Too Young
Chapitre 21
Je me réveille avec la voix de K.Flay assourdie par la petite porte qui délimite le camping-car de la petite chambre. Je suis seule dans le lit.
Et nue.
Et… putain de bien !
Wow. Si j’avais su que coucher avec Tobias m’aurait fait me sentir aussi légère, j’aurais hésité beaucoup moins longtemps ! Quoiqu’avec nos familles dans les mêmes maisons, les chances de se retrouver seuls et en position allongée étaient assez faibles. Venir à deux dans ce festival, loin de la pression familiale a été l’élément déclencheur. Finalement, le désistement de Calista a été une aubai…
Mais. Quelle. Conne.
J’éclate de rire en me passant une main sur le visage quand je réalise enfin. Elle m’a eue. Cette histoire de mec qui utilise son cadeau de fiançailles avec elle était beaucoup trop grosse pour être vraie. Et pourtant rien que le fait d’être amie avec Calista m’a permis de vivre un nombre incalculable d’histoires invraisemblables.
Le bruit de la porte qui s’ouvre me fait taire et je souris quand Tobias apparaît torse nu, dans toute sa splendeur de Dieu grec tatoué…
– Bonjour… je murmure.
– Bonjour mademoiselle Anderson…
Mon ventre fait toujours une petite torsion de plaisir quand il m’appelle comme ça. Sa façon de ronronner sur la fin de mon nom de famille, le regard qu’il a en le prononçant, et encore plus depuis qu’il m’a vue nue.
Et oui, je parle de l’épisode de la fenêtre.
Il grimpe sur le lit en souriant comme un enfant qui s’apprête à faire une bêtise. Puis il vient se placer à quatre pattes au-dessus de mon corps alangui pour m’embrasser rapidement. Il s’assied ensuite sur moi avant de tirer doucement sur le drap qui me recouvre pour dénuder ma poitrine. La vue de mes seins lui tire un grondement appréciateur et ses yeux s’assombrissent. Pourtant je n’ai pas une très grosse poitrine mais il faut croire qu’elle suffit largement à le faire saliver.
Confiance en soi : record explosé.
– Bien dormi ? je lui demande alors qu’il fixe ma poitrine comme s’il hésitait à la manger.
Sa main glisse sur mon ventre et englobe l’un de mes seins tandis que l’autre se pose sur mes côtes.
– Hmm hmm…
Je hausse les sourcils avec un sourire moqueur.
– « Hmm hmm » ? Un peu vague comme réponse, non ?
– Chhht… je suis concentré, là.
Je pouffe en le voyant effectivement très attentif aux réactions de mon corps. Il penche la tête quand ma peau se recouvre d’une fine chair de poule et quand le centre de mon sein répond positivement à la caresse appuyée de son pouce. Deux secondes plus tard il vient le prendre dans sa bouche et je soupire de façon saccadée.
– Encore ? je souffle, impressionnée.
Je n’ai quasiment pas dormi, j’avais oublié ce que c’était de faire l’amour plusieurs fois par nuit. Au bout de dix ans avec Derreck, notre vie sexuelle s’était fortement ralentie. Bon. Soit, en fait il préférait les partenaires un peu plus… « équipés ». Ceci expliquant cela. Je frissonne violemment quand sa langue me taquine de façon plus appuyée puis il le délaisse pour venir poser un baiser sous mon oreille.
– Je n’en n’aurai jamais assez, Mia…
Je soupire exagérément et il rit doucement en venant m’embrasser. Sans la langue. Je préfère la garder avec moi étant donné que je viens à peine de me réveiller. Même si la sienne tente de venir à sa rencontre mais je tiens bon et serre les lèvres.
– Chipie.
Je reste interdite.
– « Chipie » ?
– Tu vas répéter tout ce que je dis ?
J’éclate d’un rire sonore en le voyant aussi malicieux.
– Tobias, on n’appelle pas les grandes personnes « Chipie », je le sermonne pour me moquer.
Il prend le temps de s’appuyer sur ses bras tendus au-dessus de mon visage en souriant avant de répondre.
– Après cette nuit, je m’autorise tout avec toi Mia Anderson…
Mon corps régit au quart de tour et je contracte les muscles de mon bassin en réponse à sa voix rauque.
– Tout ?
Il sourit encore un peu en laissant son regard glisser vers le bas de mon corps, offert sous le sien, avant de revenir vers mon visage. Sa voix n’est qu’un murmure à mon oreille quand il répond.
– Tout. Je veux tout découvrir. Ce qui te fait crier, ce qui te fait gémir, ce qui te rend folle… Ce n’est que le début, mademoiselle Anderson. Je veux en profiter longtemps, et très, très, longuement…
Ça ressemble à s’y méprendre à une promesse de relation à long terme et mon cœur trébuche légèrement. Il se redresse ensuite et me tend la main pour me lever.
– Habille-toi, Mia, j’ai préparé le petit déjeuner et si tu restes nue, tu n’en verras jamais la couleur.
– Et si je n’ai pas faim ?
Ma voix rauque lui fait froncer les sourcils.
– Ne m’incite pas, espèce de tentatrice…
Je souris malicieusement en posant délicatement ma main sur son érection évidente, ce qui le fait sursauter. Il plonge la sienne pour la poser dessus et m’immobiliser.
– On refuse le fruit défendu Monsieur Miller ?
Il gronde et m’embrasse de façon brusque, ce qui me surprend et me fait ouvrir les lèvres pour venir à la rencontre de sa langue.
– Vous êtes un débauché Tobias Miller… je souffle quand il me lâche après un baiser étourdissant et érotique.
– Putain oui…
Il vient prendre mon menton en dégageant ma main de son entrejambe.
– J’aurais croqué sans problème dans la pomme et quitté le Paradis pour tes beaux yeux.
Son ton sérieux me laisse sans voix, il m’embrasse rapidement puis il descend du lit alors que je suis encore sonnée.
– Habille-toi, je t’attends pour manger.
Il disparaît et je pose mes doigts sur ma bouche pour vérifier que je ne rêve pas. Elle est encore gonflée de ses baisers. Mais alors que j’essaie d’analyser malgré moi sa dernière phrase, une odeur de bacon grillé et de café vient me chatouiller les narines. Mon ventre gronde en réponse et je réalise que je n’ai mangé qu’un sandwich et des Crakers hier. Je meurs littéralement de faim. Je me lève et attrape un short en toile kaki et un top beige, fluide et à bretelles croisées sur le dos et le décolleté, dans ma petite valise posée sur le côté. J’enfile des sous-vêtements et m’habille rapidement avant de le rejoindre. Quand je sors, la petite table est recouverte de bacon grillé, d’un plat d’œufs brouillés et de toast. Tobias lève les yeux vers moi et les écarquille brièvement.
– Tu veux ma mort en fait ?
Je souris, mon top est effectivement léger, et le soutien-gorge noir à empiècement que j’ai mis dessous se voit par transparence.
Et oui je l’ai fait exprès.
Je lui remonte le menton pour lui faire fermer la bouche en passant à côté de lui, et lui souffle un baiser au passage avant d’aller m’asseoir à table. Je prends mon temps, le fixe longuement avant de répondre en croquant dans une tranche de bacon croustillante. Il plisse les yeux en retour et ce petit jeu de regard m’amuse follement. J’ai bien envie de le pousser dans ses retranchements. Peut-être que j’ai simplement envie de tester mon pouvoir de séduction aussi. Quoi qu’il en soit, je suis bien décidée à rendre ce petit déjeuner intéressant, surtout après m’être faite allumer par Tobias dans le lit. Retour de karma mon grand… Plus le petit déjeuner avance, plus ma façon de manger évolue. Je ne mange pas pour me nourrir mais pour le rendre fou.
Et ça m’amuse beaucoup !
Son visage se crispe alors que je suce délicatement mes doigts, que je laisse consciencieusement une goutte de café dégringoler le long de mon menton et sur ma poitrine, avant de la stopper dans sa course d’un doigt léger, ou bien lorsque j’accentue mes bruits de plaisir en mangeant. À la fin du repas, il est adossé contre la banquette, les bras en partie croisés, ses doigts serrés autour de son mug de café, et la mâchoire contractée alors qu’il me fixe comme s’il allait me tuer.
Ou me dévorer.
Dans les deux cas je serai contente.
Je nettoie délicatement ma bouche avec une serviette en papier, puis me lève en me penchant exagérément pour lui offrir une vue plongeante dans mon décolleté.
– On y va Miller ?
– Tobias…
Je m’immobilise, incertaine.
– Ce sont les gens qui ne me connaissent pas qui m’appellent Miller, explique-t-il. Toi tu m’appelles Tobias.
Je sais que je le connais depuis assez longtemps pour l’appeler par son prénom, mais cette petite phrase envoie des décharges de plaisir dans une partie inavouée de ma cage thoracique. Vers la gauche plus précisément…
– Ou Tobie… je ne peux m’empêcher de rajouter en lui faisant un clin d’œil.
Il me fusille du regard, mais son léger sourire dément le regard sombre qu’il m’adresse. Je fais une moue et me dirige vers la salle de bains pour me maquiller légèrement et me brosser les dents. Il me rejoint après avoir débarrassé et fait de même en ne me quittant jamais du regard dans le miroir. J’essaie de me laver sans faire dépasser la mousse de ma bouche mais ça devient mission impossible quand il commence à me sourire. Je me pince les lèvres pour ne pas craquer, la pièce est exiguë, le lavabo est minuscule et nous sommes collés l’un contre l’autre, ce qui rend l’action très compliquée. Je sens l’odeur de son déodorant, la chaleur de son corps à côté du mien… Il pose même une main chaude sur le bas de mes reins, voire carrément sur mes fesses, quand je me penche pour rincer ma bouche, ce qui me fait sursauter. Je m’éclipse quand il se rince à son tour et enfile rapidement mes chaussures, m’attache les cheveux en chignon pendant qu’il enfile un t-shirt. Je fais exprès de le frôler plusieurs fois, je prends plus de temps à relever mes cheveux, je lui fais un show… et je sens son regard appréciateur sur moi aussi clairement qu’une brûlure. Nous ne prononçons aucun mot, alors que la tension augmente de nouveau, comme une soupape prête à exploser. J’avais pensé que cette électricité entre nous prendrait fin après être enfin passé à l’acte mais j’avais tort… elle est toujours là, à couver sous la surface pour nous surprendre. Passer la nuit dans les bras d’un homme offre une certaine familiarité, mais dans notre cas ça a été le cheminement inverse : je connais Tobias depuis presque toujours. J’étais déjà familière avec lui, et ensuite la tension s’est construite entre nous, nous faisant basculer du schéma « amis d’enfance » pour plonger dans celui d’amants. J’ai beau avoir l’impression de le connaître je le découvre. Et plus j’en sais sur lui, plus j’ai du mal à ne pas sombrer… j’attrape mes lunettes de soleil et mon bandana pour me diriger vers la sortie avant de perdre toute contenance et de le violer sur place, mais j’ai à peine ouvert la porte qu’une main puissante s’abat dessus et la fait claquer. Le bras de Tobias frôle mon oreille alors qu’il reste appuyé sur le battant, son corps à quelques millimètres de mon dos.
J’ai déjà vécu ce genre de scène, notamment le jour de mon renvoi avec M. Playton, et cette situation m’avait donné la nausée. Mais pas là. Au contraire, ce geste brutal qui m’emprisonne fait s’envoler une nuée de papillons dans mon ventre. J’aime ça.
Et je souris.
Parce que je ne suis visiblement pas la seule à essayer de me contenir. Surtout si je me fie à sa respiration saccadée, mais je ne bouge pas d’un pouce. J’attends. Fiévreusement, impatiemment, les bras détendus le long de mes hanches. Je ne tourne même pas le visage vers lui et le laisse venir effleurer ma nuque du bout des lèvres. Il ne me touche pas vraiment mais son passage suffit à me faire frissonner et à couvrir mon corps d’une fine chair de poule, ce qu’il ne manque pas de remarquer. Je le sens presque sourire contre ma peau.
– Ne joue pas à ce jeu avec moi Mia…
– Quel jeu ? je demande, mutine.
Sa main libre glisse sur ma hanche et vient défaire le premier bouton de mon short alors que mon ventre se contracte instinctivement, dans l’attente de ce qui va suivre.
– Je suis capable de te garder enfermée dans ce camping-car si j’en ai envie… souffle-t-il contre mon cou.
Je ferme les yeux en tentant de contrôler ma respiration pour qu’il ne réalise pas à quel point il m’atteint, mais sa main se glisse sous le tissu et dans la chaleur de mes sous-vêtements. Je retiens un halètement de justesse alors que ses doigts me frôlent, caressant à peine mon point sensible de la pulpe du majeur. Il joue délicatement avec, le contournant en cercles lascifs, et se colle plus étroitement contre moi en maintenant la porte fermée d’une main implacable.
– Je peux m’enfuir pendant un instant de répit… je murmure pour le défier, la voix très légèrement essoufflée.
Ma phrase le fait rire doucement et il vient poser sa bouche sur mon oreille avant de me surprendre en plongeant brusquement vers le bas pour venir enfoncer ses doigts en moi. La sensation m’arrache un gémissement sourd de satisfaction et je plante mes ongles dans la main qui tient la porte, tandis que mon autre main se saisit de son poignet pour le maintenir en place, dans mon corps…
– Il n’y aura aucun « répit » avec moi, mademoiselle Anderson…
Il se dégage doucement de ma poigne et fait glisser sa main le long de mon bas-ventre, en appuyant délibérément et avec force sur l’épicentre au passage. Mes hanches sursautent involontairement et mon corps se révulse contre son départ, mais il me libère enfin en lâchant également la porte. J’ouvre les paupières et me tourne vers lui, légèrement hagarde, pour me figer en le voyant porter les doigts à sa bouche sans me lâcher des yeux. Il les savoure rapidement devant mes joues échauffées, avant de me faire un clin d’œil, le regard indécent.
Ce garçon va me tuer…
Avant d’avoir réalisé, il me pousse dehors et ferme le camping-car derrière nous alors que je ne suis toujours pas remise de cet intermède. Il me fait signe de le précéder en désignant les vélos.
– Après toi.
Je le fusille du regard en souriant, et il me répond de la même manière. J’enfourche le vélo que j’avais abandonné par terre la veille et l’attends, pour une fois, avant de me diriger au hasard entre les campements. Il y a tellement de choses à voir dans ce festival que je ne sais pas si nous aurons le temps de tout visiter, mais la sensation est d’autant plus grisante maintenant que nous avons dépassé un cap dans notre relation. Je me sens tellement plus libre, plus sereine…
Selon Tobias c’est en grande partie grâce aux orgasmes « monstrueux » qu’il m’a donnés, pour reprendre ses mots exacts, ce qui me fait rire. Je me permets de lui rappeler que je savais très bien m’occuper de moi toute seule.
– Donc tu savais que j’étais là.
Je pile sur mon vélo en me retournant vers lui, immobile deux mètres derrière moi. Je prends le temps de faire demi-tour pour tourner autour de lui en riant.
– Bien sûr !
Il essaie plusieurs fois de m’attraper mais je dévie constamment hors de son emprise, heureusement que nous sommes au centre du festival parce que j’ai largement la place de tourner autour de lui sans renverser un piéton. Le demi-cercle dans lequel sont regroupés les campements est dense, mais autour du Man, l’espace est vide et permet toutes les folies. Certains Burners passent dans des véhicules improbables, comme un saloon Steampunck par exemple, ou font des démonstrations de cracheur de feu. Je fais un écart alors qu’il tend de nouveau le bras, en lui tirant la langue. Je m’amuse comme une gamine.
– Tu crois que je me fais des strip-teases perso ? je me moque tout en décrivant des cercles plus ou moins précis autour de lui.
Il secoue la tête en se mordant le poing.
– Putain, tu m’as rendu dingue…
– Un prêté pour un rendu Tobias Miller.
Il plisse les yeux, un sourire en coin, et appuie ses avant-bras sur le guidon, dans l’attente d’une explication. Je m’arrête à quelques mètres en face de lui, et me penche de la même façon sur le guidon. Il incline la tête sur le côté pour regarder avec gourmandise dans mon décolleté.
– Tu m’avais allumée comme une folle ce soir-là…
Son sourire s’élargit et devient carnassier, j’ai à peine le temps de réagir qu’il pédale dans ma direction et m’attrape par la taille alors que j’essayais de m’échapper. Je réussis néanmoins à me défaire de sa poigne et fonce vers les campements, prise d’un fou rire. Il arrive rapidement à ma hauteur et me tire par le short pour me faire basculer sur lui alors qu’il lâche son vélo. J’atterris lourdement sur son ventre en couinant, et en me cognant la hanche au passage contre sa selle, mais la douleur disparaît bien vite et mon hilarité redouble quand je l’entends pousser un juron sous le choc. Un groupe un peu plus loin nous applaudit alors que nous gisons complètement sonnés par terre, du moins pour lui. Pour ma part je suis encore morte de rire. Si bien que je ne comprends pas tout de suite qu’il bouge pour me chevaucher et me clouer les poignets au sol. Mon rire meurt petit à petit sous son regard lascif, et j’ondule sous son bassin, impuissante, quand il m’embrasse enfin. Mes jambes se plient, mes doigts de pieds se recroquevillent de plaisir, mon dos se cambre et mes poings se ferment sur du vide alors que je gémis contre sa langue. Mais le baiser ne dure pas et il se redresse, puis se lève en me soulevant par les poignets pour me remettre debout. J’ai droit à un nouveau baiser renversant quand il enroule ses bras autour de ma taille et me soulève, si bien que mes pieds ne touchent plus le sol. Je m’arrime fermement à lui en nouant mes bras autour de son cou et je lui mordille la lèvre quand il s’écarte de ma bouche.
– N’essaie même plus de t’échapper Mia.
– Tu peux toujours rêver.
Il fait mine de me mordre et me repose enfin à terre. Nous avançons encore au hasard pendant deux bonnes heures avant de nous arrêter au camping-car pour grignoter. Et apparemment je fais aussi partie du menu… quand j’arrive enfin à m’extirper du véhicule, c’est sur des jambes tremblantes avec un Tobias plus que satisfait qui me suit.
– Efface ce sourire victorieux de ta belle gueule, espèce sale môme… je me moque.
– Tu trouves que j’ai une belle gueule ?
Je lève les yeux au ciel en avançant au hasard entre les campements. J’ai cru apercevoir une énorme caravane Airstream hier, et j’aimerais la voir de plus près. J’ai toujours adoré ces caravanes rétro toutes en rondeur et métal rutilant. Quand je la repère enfin, je tire sur la main de Tobias pour m’en approcher.
– Tu fais quoi Mia ?
– Viens, je vais leur demander si on peut voir l’intérieur !
Il fronce les sourcils et regarde ce que je lui désigne avant de sourire en me jetant un regard en biais.
– Qu’est-ce qu’il y a ?
Il se pince les lèvres en m’observant sous ses cils, visiblement amusé.
– Rien. Viens, on y va.
Il entremêle ses doigts aux miens et avance d’un pas rapide vers l’immense Aistream avec un tag dessus.
– Les « Devil’s Cats », je déchiffre en arrivant juste devant. Intéressant…
Un homme sort du véhicule pour rejoindre le groupe exclusivement masculin qui boit tranquillement autour d’une table en plastique sous un auvent rouge.
– Hey ! Tobias, Mia !
Je sursaute en entendant mon prénom. Je plisse les yeux vers l’homme entre trente et quarante ans qui nous sourit et avance vers nous.
– Joe ! répond chaleureusement Tobias en lui frappant le poing.
Je suis totalement perdue. Le fameux Joe se tourne vers moi et me sourit de plus belle alors que Tobias ricane.
– Tu vas mieux ?
Je hausse les sourcils, perplexe.
– Heu… je crois.
Il penche légèrement la tête et se tourne vers l’homme qui me tient la main et essaie de retenir un rire.
– Elle ne se souvient de rien c’est ça ?
– Rien du tout ! lui confirme Tobias en éclatant de rire.
Oh mon Dieu…
– Oh non… il s’est passé autre chose lors de mon « trip » ? je les questionne, de plus en plus inquiète.
C’est le seul moment où j’ai perdu conscience de ce qui se passait autour de moi.
– Juste un plan à quatre.
J’ouvre la bouche en grand, complètement sonnée.
– Vous vous moquez de moi… je souffle en fusillant Tobias du regard.
Il m’en aurait parlé. Il en aurait forcément parlé !
– Pas du tout. Ça a duré au moins vingt minutes, il renchérit alors que Tobie acquiesce, hilare.
Mon visage devient blanc et je commence à me sentir mal.
– Vingt minutes ? je questionne, livide.
– Oui. Juste le temps de te ramener au camping-car parce que tu avais perdu connaissance en pleine danse.
Le sang revient en force dans mes joues et je sens ma peau s’échauffer alors que je comprends enfin ce qu’il insinue.
– Oh merde… je souffle en me posant une main sur le visage.
Je suis à moitié gênée et à moitié hilare. Tobias lui est complètement mort de rire et je lui file un coup dans le ventre pour le punir d’avoir participé à cette mascarade.
– Pardon, c’était trop tentant.
– OK. Qu’est-ce que j’ai fait exactement pendant mon trip ?
La peur me ronge un peu, je ne pense pas avoir défié la morale mais je n’en suis pas non plus persuadée…
– Je crois que tu tentais de faire l’amour avec la musique jusqu’à ce que j’arrive, répond Tobias très sérieusement.
Joe acquiesce et je me sens de nouveau rougir.
– OK. Et ensuite ?
Tobias glisse sa main dans la mienne et pose nos mains liées sur ma chute de reins pour m’attirer à lui. Je lève le visage vers le sien pour le regarder quand il me surplombe.
– On a dansé ensemble…
Je sens un frisson me parcourir, de nouveaux souvenirs ont surgi depuis hier et je me rappelle à quel point cette danse érotique m’a fait vibrer.
– Tu es presque tombée dans les vapes, tu t’es raccroché à moi, ils ont cru que j’allais t’enlever ou te violer, Joe t’a examiné parce qu’il est médecin et finalement tu as dit devant tout le monde que j’étais trop sexy pour être réel…
Je cligne plusieurs fois des yeux en assimilant le nombre d’actions qu’il vient d’énumérer.
– Je t’ai dit ça ?
– C’est tout ce que tu retiens ? me taquine-t-il avec un clin d’œil.
– Parce que c’est la seule chose qui me paraît « inventée », je le sermonne en plissant les yeux vers lui.
– Ah non tu l’as bien dit, je suis témoin.
Je me tourne vers le fameux Joe en écarquillant les yeux avant de refaire face à Tobias.
– Donc tu savais parfaitement ce que tu faisais hier… je murmure.
Il sourit légèrement et se penche un peu plus vers moi.
– Je sais parfaitement ce que je fais depuis que je suis revenu à Springville et que je t’ai surprise en train de me mater les fesses à la station-service Mia…
Je sens mes joues s’échauffer légèrement mais je ne retiens pas le sourire qui naît sur mes lèvres. Ça ne sert à rien de nier, j’ai été happée et fascinée par lui depuis l’instant même où je l’ai aperçu sur le quai de la gare. Je plonge mes yeux dans les siens pendant un long moment sans parler, et j’ai la sensation qu’une bulle nous entoure. Il n’y a plus rien autour de nous, je ne vois que lui.
Jusqu’à ce que Joe se racle la gorge à côté de nous.
– Je vais vous laisser seuls…
Tobias ne le regarde pas, il se contente d’un rapide signe de la main alors qu’il continue de me fixer et je ne tourne pas le visage vers Joe non plus. Je n’ai pas envie de quitter ces yeux verts.
Est-ce que j’aurai un jour réellement envie de le faire ?
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