans les plus jeunes c’est qu’il y a peut-être un souci chez elle et qu’elle n’y arrive pas…

Je recommence à boire sans répondre alors qu’elle reprend.

– Et puis, il est seulement de passage ici, il ne compte pas vivre à Springville, il lui faut une grande ville pour exercer le métier qu’il veut faire alors s’encroûter dans une ville de campagne comme celle-là… Honnêtement, tout ça me fait douter du bien-fondé et de la stabilité de leur rela…

– Ça va, ça va, j’ai compris ! je l’interromps brusquement en me redressant. Elle est trop vieille pour lui et vit dans une ville minable et pas assez bien pour les jeunes d’aujourd’hui, comme vous.

Ma voix a pris un ton acerbe et je pique le verre de whisky de mon voisin que je vide d’une traite. Après tout je préfère m’engourdir dans l’alcool pour entendre ce genre de conneries.

– Hey ! s’offusque le propriétaire du verre.

Je coupe court à son énervement en aplatissant les quarante-huit dollars que m’a ramenés Mitch juste devant lui.

– C’est pour moi !

Il hausse les sourcils puis acquiesce, apparemment content du deal, tandis que je me retourne vers les deux jeunes en face de moi. Ils semblent gênés, pour mon plus grand bonheur.

– Veuillez m’excuser, je vais aller rentrer mon cul de trentenaire périmée et vieille fille au métier pourri chez moi…

– Qu’est-ce qui se passe ?

Je me fige à la voix que je connais bien derrière moi. Et pique le nouveau verre de whisky qu’un serveur venait de ramener au mec assis à côté de moi.

– Hey ! recommence-t-il alors que je le vide de nouveau. Ça va aller là non ?

– Désolé… j’articule difficilement en sentant l’alcool brûler ma gorge.

Ce qui me rend toute cotonneuse et un peu plus joyeuse qu’il y a dix minutes.

Étrange…

Je fais face à Tobias.

– Hey Tobie ! c’est fou ça, on parlait de toi ! tes amis m’expliquaient justement que ta relation avec Calista, qui est beaucoup plus vieille que toi, n’allait sûrement pas durer parce qu’elle a des ovaires en voie de péremption et qu’elle vit dans une ville de merde. Sans compter que tu as sûrement un syndrome malsain de seconde mère avec elle et qu’elle couche avec toi parce qu’elle n’est pas assez douée pour trouver un homme de son âge.

Je me tourne vers eux en souriant jusqu’aux oreilles et en titubant légèrement.

– J’ai tout bien résumé ?

Ils ont la bonne idée de baisser les yeux, gênés.

– Je te ramène chez toi Mia. Je crois que tu as besoin de te coucher.

Je m’écarte vivement de Tobias quand il prend mon bras.

– Hey ! On se calme, le gamin, ce n’est certainement pas un mioche dans ton genre qui va me dire quoi faire ! je te rappelle que c’est moi la plus vieille ici !

Son visage se ferme, et je me plante face à lui.

– Je suis parfaitement capable de rentrer toute seule chez moi, Miller.

– Qu’est-ce qui se passe ?

L’arrivée de Calista provoque un nouveau malaise, et la tension est si élevée que Mitch vient nous rejoindre.

– Hey, je ne sais pas ce qui se passe ici mais je n’aime pas ça…

– Il ne se passe rien du t… commence Danny mais Calista l’interrompt.

– Qu’est-ce que t’as dit à ma copine boucle d’or ?

– Moi ? mais rien ! je n’ai rien dit !

– Comme si j’allais croire ça !

– Calista, calme-toi… la menace Mitch, sinon je te fais sortir de force du bar.

– C’est plutôt eux que tu devrais faire sortir, répond-elle, ils ont à peine l’âge légal pour boire ! je ne suis même pas certaine qu’ils aient réellement plus de vingt et un ans !

Sa remarque fait mouche et Mitch prend un visage sévère tandis que Tobias et moi continuons de nous fixer sans parler ni même esquisser le moindre geste.

– Très bien, je vais vous demander de me montrer vos pièces d’identité, annonce le patron d’une voix forte.

J’entends des cris de protestation venir de la périphérie de mon champ de vision mais je les ignore, concentrée à regarder Tobias. Mais lorsqu’il amorce un pas vers moi je prends la poudre d’escampette et file sans demander mon reste vers la sortie.

– Mia !

Je ne sais pas qui m’appelle, Calista ou Tobias, ou même Mitch. Je m’en fiche et je fonce comme une dératée dans la nuit noire pour leur échapper. Je cours cinq bonnes minutes pour distancer la sortie du bar et me cache dans un renfoncement pour m’appuyer contre une paroi et reprendre mon souffle.

Merde l’alcool ne m’aide pas à faire des miracles en course et je suis essoufflée alors que d’habitude je cours plus d’une heure sans faiblir. Ce n’est que lorsque je retrouve une respiration plus calme que je regarde autour de moi. Je suis du côté des hangars désaffectés de l’ancienne gare.

Génial, grâce à l’alcool je suis partie dans le sens inverse de l’endroit où je devais aller.

Je regarde derrière l’angle du vieux container sur lequel je me suis appuyée mais ne vois personne dans la semi-obscurité des vieux lampadaires. La lumière jaune qu’ils diffusent cache en partie mon entourage direct et je sens un frisson me saisir en me rappelant les propos de mon père la dernière fois que j’étais allée chez Mitch.

Il m’avait dit que la fille de Johnny Egerts s’était fait agresser ici. Je sens la chair de poule se hérisser sur mes avant-bras et les frotte en me maudissant de n’avoir pas pris de veste pour couvrir ma chemise à carreaux en flanelle. Heureusement que je suis en jean, mais les températures recommencent à baisser la nuit, même s’il fait encore bon en journée, et je n’ai pas eu l’idée de me couvrir plus.

Je défais les revers de ma chemise pour me couvrir les bras quand un bruit de pas dans le gravier environnant me glace. Je reste figée quelques instants, paniquée et le sang battant aux tempes en essayant de savoir d’où vient le bruit quand un nouveau crissement de pas, puis un autre, et encore un autre font monter ma panique en flèche. Je regarde autour de moi et décide très rapidement de revenir sur mes pas vers la lumière du lampadaire le plus proche quand le bruit dans mon dos s’amplifie et se rapproche dangereusement.

Mais j’ai à peine le temps de contourner l’angle du container que je me prends un buste de plein fouet. Ma peur atteint un pic encore inexploré quand deux bras me saisissent aux épaules.

– Mia, ça va ?

Je lève des yeux hagards vers la personne en face de moi et il me faut un bon moment pour distinguer son visage à contre-jour, et analyser la voix au travers des dernières brumes d’alcool et surtout de ma crise de panique.

– Tobias ? je murmure, hagarde.

Il se décale légèrement et j’aperçois enfin son profil éclairé dans la lumière vacillante. Un soulagement immense me submerge quand je comprends que je ne suis pas en danger et que j’ai angoissé pour rien. Je soupire bruyamment et viens me fondre dans ses bras rassurants en nichant mon nez dans son cou.

– Dieu merci c’est toi…

– Tu attendais quelqu’un d’autre ? demande-t-il, amusé.

– Non… je… j’ai cru entendre des pas de l’autre côté du hangar alors je me suis affolée, mais j’ai dû confondre avec l’écho des tiens.

Un tremblement incontrôlé me prend et je commence à grelotter contre lui-même si son torse m’apporte une douce chaleur. J’ai encore les restes de ma crise de panique et je n’arrive pas à me calmer… Il referme ses bras autour de moi et m’attire vers le lampadaire pour nous éclairer tous les deux.

– Tu n’aurais pas dû venir ici seule, j’ai entendu qu’il y avait eu une agression, me gronde-t-il comme une enfant.

Je devrais lui rappeler que je suis l’adulte, mais je suis tellement bien contre lui que je le laisse me bercer comme un bébé.

– Viens je te ramène.

J’acquiesce doucement et me laisse emmener vers le parking du bar. Mais quand je réalise que nous nous approchons d’un lieu fréquenté, je m’écarte vivement de lui et m’éloigne d’un bon mètre. Assez pour ne pas attirer l’attention sur nous, mais pas assez pour ne pas remarquer le visage de nouveau fermé de Tobias.

– On ne sait jamais… j’explique succinctement.

Il se contente de m’observer quelques instants, les yeux perçants, puis hoche la tête avant d’avancer d’un pas rapide vers son pick-up. Je sens un malaise se créer entre nous, mais en même temps je me vois mal revenir lovée dans ses bras après ce que j’ai entendu au bar tout à l’heure. D’ailleurs le souvenir de cette conversation épiée bien malgré moi me refroidit instantanément.

J’ai réussi à en prendre plein dans la figure par deux jeunes sans même être directement insultée. Sacrée performance.

Je regarde rapidement autour de moi quand il m’ouvre la portière passager depuis l’intérieur et décide de le rejoindre quand je suis certaine que le parking est vide. Je claque la porte et boucle ma ceinture alors qu’il démarre et lance d’une voix cinglante :

– Tu veux aussi t’allonger au cas où on croiserait quelqu’un sur la route ?

Je m’immobilise, la main sur la bande en nylon qui appuie sur ma poitrine et relève lentement les yeux vers lui tandis qu’il manœuvre pour sortir du parking.

– Ça ne me fait pas rire Tobias.

– Moi non plus Mia.

Il m’observe un long moment sans bouger puis quitte mes yeux pour se concentrer sur la route et nous ramener à la maison. Le trajet se déroule dans un silence pesant, sans un seul mot ou geste échangé. J’en suis même à me pelotonner contre la vitre pour mettre un peu plus de distance entre nous. Cette situation est déroutante, jusque-là je n’avais jamais eu de dispute avec Tobias. Du moins depuis le début de notre « relation » et je ne sais pas comment me comporter. Avec Derreck je boudais mais revenais toujours sur mes pas pour que nous puissions discuter et nous réconcilier. Mais là…

Ce n’est pas Derreck, je ne suis plus la même Mia, et surtout cette relation n’est pas censée exister aux yeux du monde. Autant de nouvelles données qui me font perdre toute logique. Alors je reste dans mon coin et ignore tant bien que mal la boule qui se forme dans ma gorge en tentant de la faire passer à grand renfort de déglutissements.

Lorsqu’il arrive dans notre rue, je me redresse pour lui indiquer de se garer plus loin mais il le fait avant même que je n’aie eu le temps de lui dire. Il coupe le contact quelques mètres plus loin dans la rue, au niveau d’une maison en vente et le silence devient encore plus assourdissant.

Je n’ose pas amorcer un geste pour sortir de la voiture. Je n’ai pas envie de me disputer avec lui mais je n’ai pas non plus envie de le quitter sur cette mauvaise note.

– Je ne comprends pas pourquoi tu es fâché, je tente en le voyant crisper la mâchoire, tu sais très bien que ce qui se passe entre nous doit rester secret pour l’inst…

– Je sais, me coupe-t-il sèchement. Contrairement à ce que tu as dit, je ne suis pas un « mioche » qui ne comprend rien.

Je baisse les yeux, honteuse, quand il me renvoie en pleine figure ce que je lui ai asséné un peu plus tôt.

– Je suis désolée pour ça… j’annonce timidement.

Il ne répond pas tout de suite et se contente de soupirer.

– Rentre chez toi Mia. Je te laisse cinq minutes d’avance puis j’irai me garer.

– Et si tes parents te voient revenir plus tôt que prévu en même temps que moi ?

Je ne risque rien du côté des miens, ils ne sont pas près de rentrer avant un bon moment.

– Ils sont aussi allés manger chez Margaret avec Jake, et les jumelles sont chez des amis.

Il est donc seul. Et ne me propose pas de venir chez lui ou d’aller chez moi. Alors qu’hier encore nous aurions sauté sur l’occasion de nous retrouver seuls, autre part que chez Calista.

Je le sens comme un rejet profond et je me mords la langue pour ne pas grimacer de dépit. Il ne me parle plus et regarde devant lui, alors je tente une dernière fois de me justifier.

– Ils ont quand même en partie raison Tobias, on a huit ans d’écart, et je suis certaine que finir ici n’est pas ce que tu avais prévu. Et encore moins avoir des enfants à ton âge. Ça finira forcément par coincer à un mom…

– Et si tu me demandais directement ce que je veux, au lieu de présumer ? me coupe-t-il de nouveau d’une voix acerbe en tournant des yeux furieux sur moi. Parce que tu n’en sais rien Mia, rien du tout.

Ce serait le moment de lui demander enfin, de lui demander ce qu’il veut, mais je n’en ai pas le courage et je baisse les yeux sur mes mains tremblantes. Quand il comprend que je ne parlerai pas il rit amèrement et se penche pour m’ouvrir la portière. Une deuxième fois, mais cette fois-ci c’est pour me mettre dehors.

Je pince les lèvres et tente d’ignorer mes yeux brillants de larmes en détournant le regard et en me détachant pour sortir de la voiture.

– Bonne nuit Tobias, je murmure.

Il ne répond pas, ou bien il le fait mais je ne l’entends pas. Je fonce droit devant moi et me réfugie bien vite dans ma maison en claquant la porte dans mon dos. Je l’entends se garer quelques instants plus tard juste à côté et je me retiens de regarder par la fenêtre de la cuisine si je le vois rentrer chez lui. À la place je monte en vitesse dans ma chambre pour jeter mon sac et mes chaussures par terre. Je détache mes cheveux, retenus en chignon rapide, et me force à inspirer profondément pour ne pas craquer. Tout sauf ça. Je me secoue mentalement quand je me calme enfin et fonce dans la salle de bains pour prendre une douche chaude afin d’évacuer les restes de

tremblements qui s’attardent sur ma peau. 19

Je me démaquille rapidement, encore totalement habillée, avant de lancer l’eau chaude quand un bruit de plongeon provenant de l’extérieur m’interpelle. Je regarde mon reflet, les yeux grands ouverts. Je sais très bien d’où vient le bruit. Depuis la petite fenêtre en hauteur de la salle de bains, j’aperçois une partie du jardin et de la piscine des Millers. Et si toute la famille est sortie, il n’y a qu’une personne qui peut se baigner en ce moment. Avant même d’avoir eu le temps de réfléchir, je suis debout dans la baignoire, sur la pointe des pieds pour tenter d’apercevoir quelque chose. Il ne me faut que quelques secondes de patience avant de voir un dos et des bras tatoués fendre l’eau dans un crawl parfait, puis repartir dans l’autre sens, hors de ma vue.

Mais quelle idée de se baigner à une heure et une température pareille ? Même si je comprends que l’eau est chauffée quand une légère vapeur s’en échappe dans la nuit noire, visible grâce à l’éclairage sous l’eau. Je le revois une nouvelle fois lors d’une nouvelle longueur, puis une autre et encore une autre…

Ses mouvements sont puissants, secs et presque furieux, comme s’il essayait de se calmer. Parce que je l’ai rendu furieux.

Je descends doucement de mon point d’observation, avec un arrière-goût amer dans la gorge. Je n’aime pas cette situation, le savoir si proche physiquement parlant, mais pourtant si loin de moi… et je repense à cette foutue perche qu’il m’a tendue dans la voiture et que je n’ai pas su, ou voulu, saisir.

Mais qu’est-ce qui m’a pris bordel ?

En moins de deux, et avant même que je ne change d’avis, je saute de la baignoire et cours dans les escaliers avant de sortir à grande vitesse de chez moi. Je ne cherche pas à vérifier si quelqu’un m’observe dans la rue et saute par-dessus la barrière en bois des Millers pour contourner leur maison et rejoindre l’arrière-cour où se trouve la piscine. Quand j’arrive, le souffle court, il est installé contre le bord, les bras étendus de chaque côté sur les margelles et la tête renversée en arrière à observer le ciel. On dirait un ange damné, illuminé par la lumière provenant de sous la surface de l’eau, et projetant des reflets changeant sur son cou dégagé.

Mais mon arrivée en fanfare brise son immobilité et lui fait lentement baisser les yeux. Il ne dit rien quand il m’aperçoit et je ne cherche pas non plus à parler. Une brise fraîche me réveille alors que j’étais restée stoïque, droite comme une statue face à lui et je me décide à approcher de la piscine en le laissant m’étudier.

– Qu’est-ce que tu veux ? j’ose enfin demander après quelques pas.

Il hausse un sourcil ironique mais ne parle pas.

Allez Tobias, tu peux faire mieux que ça non ?

Je m’approche de nouveau jusqu’à monter sur la margelle qui délimite le contour de la piscine et attends quelques secondes, mais toujours aucune réponse. Seul le bruissement des feuilles et la vibration de la filtration de l’eau viennent briser le silence qui nous entoure.

– Dis-le-moi… Qu’est-ce que tu veux, Tobias ?… je murmure, le regard suppliant.

Il faut qu’il me parle, qu’il me réponde. Que je sache enfin si je cours droit dans le mur avec lui ou si j’ai raison de me jeter à corps perdu dans cette relation. Mais rien. Il ne fait rien, ne dit rien, n’esquisse même pas un simple geste.

Il ne va quand même pas me forcer à le rejoindre, non ? mais si je me fie à son immobilité, si.

Bon. Quand il faut y aller…

J’inspire un grand coup et avance le pied pour entrer dans l’eau. Elle est plus tiède que ce à quoi je m’attendais et je suis soulagée de ne pas avoir à faire ça dans une eau glacée. Je suis prête à pas mal de choses, mais peut-être pas à choper la tuberculose pour lui.

Dit la fille qui rentre tout habillée dans une piscine pour un mec.

J’avance dans l’eau et descends lentement les marches d’escalier avant d’être immergée jusqu’à la taille. La sensation de mes vêtements qui collent à ma peau et flotte alternativement est presque désagréable mais plus j’avance, plus le poids sur ma poitrine s’atténue. Surtout quand je vois le visage de Tobias se détendre peu à peu jusqu’à apercevoir une lueur amusée dans ses yeux. Enfin, enfin quelque chose qui m’indique qu’il est peut-être prêt à discuter avec moi. À mettre à plat la situation. OK, en me faisant rentrer en jean et chemise dans une piscine, mais c’est déjà ça.

Sale môme, va…20

Il me fait avancer exprès vers lui et ne bouge pas d’un iota, mais ça me fait finalement rire. C’est une grande première pour moi. J’ai déjà eu la sensation de déplacer des montagnes pour Derreck, mais jamais je n’étais allée jusqu’à m’immerger en « eaux profondes », jusqu’à faire quelque chose que je ne pensais pas faire pour quelqu’un. Et c’est pour lui que je le fais.

Je lui souris en coin, et il me rend mon sourire, très furtivement, avant de se redresser. Je retiens mon souffle en pensant qu’il va me rejoindre mais à la place il descend, tout doucement, jusqu’à enfoncer la tête sous l’eau. Je m’immobilise, surprise, et recule d’un pas en le voyant nager sous la surface, dans ma direction.

Qu’est-ce que…

Je me tends quand il se rapproche de moi, prête à subir un possible impact ou la sensation de sa main qui saisit ma jambe, mais, alors que je crois qu’il va m’attraper sous l’eau, il se contente de tourner autour de moi, plusieurs fois d’affilée. Mon cœur bat de plus en plus vite au fur et à mesure qu’il me contourne, m’empêche d’avancer ou bien de reculer… je le suis du regard en tordant mon cou dans tous les sens pour essayer de deviner quand il va frapper. J’ai presque l’impression d’être à la merci d’un prédateur marin qui m’entoure avant de me sauter dessus pour me noyer.

Et c’est quasiment ce que je fais depuis que je me suis laissée séduire par lui, je me noie de plus en plus, jour après jour, dans ses bras. Paralysée par son emprise sur moi. Mais à la sensation de peur, se mêle le désir. Une petite étincelle qui prend naissance dans mes reins, qui s’étend en picotements fébriles vers mon bas-ventre, jusqu’à brûler et remonter dans ma poitrine, mes bras, mes jambes et la moindre parcelle de mon corps. J’étais prise de tremblements dus à la fraîcheur de la brise sur mes vêtements mouillés, mais maintenant je tremble parce que je suis de plus en plus impatiente. Il joue avec moi et fait durer le suspense. Et ça fonctionne. Je respire de plus en plus lourdement et je finis par ne plus le suivre quand il passe dans mon dos, résignée et consentante. J’attends qu’il se décide, je me sens de plus en plus alanguie, prise dans un tourbillon provoqué par sa technique de chasse.

Jusqu’à ce qu’il s’éloigne, à ma grande déception, et émerge à la surface quelques mètres devant moi en rejetant ses cheveux en arrière dans un geste ample. On dirait un dieu marin. Les gouttes d’eau glissent sur sa peau parfaite, sur ses nombreux tatouages, sur les quelques taches de rousseur qui parsèment sa peau. C’est inhumain d’être aussi beau à cet âge-là. Je n’avais aucune chance de lui résister… il penche légèrement la tête sur le côté et m’observe, une lueur indéchiffrable dans les yeux, puis passe une main assurée dans ses cheveux et plante ses yeux perçants dans les miens avant de s’immerger de nouveau, très lentement, jusqu’aux yeux, qu’il laisse à la surface de l’eau.

Puis il s’avance enfin sans me lâcher du regard. Je ne vois que ses deux pupilles vertes, ses sourcils foncés et ses cheveux assombris par l’eau. Il me maintient captive dans son regard, si bien que je ne sais pas ce que fait le reste de son corps sous l’eau. Il pourrait tout aussi bien se transformer en monstre marin que je ne verrai rien. Je suis pétrifiée par son regard qui avance très lentement vers moi. Un peu comme un alligator qui se rapproche de sa future victime…

Il est le chasseur et je suis la proie.

Je frissonne de plus en plus fort mais ne recule pas et le laisse combler la distance entre nous, centimètres après centimètres, sans fuir ou même chercher à m’échapper. Je prends beaucoup trop de plaisir à me laisser chasser par lui. Je halète presque, il provoque un pic d’adrénaline dans mon corps, lié à l’excitation de se faire peut-être surprendre par les voisins ou même ses parents, et la peur. La peur de ce qu’il pourrait faire s’il décidait de m’abandonner, si finalement il ne voulait pas ce que je désire… J’appréhende mais en même temps je trépigne, je veux qu’il m’attrape. Je veux qu’il me capture, qu’il m’entraîne avec lui et ne me lâche plus jamais.

Avance, Tobias… Allez, encore un petit peu et je serai enfin à toi…

Quand il est enfin devant moi, j’expire de soulagement. Il se redresse lentement pour me surplomber et je suis obligée de lever les yeux pour suivre les siens. Je reste capturée par son regard avant de descendre lentement pour l’admirer jusqu’à la limite de l’eau, ses tatouages, les gouttes d’eau qui ruissellent sur son corps, les veines apparentes sur ses avant-bras… Tant de détails qui me rendent fébrile et fiévreuse malgré la température extérieure. J’admire plus particulièrement ses mains encore cachées sous la surface. Des mains qui sont capables de faire naître une musique envoûtante, aussi bien sur sa guitare que dans ma bouche. Puis je remonte enfin les yeux pour le regarder de nouveau, droit dans les siens.

Le temps se suspend entre nous, dans une tension insoutenable. J’attends qu’il parle, ou fasse quoique ce soit. Mais rien. Il se contente de m’étudier. De me sonder. J’ai presque l’impression qu’il cherche à lire mes pensées, à savoir ce que je cache pour me capturer plus facilement. Pour utiliser mon faible pour lui contre moi et me piéger dans ses filets.

Je ne cache rien Tobias, je te donne tout si tu le veux…

Ma supplique silencieuse semble fonctionner parce qu’il s’avance enfin, jusqu’à se coller contre moi. Je peux sentir la chaleur qui émane de son corps traverser mes vêtements mouillés, engourdir mon corps et calmer les tremblements qui ne m’avaient pas quitté. Comme si un poison se répandait dans mes veines pour me paralyser et lui permettre de me dévorer…

Et il murmure enfin.

Deux mots. Deux mots qui répondent enfin à ma question.

Deux simples mots mais qui suffisent à m’embraser comme une torche vivante.

– Toi, Mia.

Je n’ai pas le loisir de réagir, de répondre ou même d’analyser ce qu’il vient de dire qu’il fond brutalement sur ma bouche et m’entraîne avec lui sous l’eau.

Je n’ai pas eu le temps de bien prendre ma respiration et je me sens presque asphyxiée dans son emprise. Il nous fait tourner sous l’eau, sans me lâcher, sans me laisser le temps de réfléchir. Il m’étourdit, cherche à me faire perdre mes repères. Je ne sais pas si je suis à l’endroit, où se trouve la surface, si j’ai encore assez d’oxygène dans mes poumons pour tenir sans respirer. Je suis déboussolée.

Presque noyée…

Il est partout sur moi, sa langue dans ma bouche, sa main dans mes cheveux, l’autre qui enserre ma taille dans un étau, ses jambes qui se mêlent aux miennes dans un ballet aquatique et dangereux. Et alors que je commence vraiment à suffoquer, il nous ramène à la surface. J’ai à peine le temps de reprendre ma respiration, qu’il me plaque contre la paroi de la piscine et reprend ma bouche d’assaut en bloquant mes mains dans mon dos pour m’empêcher de fuir, ou de le toucher.

Je ne tiens en place que grâce à son bassin qui cloue le mien, et à ses lèvres qui me dévorent. À son corps qui se presse par à-coups contre le mien et augmente la température et brûle mes terminaisons nerveuses et le peu de rationalité qu’il me restait avant qu’il ne vole tout.

C’est effrayant et en même temps jouissif. Je n’ai plus le loisir de penser ou même de réfléchir. J’ai juste envie de le laisser mener les opérations et nous emporter loin, très loin…

Jusqu’à ce que le bruit d’une voiture qui se gare dans l’allée toute proche et la lumière de phares sur la haie derrière lui, de l’autre côté de la piscine, nous forcent à nous séparer, les yeux hagards.

Ses parents sont rentrés.

Merde.

J’ai du mal à reprendre ma respiration. Je devrais me cacher, partir en courant et fuir mais je suis encore paralysée dans ses bras. Et il ne me lâche pas. Il m’observe intensément.

Bouge Mia, putain, fais quelque chose…

Il me libère enfin quand la voix de Judy retentit depuis l’intérieur.

– Tu te baignes à cette heure-là mon Tobie ?

Je me tasse sur moi-même pour ne pas être visible depuis leur cuisine et Tobias m’observe avant de reculer et de sortir de l’eau en se hissant hors de la piscine dans un mouvement souple.

– J’avais envie de me rafraîchir les idées, maman, mais c’est bon, j’ai fini.

Je me pétrifie en entendant le bruit des talons de Judy claquer sur le carrelage de leur terrasse et je prends silencieusement ma respiration et m’immerge totalement, les yeux encore ouverts, pour ne pas me faire surprendre par ses parents.

Mais heureusement pour moi, la lumière s’éteint et la piscine devient sombre. Tobias a dû l’éteindre pour me cacher. Je reste encore un bon moment sous l’eau, jusqu’à ce que mes poumons se mettent à brûler sous le manque d’oxygène, et sors la tête de l’eau en tentant de faire le moins de bruit possible quand j’avale une grande bouffée d’air. Le jardin est redevenu silencieux et aucune lumière ne provient de la cuisine. J’ose me retourner pour regarder en laissant dépasser mes yeux par-dessus la margelle, avant de voir qu’une faible lumière vient de l’autre côté de la maison, depuis le salon.

C’est ma chance !

Je rejoins les marches et sors en grimaçant quand mes vêtements mouillés font plus de bruit que prévu. Mon ventre se tord quand la lumière de la cuisine se rallume et je file en vitesse sans chercher à ne plus faire de bruit pour me cacher derrière l’angle de leur maison, contre le mur.

– Qu’est-ce que…

– Qu’est-ce qui se passe Judy ? demande Jonas en sortant sur la terrasse pour rejoindre sa femme qui vient d’ouvrir la baie vitrée.

Je l’entends s’avancer vers le fond du jardin et je me mords la lèvre inférieure en priant pour qu’elle ne se rapproche pas de ma cachette. Et qu’elle ne remarque pas les traces de pas mouillés que j’ai laissées sur le carrelage. Heureusement pour moi, j’ai quitté bien assez vite le revêtement en carreaux pour passer sur de l’herbe.

– J’ai cru entendre du bruit.

– Je n’ai rien entendu moi.

Je soupire silencieusement en entendant l’intervention de Tobias…

– J’ai pourtant cru… reprend Judy.

– Tu as dû confondre avec le bruit de la pompe et du filtre, explique nonchalamment son fils.

Un silence, puis des pas qui reviennent vers la maison.

– Tu as sûrement raison mon grand.

Le reste de leur conversation s’atténue quand ils rentrent de nouveau à l’intérieur et je ne m’éternise pas. Je finis le trajet à quatre pattes avant de rejoindre la barrière plus petite au niveau de leur entrée, et passe par-dessus avent de rentrer en vitesse chez moi en passant par la porte arrière. J’atterris dans la buanderie où j’enlève mes vêtements mouillés avant de les enfourner dans le sèche-linge, puis démarre un programme. Je finis par monter en vitesse les marches toute nue quand le bruit de la voiture de mes parents qui se gare augmente mon angoisse d’être prise la main dans le sac. Je saute dans mon lit sans réfléchir et me cache en remontant la couette sous mon nez. Quelques minutes plus tard, ma mère entrouvre la porte et chuchote à mon père.

– Elle est déjà rentrée et dort.

– Laisse-la dormir alors, lui répond-il tout aussi bas.

J’entends ensuite le clic de ma porte qui se referme et je soupire de soulagement. J’attends encore quelques minutes quand la maison devient silencieuse pour sortir de mon lit et changer les draps et l’oreiller trempés. J’enfile une nuisette et attache mes cheveux avant de m’atteler à la tâche. Je préfère les laisser sécher en étendant le tout sur mon bureau et ma chaise au lieu de les mettre aussi dans le sèche-linge pour ne pas éveiller les soupçons de mes parents. Mais quand je finis de tout positionner, un picotement sur le côté de ma nuque me fait relever les yeux.

Il est là, de l’autre côté, à m’observer.

Je me fige.

Rien ne se passe.

Puis il sourit lentement, comme un brigand et s’éloigne dans l’obscurité de sa chambre, me laissant euphorique et intriguée.

Si l’on se fie aux statistiques, à cause de mon âge supérieur, je suis le prédateur sexuel de notre couple.

Pourtant je suis quasiment certaine d’être la victime avec lui…

 

19 Je conseille d’écouter Animals de Maroon 5 sur cette scène

20

OceanofPDF.com