Too Young
Épilogue
6 ans plus tard
– Noah ! Sors de là tout de suite !
– Je veux papa !
– Tu sors ! c’est l’heure d’aller au lit, papa viendra te faire un câlin dans ton lit quand il rentrera.
– NON ! Je veux papa MAINTENANT !
Je pousse un hurlement étouffé contre mon pull avant de me relever tant bien que mal. Mon dos me fait affreusement souffrir et je m’appuie sur le canapé en me relevant comme une vieille dame. Je souffle en me massant les reins et jette un coup d’œil à l’horloge. Nom de Dieu, qu’est-ce qu’il fait ?
– JE VEUX PAPA !
– Ça va ! j’ai compris !
Je ferme les yeux en soupirant et en me massant les tempes. Cet enfant va me tuer. Un coup contre ma vessie me fait gémir de douleur. Misère, celle-là aussi ne va pas me laisser respirer. Je passe une main douce sur mon ventre proéminent pour calmer les coups de pied de ma fille.
– Schhhhh… je souffle malgré moi en tentant de l’apaiser.
Le bruit dans la serrure en bas de l’escalier me fait sursauter et je pivote pour me précipiter en haut des marches qui mènent à la porte d’entrée de notre appartement dans une rue calme de Brooklyn.
– TOBIE !
Tobias sursaute à mon cri et lève un regard hagard vers moi.
– J’ai fait une bêtise ?
Je pince les lèvres en retenant un sourire. Depuis la naissance de Noah et l’habitude que j’ai prise de l’appeler en hurlant quand j’avais besoin d’aide, c’est devenu sa réplique préférée. Il sourit largement en voyant que je ne lui résiste pas.
– Ton fils s’est retranché sous le canapé et refuse d’aller au lit si tu ne l’y emmènes pas !
Il éclate de rire et pose sa guitare ainsi que son sac contre le mur avant de gravir les marches quatre à quatre sans même enlever son manteau en laine. Il s’arrête un court instant pour m’embrasser en posant les mains sur mon ventre, puis avance pour s’allonger à côté du canapé.
– Hey mon grand, alors comme ça on fait tourner maman en bourrique ?
– PAPA !
Je lève les yeux au ciel en voyant Noah sortir enfin de sa cachette et se précipiter sur son père. Entre Miller fils et Miller père, je ne sais pas lequel des deux me fera le plus perdre mon sang-froid. Mais je ne retiens pas un léger sourire en le voyant s’allonger sur son père avant d’enfouir son nez dans son cou. Je ne peux pas le blâmer, moi aussi j’adore faire ça. Je caresse mon ventre d’une main absente en me rappelant le jour où je lui ai appris que j’étais enceinte. Le soir de Noël, quand nous étions enfin seuls dans mon lit de jeune fille. J’étais enceinte de presque un mois, et je ne l’avais dit à personne. J’attendais qu’il revienne pour lui annoncer. Le soir après son concert, ce soir où je lui avais enfin dit que je l’aimais, Noah a été conçu lors de cette nuit. C’était la deuxième fois que l’on ne pensait pas à se protéger, mais contrairement à la première fois, je ne prenais plus ma pilule. Les évènements suite à la mort de Calista et tous les médicaments que je prenais à cette époque m’avaient ôté mes règles alors je n’avais plus éprouvé le besoin de prendre une contraception. J’étais seule de toute façon. Et les évènements qui avaient suivi la découverte du meurtrier m’avaient complètement sorti de la tête le fait de devoir se protéger. Il a suffi d’une nuit pour que Noah s’invite dans mon corps.
L’annonce de ma grossesse n’a pas été facile, j’ai bien cru que Tobias allait faire une crise cardiaque. Il avait à peine vingt-deux ans à l’époque. Il s’était levé du lit pour s’asseoir au bord, dos à moi. J’avais senti la panique me gagner en le voyant, les épaules voûtées, les coudes appuyés sur ses genoux et sa tête posée sur ses mains jointes. Puis après cinq minutes de réflexion il s’était recouché, stoïque, avant de me reprendre dans ses bras sans prononcer un mot. Il lui avait fallu dix minutes à contempler le plafond de ma chambre avant de se décider à parler.
– Donc maintenant ce n’est plus seulement toi et moi. C’est toi, moi et le bébé.
– Tu es sûr ? j’avais demandé, légèrement anxieuse. Je peux avorter, on a tout le temps de fonder une famille…
– Non.
Il avait pris mon menton dans sa main pour me forcer à le regarder avant de parler de nouveau :
– J’ai décidé de tout vivre avec toi Mia, le bien comme le mal, le prévu comme l’inattendu. Et j’avais prévu de fonder une famille avec toi. Peu importe que ça arrive plus tôt. On va garder cet enfant. OK ?
Les larmes avaient jailli de mes yeux, provoquées par le soulagement puissant qui m’avait envahi.
– OK… j’avais acquiescé.
– Bien. Viens ici maintenant que je dise bonjour au têtard qui s’est incrusté.
Il avait passé les trente minutes suivantes, la tête posée sur mon ventre à chuchoter un tas de promesses à notre enfant à venir.
Je reviens au présent en voyant Tobias se lever avec difficulté, Noah accroché à lui comme un petit singe.
– Un coup de main maman ?
Je secoue la tête en riant.
– Tu rêves ! je gère déjà celle-là au quotidien et elle a l’air pire que l’originale ! je m’exclame en désignant mon ventre.
– Quelle idée de l’appeler comme ça aussi…
Je lui tire la langue, mutine. Si à l’annonce d’un garçon, nous avions été très rapidement d’accord sur le prénom, j’ai dû batailler pour cette grossesse. Apparemment Tobias a peur qu’en prénommant notre fille Calista, elle devienne aussi fantasque que la première version. Mais j’ai eu gain de cause. Elle est gravée sur ma peau, tout comme le prénom de Noah est gravé sur nos deux corps. J’ai encore de la marge avant de le rejoindre mais j’ai finalement découvert une addiction aux tatouages. J’en ai six maintenant, la serrure sur mon aine, le prénom de mon fils en lettre manuscrite sur le poignet gauche, une hirondelle avec l’inscription « Mi-Cal » sur la nuque, un marteau et un clou en hommage à mes parents sur la cheville droite, une représentation stylisée du Man du festival Burning Man entre les deux omoplates, et une guitare sous le sein gauche, sur mon cœur, pour Tobias. J’ai également prévu de rajouter le prénom de ma fille sur mon autre poignet.
Et il faut croire que mon compagnon aime ça, parce que je ne le préviens jamais quand j’en fais un nouveau. Au contraire, j’adore le voir devenir dingue quand il le découvre sur mon corps. À chaque fois, il me fait l’amour comme un malade. Même si depuis l’arrivée de Noah, le développement de mon cabinet, le boulot de Tobias au studio, et ma deuxième grossesse, nos moments d’intimité deviennent de plus en plus rares. C’est peut-être pour ça que je rajoute régulièrement un tatouage. Pour relancer la vapeur quand nous avons une baisse de régime.
Tobias n’est pas en reste, il a fait tatouer le prénom de son fils sur le côté droit de son cou ainsi que le tatouage de la fréquence sonore de la voix de Noah en train de dire « Je t’aime papa » sur le dessus de son avant-bras. Il a également rajouté le tatouage du Burning Man sur son mollet droit, identique au mien. Puis le dernier en date, une cheerleader brune en version un peu pin-up, sur son épaule droite. L’allusion était claire, c’est d’ailleurs ce qui m’a décidée à faire tatouer la guitare sur mon cœur. S’il m’avait gravée sur sa peau, alors je voulais aussi le faire.
Même s’il est gravé en moi à jamais, en témoigne la cicatrice de ma césarienne. J’ai d’ailleurs prévu de la recouvrir d’une branche de lierre avec des roses après la naissance de Calista.
– Je veux pas faire dodo papa, j’ai pas sommeil… gémit Noah, les yeux à demi-fermés.
Juste avant de bâiller.
Nous pouffons tous les deux en le voyant lutter contre le sommeil. Je me rapproche d’eux et passe une main tendre dans les cheveux châtains de mon fils. C’est la copie conforme de son père, autant sur le plan physique qu’au niveau du caractère. Mêmes yeux verts, même regard perçant, même propension à me rendre folle. Il me fait tourner en bourrique mais il me fait fondre. Je n’arrive pas à lui résister. Mes caresses l’achèvent et il finit par fermer les yeux avant de ralentir sa respiration. Je pose un baiser léger sur son crâne quand il s’endort, blotti contre son papa.
– Game over, chuchote Tobias. Je vais le mettre dans son lit.
– OK, je réponds sur le même ton.
Ils disparaissent dans le couloir et je me rapproche de la cuisine pour sortir le repas que j’avais mis de côté. Tobias travaille tard en ce moment, il finalise le nouvel album d’un groupe de rock qui cartonne, et ne compte pas ses heures. Quant à moi je travaille depuis mon domicile, alors je peux me permettre d’alléger mes horaires de travail pour m’occuper de Noah et compenser l’absence temporaire de son père. C’est aussi pour ça que mon fils est intenable en ce moment. Son papa lui manque. Heureusement la production de l’album touche à sa fin, et nous devrions profiter de deux semaines en famille pour les fêtes. Je sors deux assiettes, un jour sur deux je l’attends, l’autre jour je mange avec Noah. Un tour chacun.
Je sursaute légèrement quand mon homme m’enlace par-derrière en posant ses mains chaudes sur mon ventre. Il a enlevé son manteau et j’aperçois ses bras tatoués en parti dévoilés par les manches de son pull. Je le laisse picorer mon cou en souriant mais je lâche un juron en renversant un pilon de poulet sur le plan de travail.
– Et merde !
– Laisse je m’en occupe. Va voir Noah, il veut un câlin.
Je souris et me tourne pour l’embrasser rapidement sur les lèvres avant de marcher d’un pas alourdi par mes six mois de grossesse vers la chambre remplie de dinosaures de mon fils. Je m’assieds sur le rebord du lit et il ouvre péniblement les yeux en sentant mes doigts caresser sa joue.
– Maman…
Il esquisse un large sourire et je fonds de plus belle.
– Je suis là mon ange. Tu vas faire un gros dodo ?
Il bâille à s’en décrocher la mâchoire pour toute réponse avant de me tendre les bras. Je ne me fais pas prier et me penche du mieux que je peux pour le prendre dans mes bras, mais mon ventre rond me bloque un peu. Je réussis quand même à le serrer contre moi.
– Je t’aime maman…
Je ferme les yeux en retenant une larme. Je ne résiste plus quand il me dit ça, et je lui pardonne tout à chaque fois. Il en abuse d’ailleurs mais je m’en fiche. Je suis une droguée, accro à mon fils et à ses déclarations d’amour.
– Je t’aime aussi mon amour. Allez, au dodo mon grand !
Il sourit à mon ordre et se pelotonne sous la couette que je remonte sur lui avant de sortir de la pièce.
Quand je reviens dans le salon, je souris, Tobias a dressé la table avec une petite bougie chauffe-plats au centre et finit de réchauffer notre dîner.
– Si madame veut bien s’asseoir, le repas sera servi dans cinq minutes !
J’éclate de rire et me laisse tomber sans état d’âme sur une chaise.
– Mademoiselle est assise.
Je le vois s’immobiliser un court instant avant de faire comme si de rien n’était. Ce qui me fait rire de plus belle. Nous ne sommes pas mariés, au grand dam de ses parents qui préféreraient nous voir nous unir devant le seigneur, et surtout devant Miller Senior. Je le taquine souvent avec ça, même si je ne cherche pas plus que ça à me marier. J’ai trente-six ans et Tobias en a vingt-huit. Notre couple est assez atypique pour chercher à suivre les traditions. Je suis heureuse comme ça, avec mon fils, mon chéri et mon bébé à venir.
– Je déconne Miller, arrête de stresser ! je me moque gentiment en le voyant apporter les assiettes.
– Je sais, mademoiselle Anderson.
Je souris de nouveau, j’adore qu’il m’appelle comme ça, et c’est aussi pour ça que je ne souhaite pas plus que ça me marier. Je ne sais pas si Madame Miller me fera le même effet. Pour moi Madame Miller c’est la maman de Tobias. Et rien que de penser à ça, ça me refroidit très vite. Nos relations n’étaient pas au beau fixe lorsque son fils et moi nous sommes remis ensemble. Je la comprends, maintenant que j’ai Noah, je peux ressentir ce qu’elle a vécu en voyant l’état dans lequel était Tobias par ma faute. Il a fallu beaucoup de temps et de diplomatie, surtout que l’annonce de ma grossesse n’a pas arrangé la situation. Tobias était beaucoup trop jeune à son goût, ce que je conçois également. Mais à la naissance de Noah, un miracle s’est opéré et Judy s’est transformée. Je me rappellerai toujours la surprise et l’émotion dévastatrice sur son visage lorsque Tobie lui a présenté son fils, et a enfin dévoilé son prénom. C’est un moment que je n’oublierai jamais…
– Attention c’est brûlant, m’avertit-il.
J’opine du chef et nous mangeons en discutant de nos journées respectives. Vers la fin du repas je retiens difficilement une grimace en posant la main sur mon ventre.
– Qu’est-ce qu’il y a ? me demande-t-il, le visage inquiet.
Je souris pour le rassurer.
– Elle a décidé de refaire la décoration ce soir…
Tobias sourit en finissant son assiette alors que je grimace en recevant un énième coup de pied dans les côtes.
– Un coup de main ?
Je soupire presque de soulagement à sa proposition. Il n’y a qu’une seule chose qui réussit à calmer ma fille quand elle s’énerve. Il se lève et me tend la main pour m’aider à me relever avec lourdeur de ma chaise. Je vais m’installer confortablement sur le canapé en attendant qu’il aille chercher sa guitare. Quand il revient et s’installe dans l’angle je fais passer ma tête sous le manche pour la caler contre son épaule. Il repose presque le manche sur ma poitrine et vérifie les cordes avant de plaquer quelques accords pour s’échauffer les doigts. Puis sa voix prend le relais sans aucun accompagnement.
– « These. Arms. Of. Miiiine… »
Je souris en reconnaissant la chanson d’Otis Redding et ferme les yeux de soulagement quand les mouvements de mon bébé se calment peu à peu. Mon ventre est presque collé à la caisse de résonance de la guitare et le bruit de l’instrument l’intrigue toujours au point de lui faire stopper ses mouvements. Je me niche un peu plus contre lui et le laisse nous bercer toutes les deux de sa voix rauque et grave. Il ne la pousse pratiquement pas pour éviter de réveiller Noah et je m’endors presque dans ses bras chauds pendant qu’il chante. Un petit rire me réveille et je suis son regard pour découvrir Noah, debout dans l’obscurité du couloir, qui nous regarde. Tobias continue de chanter et je souris en plissant les yeux vers mon petit monstre. Un simple geste du menton pour lui dire de venir et il se précipite vers nous.
Je lui fais un peu de place et il s’allonge contre la guitare, à moitié sur les genoux de son père et les miens, en souriant, les yeux fermés, pendant que je lui caresse les cheveux.
J’inspire profondément pour graver cet instant dans mon esprit. Je ne sais pas qui admirer le plus : mon fils ou l’homme de ma vie qui conclut doucement sa chanson en me souriant en retour. Je reste happée par ses yeux verts et le fixe sans bouger, simplement heureuse de partager tout ça avec lui.
– Épouse-moi.
Je sursaute à sa phrase, à peine chuchotée et écarquille les yeux.
– Qu-quoi ?
Il ne vient quand même pas de me demander en mariage, non ?
– C’est une question simple Mia.
Mon cœur marque un arrête et reprends avec force ses battements erratiques, au point de réveiller Calista dans mon ventre, qui recommence à bouger, grognonne de s’être fait bousculer en pleine sieste. Noah râle aussi quand je stoppe mes mouvements sur son crâne. Je grimace, reprends mes caresses du bout des doigts et pose une main apaisante sur mon ventre avant de relever les yeux vers Tobias.
– Mais… mais pourquoi pas avant ?
– Pourquoi pas maintenant ?
Je ris d’incrédulité en le voyant si sérieux. Tout semble toujours simple avec lui. Comme si les choses devaient suivre leur cours et nous entraîner avec elles si besoin, pas l’inverse.
– Tu es sérieux ? je chuchote, toujours sonnée.
Un simple hochement de tête pour toute réponse et je sens ma tête se mettre à tourner.
J’ai passé les six dernières années à me demander de temps en temps s’il comptait me demander en mariage un jour, puis à finalement accepter le fait que Tobias n’était pas un homme à se marier. C’est un père extraordinaire, le compagnon d’une seule vie, celui qui restera avec moi jusqu’à la fin. Le mariage n’était pas nécessaire, ses actes parlaient de lui-même. J’ai déjà été fiancée et ça ne s’était pas bien fini alors je vivais sans problème le fait de rester une éternelle demoiselle, tant que j’avais l’homme de ma vie et mes enfants avec moi.
D’où ma stupéfaction.
Et mon silence abasourdi.
– Une réponse Mademoiselle Anderson ?
Un rire absurde s’échappe de ma gorge sans que je puisse le contenir. Il a fait exprès de m’appeler comme ça le sale môme !
– Pourquoi tu ris maman ?
Je ne réussis pas à m’arrêter pour répondre à Noah et Tobias s’en charge à ma place.
– Parce que maman est très surprise bonhomme.
Il lui secoue gentiment les cheveux en glissant sa main sur la mienne.
– Ça pour une surprise… j’articule difficilement entre deux hoquets.
– C’est une bonne surprise maman ?
La question me prend de court et je fixe les yeux verts de mon fils, si semblables à ceux de son père. Et sans prévenir, les miens s’embuent. Je pince les lèvres en souriant à mon petit garçon pour retenir les larmes qui manquent de me submerger et acquiesce.
– Oui. C’est une très belle surprise mon cœur…
Je ne parle plus et regarde de nouveau Tobias. Je n’ai pas besoin de répondre. Il connaît déjà la réponse.
Je me contente de le fixer avec un mélange d’admiration et d’étonnement.
Tout me revient en mémoire, ma première rencontre avec ce petit diable aux yeux verts, les nombreuses fois où il m’a rendue folle, les nombreuses fois où il m’a ému, les rares fois où je pouvais lui faire des câlins sans qu’il se renfrogne parce que je le traitais comme un petit garçon, tous ces pièges pour attirer mon attention, toutes ces fois où je me suis moquée de lui, puis la séparation, son retour et le moment où ma vie a basculé.
Ce moment où j’ai croisé un regard vert clair qui m’a transpercé, ce moment où j’ai enfin vu l’homme derrière le petit garçon, ce moment où il a réussi à détruire mes barrières, mes principes et tous les obstacles que j’avais érigés entre nous par peur.
Tous ces moments intenses, ces disputes graves ou minuscules comme lorsqu’il oublie de vider le lave-vaisselle parce qu’il est trop occupé à composer, ces instants de tendresse pure comme la naissance de Noah, ses déclarations d’amour brutes mais vraies, la joie sur son visage quand il a appris que notre second enfant serait une fille, sa grimace quand j’ai annoncé deux secondes plus tard qu’elle s’appellerait Calista, les histoires toutes plus imaginatives que les autres qu’il raconte à Noah lors du coucher, ses discussions secrètes, à peine chuchotées sur mon ventre, à l’attention de sa fille et ces chansons qu’il compose pour nous, seulement pour nous.
Il ne les proposera jamais, c’est notre secret et il nous les joue seulement dans l’intimité.
Il m’embrasse doucement, un baiser plus léger qu’une plume.
– Je t’aime, je prononce presque silencieusement.
– Je t’aime aussi, répond-il aussi doucement.
Un sourire complice, puis il recommence à jouer en entonnant le début de « Stand by Me », pour le plus grand bonheur de nos enfants qui se calment presque instantanément tandis que je continue de l’admirer.
Je ne sais pas ce que j’ai fait dans mes vies antérieures pour mériter l’amour de cet homme. Il m’aime depuis qu’il est enfant et n’a jamais cessé de m’aimer.
Alors je l’aimerai jusqu’à la fin de ma vie et de la sienne.
Jusqu’à la fin du monde.
Jusqu’à la fin.
Sans plus jamais faillir.
FIN
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