Too Young
Chapitre 6
De nos jours
Oh.
Nom.
De.
Dieu…
Je suis de retour sur le quai de gare ou je viens littéralement d’avoir un mini arrêt cardiaque. Je suis pétrifiée.
– Est-ce que c’est Tobias ? me presse Calista en crispant sa main sur mon épaule. Dis-moi que c’est Tobias !
Sa voix est suppliante, et pour cause… même moi, j’en perds la voix.
Parce que l’homme en face sur le quai, qui regarde autour de lui en cherchant visiblement quelqu’un, donnerait à n’importe quelle fille l’envie d’aller à la messe… Grand – il me dépasse quasiment d’une bonne tête, voire deux –, les cheveux légèrement trop longs et tombant de manière sexy en désordre sur son front, une légère barbe qui ombre sa mâchoire carrée, les fesses moulées dans un jean ajusté, avec des rangers noires aux pieds et un T-shirt kaki à col tunisien qui dessine les muscles de son torse et de ses bras de façon… impudique.
Ses yeux sont cachés derrière une paire de lunettes Aviator et quelques colliers à grigris dansent autour de son cou.
Mais ce qui attire mes yeux, ce sont les bracelets de cuir épais autour de ses poignets, et surtout les tatouages sur ses avant-bras, qui disparaissent sous les manches retroussées.
Il jette un œil à son portable avant de regarder autour de lui. Dans un réflexe stupide, je me cache derrière Calista, les joues en feu. Mais j’ai eu le temps de voir la croix tatouée sur le côté droit de son cou.
– Euh… Tu fais quoi, Anderson ? demande Calista, visiblement confuse par ma partie de cache-cache.
– Je ne sais pas ! je chuchote, paniquée. Si ça se trouve, ce n’est pas lui et je vais de nouveau me taper la honte !
– Bah on va le savoir tout de suite, parce que je crois qu’il est en train de t’appeler.
Quoi ? Je sors précipitamment mon téléphone de mon sac pour le mettre en silencieux, mais le début de « Dancing Queen » d’Abba retentit avec violence sur le quai vide et silencieux avant que je n’aie le temps de le faire.
– Putain putain putaiiiiin ! je trépigne en appuyant désespérément sur l’écran pour faire cesser la musique, sans succès.
– Mia ?
Oh misère.
Je relève la tête, le cœur battant, pour regarder Calista, mais cette dernière me sourit mielleusement avant de s’écarter d’un mouvement brusque pour me mettre en pleine ligne de mire !
– Traîtresse ! je grince entre mes dents serrées en la suivant du regard.
– Tu me remercieras plus tard ! chuchote-t-elle avec un clin d’œil.
Je ferme les yeux deux secondes et me décide enfin à lui faire face alors qu’il se rapproche de moi. Et j’en ouvre la bouche de stupéfaction.
Oh mon Dieu… Il n’a plus rien à voir avec le gamin de mes souvenirs. Plus il se rapproche, et plus je remarque que ses pectoraux se contractent alors qu’il ajuste la bandoulière d’un de ses sacs de voyage sur l’épaule, ou bien que ses biceps dansent sous le tissu du T-shirt quand il bascule d’une main à l’autre ce qui ressemble à un étui à guitare folk.
Mamma Mia…
– Oh la vache, là, il ressemble plus à papa Miller… me chuchote Calista, la bave aux lèvres.
Oui ! Oh oui ! Ce n’est plus Creepy Tobie, mais Sexy Tobie maintenant… Mais qu’est-ce qui me prend de penser ça ? Il est plus jeune que moi ! Et je l’ai vu tout nu, je lui ai donné son bain, je l’ai mis au lit et je… Oh mon Dieu, il se rapproche super vite, fais quelque chose Mia, maintenant !
Mais je reste aussi immobile qu’une statue quand il arrive enfin face à moi, et je dois lever les yeux pour le regarder. Il enlève ses lunettes et je le reconnais immédiatement. Les yeux en amande, d’un vert intense et presque hypnotisant. Ces yeux-là n’ont pas changé…
Il me sourit en coin en déposant ses sacs et sa guitare par terre avant de venir me soulever dans ses bras pour me serrer contre son torse massif. Je décolle littéralement du sol, les mains crispées sur les muscles durs de ses épaules.
– Ça fait du bien de te revoir… chuchote-t-il dans mon cou.
Il a définitivement mué. Ce n’est pas la voix de Samuel L. Jackson comme l’avait prédit Derreck, mais elle est grave, chaude et profonde… Envoûtante, même… Et pour une raison absolument inconnue, et qui tombe pile au mauvais moment, la simple sensation de son souffle sur ma peau me provoque un frisson général et le duvet de ma peau se hérisse.
Que… Quoi ? Pas plus tard qu’il y a trois jours, je disais que justement je n’éprouvais plus rien en présence d’un homme !
Oh génial, il ne manquait plus que ça.
Réagir physiquement à l’étreinte du gamin de mon voisin.
Qui n’a plus rien d’un gamin…
Je baragouine un vague « moi aussi… » avant de tendre la main pour lui tapoter gentiment le biceps dans le but de lui signifier qu’il peut me reposer à terre. Mauvais idée, Mia ! Ne touche pas les muscles de ses bras, ne touche pas les muscles de ses b…
Trop tard.
Oh misère. Je retire mes mains comme si je venais de me brûler et m’éloigne rapidement quand mes pieds touchent enfin le sol.
– Je… euh… Waouh ! Tu as changé, dis donc !
Je viens vraiment de dire ça ?
– C’est fou comme tu ressembles à ton père, intervient Calista, ce qui me sauve d’un silence gênant. Tu as quel âge au fait, maintenant ?
Je sursaute et la regarde en écarquillant les yeux. Elle ne vient quand même pas de tenter une approche avec lui, non ? Il se contente de lui sourire gentiment mais se tourne vers moi pour répondre.
– Vingt-deux ans.
Pendant un instant fugace, j’ai l’impression que son regard me fait passer un message sous-jacent… mais il remet rapidement ses lunettes de soleil et soulève son étui à guitare.
– On y va ?
Je tressaille au son de sa voix mais reprends rapidement mes esprits. Je m’avance vers l’un de ses sacs laissés à terre et le soulève dans le but de… de me ridiculiser. Parce qu’il est tellement lourd que j’arrive à peine à le soulever. Je le repose bien vite.
– Voilà voilà…
J’ai beau avoir fait beaucoup de sport, apparemment j’ai la force d’une gamine de 5 ans quand il s’agit de soulever un étui…
– Il contient ma pédale et du matos de sono, c’est pour ça.
Tobias sourit largement et vient le soulever d’une seule main, comme s’il pesait le poids d’un sac de plumes, ce qui me rappelle de nouveau, et avec force, qu’il n’a plus rien du petit garçon que je pouvais traîner au lit en le tirant par les pieds…
Non, maintenant vu sa masse musculaire, c’est plutôt lui qui pourrait me traîner au lit… Oups ! Non, mauvais chemin Mia, mauvais chemin !
– Bon, on rentre ?
Il me fait signe de le précéder.
– Je te suis…
Je passe devant lui, en jetant un regard éloquent à Calista, qui a gardé la bouche ouverte pendant toute la conversation.
– Ferme la bouche, Cal…
Elle remonte son menton dans un claquement sonore et nous emboîte le pas jusqu’au pick-up.
Tobias dépose ses affaires à l’arrière d’un geste ample, mais garde son étui à guitare avec lui avant de grimper sur la banquette arrière pendant que je m’installe au volant.
– Alors, Tobias… commence Calista en se tournant vers lui. Tu es devenu musicien donc ?
Sa voix séductrice me fait sourire et je la remercie mentalement de lui faire la conversation à ma place. Je me sens mal à l’aise, comme si je ne savais plus où se trouvait ma place : de « grande » je suis passée à « plus petite », et le rapport de forces s’est totalement inversé. J’ai l’impression d’être devenue une gamine devant ces quasi deux mètres de virilité. Sérieusement, comment est-ce qu’on peut devenir aussi beau et impressionnant à même pas 20 ans ? Quand je repense à mes petits amis de l’époque, ils m’apparaissent comme des minets encore loin de la virilité du jeune homme assis sur la banquette arrière.
Même ses colliers mystiques lui donnent un petit style rock’n’roll entre Lenny Kravitz et Johnny Depp…
Sans parler des manchettes en cuir épais qui attirent mon regard comme un aimant. Elles mettent ses avant-bras en valeur. Et les tatouages dessus… Je me gifle mentalement et reporte mon attention sur la route pendant qu’il répond calmement aux nombreuses questions de mon amie. J’apprends donc qu’il vient de finir ses études de musicologie, qu’il joue du piano, de la guitare, de la basse, du banjo et de l’harmonica, voire un peu de batterie pour « dépanner si besoin ».
Normal, un homme-orchestre en fait.
– Tu veux bien nous jouer quelque chose ? trépigne Calista en frappant dans ses mains.
– Cal, il vient à peine d’arriver… Laisse-le respirer un peu.
– Ça va, je lui demande une chanson, pas un strip-tease !
À ces mots, je manque m’étouffer. Elle en rajoute une couche en se retournant vers lui pour ajouter avec un clin d’œil :
– Pas encore…
– Cal !
– Mi !
Je vois Tobias hausser un sourcil surpris dans le rétroviseur, puis il enlève ses lunettes de soleil.
– Non, ça ne me dérange pas en fait…
Il ouvre l’étui posé à côté de lui et en sort une guitare en bois couleur miel avec un effet fumé noir. Je n’arrive pas à bien distinguer dans le rétroviseur mais j’ai l’impression qu’il y a des dessins sur la caisse de résonance.
– Un colibri ? demande ma copine en devançant ma question.
– Gibson Hummingbird3. Cadeau de mes 20 ans.
– D’où le tatouage sur ta main droite…
Hein ? Je n’avais même pas vu qu’il avait un tatouage sur la main. Il accorde sa guitare d’une main experte avant de répondre à Calista.
– Cadeau de moi à moi pour mes 18 ans.
Qui ont eu lieu il y a quatre ans seulement… quand j’en avais déjà 26, un diplôme et un métier en poche.
Même si maintenant, à 30 ans, je n’ai plus rien du tout...
Quand il estime que sa guitare sonne correctement, il joue quelques accords avant de prendre la parole.
– Normalement, elle se commence au banjo, mais comme je n’ai encore que deux mains…
Il commence à pincer les cordes très rapidement, les unes après les autres, et j’en écarquille les yeux. Oh sacrée sainte mère de Dieu ! Je ne m’y connais pas trop, mais de ce que j’entends, il maîtrise son instrument d’une main experte. Le rythme ralentit légèrement et sa voix, légèrement rocailleuse comme s’il avait trop crié la veille, prend le relais. J’en ai le souffle coupé. Ce timbre lui va à merveille…
J’écoute attentivement les paroles malgré moi et la chair de poule sur mes bras s’intensifie quand je comprends le sens de la chanson.
« Well I came home
Like a stone
And I fell heavy into your arms
(Eh bien je suis rentré à la maison,
Comme une pierre
Et je suis tombé lourdement dans tes bras)
These days of dust
Which we’ve known
Will blow away with this new sun
(Ces jours de poussière
Que nous avons connus
Seront chassés par ce nouveau soleil)
But I’ll kneel down
Wait for now
And I’ll kneel down
Know my ground
(Mais je me mettrai à genoux,
Attends pour l’instant
Et je me mettrai à genoux,
Je connais mon sol)
And I will wait, I will wait for you
And I will wait, I will wait for you
(Et j’attendrai, je t’attendrai
Et j’attendrai, j’attendrai pour toi) »
Les couplets s’enchaînent, entrecoupés de passages silencieux aux accords épars. Puis le rythme s'accélère de nouveau et Tobias hausse la voix pour chanter le dernier refrain, sa tête oscillant rapidement d’avant en arrière. J’ai un mal de chien à me concentrer sur la route, et à ne pas le fixer dans le reflet du rétroviseur. Il a retiré ses lunettes de soleil avant de jouer et ses yeux sont fermés, ses sourcils froncés alors qu’il joue avec ses tripes. Même Calista en perd la parole. Quand la chanson se finit, elle applaudit avec entrain, et je suis légèrement déçue de ne pas pouvoir l’accompagner, puisque mes mains sont crispées sur le volant. Je me contente de le regarder dans le reflet du rétroviseur et mon cœur manque un battement quand son regard croise le mien. Un regard intense, bref et insaisissable, avant qu’il ne sourie de nouveau à Calista, comme si rien ne s’était passé.
– Tu l’as écrite ? lui demande-t-elle.
– J’aurais aimé, mais c’est de Mumford and Sons, répond-il en rangeant la guitare dans son étui.
Je me sens stupide d’un coup et je cligne plusieurs fois des yeux, ahurie par mon propre délire mental. La sonnerie du niveau de réserve me donne une excuse pour m’éloigner de l’atmosphère confinée et étouffante du pick-up.
– Je dois aller mettre de l’essence.
Calista opine du chef, sans réellement me regarder et continue de bombarder Tobias de questions. Quand je me gare sur le parking de la station essence, je suis tellement pressée de sortir de l’habitacle que j’en oublie de détacher ma ceinture. Le passant sur ma poitrine se tend brusquement quand je me redresse et je suis basculée en arrière avant de heurter durement le dossier et l’appuie-tête.
– Ouch !
– Doux Jésus, Mi ! s’exclame Calista en me voyant quelque peu sonnée. Je sais que les ceintures peuvent sauver les vies, mais pense à l’enlever quand tu sors !
Je grogne, les yeux fermés, en frottant mon buste endolori et tâtonne de la main pour déboucler ma ceinture mais je me fige en sentant une main masculine frôler la mienne.
– Attends, Mia, laisse-moi faire…
Il s’est rapproché du siège derrière moi et son visage est juste à côté du mien. Proche.
Trop proche…
J’ouvre abruptement les yeux quand son autre main se pose sur mon crâne comme pour vérifier que je n’ai pas de blessure.
– Tu devrais t’en sortir avec une belle bosse, murmure-t-il en souriant.
Je déglutis bruyamment et fuis sans même le remercier dès que la ceinture de sécurité me le permet. Cal me suit en sautant gracieusement du véhicule.
– Je vais acheter des chewing-gums, vous avez besoin de quelque chose ? Mia ? Tobias…
Elle prononce son prénom avec un sourire engageant et une voix de téléphone rose, si bien que je lève les yeux au ciel. Il ne répond pas mais sort aussi du pick-up et se retrouve coincé entre elle et la portière quand elle se rapproche pour le surprendre. Il hausse les sourcils, déconcerté, et se recule légèrement, ce qui me fait sourire alors que je positionne le pistolet à essence dans l’entrée du réservoir.
– Tu veux venir avec moi ?
Il éclate de rire avant de remettre ses lunettes de soleil et de s’écarter d’elle.
– Mes excuses madame, mais je dois aller là où la solitude m’appelle…
Il se dirige d’un pas rapide vers l’emplacement des toilettes et j’entends Calista suffoquer dans mon dos alors que je mate discrètement le côté pile.
– « Madame »… il m’a appelé « madame » !
Je sursaute quand mon front heurte le montant de la voiture dans un bruit sonore alors que je me penche pour le suivre des yeux.
– Aïe !
Calista pouffe de rire alors que je me frotte le front et je la fusille du regard.
– Arrête de te moquer, « madame »…
– Je suis une femme de 30 ans dans la force de l’âge et qui fait encore tourner les têtes ! Pas une « madame » ! s’exclame-t-elle, outrée.
Je ricane pour me moquer mais elle n’en démord pas.
– C’est officiel, ce gamin vient de descendre dans mon estime, il a beau être gaulé comme un Dieu grec, chanter comme une rockstar, et avoir le plus beau cul que je n’ai jamais vu, personne ne m’appelle « madame » !
– Tu ne crois pas que tu en rajoutes un peu trop ?
– Non sérieusement, il a vraiment le plus beau cul que je n’ai jamais vu.
J’éclate de rire.
– Je ne parlais pas de ça !
– Menteuse, je t’ai vue le mater aussi.
Ce qui est bien avec elle, c’est qu’elle ne s’embarrasse pas de faux semblants et dit les choses franchement.
– Je ne matais pas !
– Oh si ! Tu bavais même !
Elle soupire fortement puis se retourne vers moi.
– De toute façon, je vois bien qu’il n’est pas intéressé par moi. Il t’a reluquée comme pas possible depuis qu’il est arrivé. Je te le laisse.
Le pistolet à essence m’en échappe des mains sous le coup de la surprise.
– N’IMPORTE QUOI !
– Mia, Mia, Mia… Tu me dépites. Tu es tellement naïve… Je t’ai connue plus sûre de toi.
– C’était sûrement avant que mon fiancé ne m’apprenne qu’il était finalement gay, que je perde mon job et mon appartement avant de rentrer dormir dans ma chambre d’adolescente…
– Arrête de te plaindre, ça pourrait être pire.
Je la dévisage, éberluée.
– Tu pourrais être moche ! explique-t-elle en me désignant.
J’éclate de nouveau de rire, malgré moi. Cal et son sens des priorités. Je secoue le pistolet pour faire tomber les dernières gouttes quand le manche m’indique que le plein est fini et elle regarde attentivement mon geste.
– Quand on y pense, ça ressemble vachement à une pipe avec éjaculation au fond de la gorge…
Je m’étouffe en reposant le pistolet.
– Ne me dis pas que tu viens de comparer le fait de mettre de l’essence avec une fellation ?
– Si, tout à fait. Et si tu veux mon avis : les voitures sont toutes des belles salopes… ajoute-t-elle en chuchotant.
Je suis encore pliée de rire quand la voix de Tobias retentit dans mon dos et me fait sursauter.
– De quoi vous parlez ?
Calista se tourne vers lui et sourit jusqu’aux oreilles. Pitié non…
– De rapports bucco-génitaux.
Elle l’a fait…
Il cille à peine et le coin de ses lèvres se retrousse en un sourire amusé.
– Bien… J’arrive au bon moment, apparemment.
Je ne sais plus où me mettre et m’empresse de trouver quelque chose à faire avant de me mettre à le regarder comme une folle. J’avise le seau d’eau savonneuse laissé à disposition des clients et prétexte une envie subite de nettoyer le pare-brise pour m’éloigner de lui. Je saisis le seau et le balai en éponge, mais à peine arrivée à côté du capot, je réalise que je suis beaucoup trop petite pour le faire correctement.
– Donne-moi, je vais le f…
Surprise, je me retourne trop vite, si bien que je renverse l’intégralité du seau sur son T-shirt.
Oh non…
Si le tissu mettait déjà bien en valeur son torse, c’est encore pire mouillé. Ses muscles saillants apparaissent avec une netteté qui me fait rougir jusqu’à la racine des cheveux. Il s’écarte sous le choc de l’eau froide et je reste clouée sur place.
– Oh nooooon… Quelle CATASTROPHE ! Laisse-moi t’aider…
Calista saute sur l’occasion. Après avoir arraché un bon paquet de serviettes essuie-main au distributeur de la pompe à essence, elle se précipite sur lui pour l’éponger avec des gestes langoureux, tout en me gratifiant d’un clin d’œil et d’un grand sourire malicieux.
Mais… mais quel génie !
– Ça va aller, répond-il en riant légèrement et en secouant le tissu humide pour le décoller de ses abdominaux. Ce n’est pas que je n’apprécie pas le coup de frais « inopiné », mais je vais changer de T-shirt pour en prendre un sec.
Et sur ces belles paroles, il saisit l’arrière du T-shirt en question d’une main, comme le font tous les hommes, pour le faire passer par-dessus sa… tête… et… et…
Je détourne le regard, le feu aux joues. Sinon je serais restée scotchée, à l’admirer. Il passe à l’arrière du pick-up pour farfouiller dans son sac pendant que Calista se rapproche de moi, une main sur le cœur. Je profite qu’il ait le visage tourné pour l’observer de nouveau.
– Je retire ce que j’ai dit, tu peux te brosser pour que je t’abandonne un morceau pareil !
Je ne réponds pas, trop occupée à admirer la croix tatouée au milieu de son dos. Rien d’ostentatoire, surtout comparé au reste de son torse. J’ai cru voir que ses pectoraux étaient recouverts d’inscriptions en lettres gothiques, son bras gauche est tatoué de l’épaule jusqu’au poignet, une croix simple décore le côté de son cou, et quelques paragraphes semblent disséminés sur son ventre et ses côtes. Mais le dos est entièrement nu, à l’exception de cette croix, centrée sur sa colonne vertébrale.
Il n’est pas gonflé à outrance, mais sa musculature est sèche et bien dessinée.
– Et regarde ces grains de beauté disséminés un peu partout… ça ne te donne pas envie de les lécher un par un ? continue-t-elle alors que je suis encore en train de l’observer avidement.
Sa question me fait sortir de ma transe et je fronce les sourcils en tournant le visage vers elle.
– Quoi ?
– Je te jure Mia, dis-moi que tu vas te le faire, que tu me raconteras tout, et j’accepterai peut-être de passer outre…
Je lui donne une claque sur le bras.
– Arrête tes bêtises ! Il a huit ans de moins que moi !
– Et tellement d’endurance ! rétorque-t-elle. Imagine, un jeune plein d’énergie, qui te baise « all night looooong » !
Elle en rajoute une couche en mimant une levrette sur la chanson de Lionel Richie, si bien que je rougis en pouffant.
– Le plein est fini ?
Nous sursautons quand Tobias revient vers nous en passant une main dans ses cheveux humides, vêtu d’un T-shirt blanc tout simple. Mais aussi bien ajusté sur lui… Je me racle la gorge pour retrouver la parole et le regarde dans les yeux pour éviter de le regarder dans les abdominaux. Même s’ils me font de l’œil.
– Oui ! Oui, on peut y aller…
Il me sourit lentement, le regard espiègle, et je me sens de nouveau rougir comme une enfant prise en faute. Je me détourne rapidement pour remonter derrière le volant, démarrer et le ramener en vitesse chez lui afin de couper court à ce trajet embarrassant.
Plus qu’embarrassant…
3 Signifie « Colibri » en anglais.
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