Too Young

Margot D. Bortoli · Chapitre 18 sur 54

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Too Young

Chapitre 15

 

 

Je regarde le réveil pour la millième fois en deux heures.

3 h 46.

Je soupire de frustration en me passant la main dans les cheveux humides de transpiration qui me collent aux tempes. L’alcool ingurgité plus tôt et la petite scène avec Tobias dans le parc m’empêchent visiblement de dormir.

3 h 49.

Cette canicule va me tuer. Et la climatisation en rade aussi.

3 h 50.

Sérieusement ? C’est quoi cette faille spatio-temporelle ? Plus ça va, plus j’ai l’impression que le temps ralenti… Je me lève, en nage. Mes vêtements poisseux collent à ma peau et j’ai l’impression de me liquéfier. Mes draps aussi sont humides. Je décide de les changer rapidement en ne mettant qu’un drap-housse sur le matelas et pars prendre une douche. Je sors à pas de loup dans le couloir et fonce prendre la douche glacée la plus rapide de l’Ouest pour éviter de réveiller mes parents. J’aimerais éviter une possible discussion nocturne avec ma maman autour d’une limonade, pendant laquelle elle essaiera de me faire trouver un sens à ma vie. La douche me fait un bien fou et malgré le peu de temps passé dessous, je revis. Quand je reviens dans ma chambre en serviette je me sens un peu plus humaine. Mes cheveux mouillés cascadent dans mon dos et m’apportent une sensation supplémentaire de fraîcheur. Je les frotte dans une seconde serviette et me place face à la psyché pour les démêler doucement et profiter des quelques gouttes froides qui tombent dans le mouvement sur mon dos et mes épaules. J’en soupirerais presque de bonheur. Je manque de perdre ma serviette trois fois pendant l’opération mais je la rattrape à chaque fois in extremis. D’ailleurs je me demande bien pourquoi je la garde. C’est un rempart ultime sur ma nudité en attendant de me rhabiller mais finalement, avec cette température de malade, je pourrais tout aussi bien dormir nue… je jette inconsciemment un coup d’œil dans le miroir vers le reflet de la fenêtre de Tobias et je me fige quand un mouvement derrière la vitre apparaît dans la psyché. Mes poings se crispent sur la serviette en éponge qui tient sur ma poitrine grâce à une simple tension. J’ai dû rêver. Il est à peine quatre heures du matin. Il doit dormir. Ou bien… Je regarde discrètement le reflet tout en reprenant des mouvements avec le peigne d’une main tranquille, la seconde posée sur la serviette en éponge.

Et je frissonne de la tête aux pieds quand je le vois légèrement apparaître. Juste le reflet de ses abdominaux et d’un de ses bras tatoués, grâce à la lumière qui provient des lampadaires extérieurs. Il reste majoritairement dans l’obscurité. Mais maintenant je sais qu’il est là.

Je sais qu’il me regarde.

Le bas de mon ventre se tord dans un maelstrom de sensation : timidité, satisfaction féminine, excitation, anxiété, désir…

Beaucoup de désir…

Le besoin que j’ai ressenti dans ses bras un peu plus tôt n’a pas réussit à s’éteindre sous la quantité d’alcool que j’ai ingurgité. La sensation est même plus enivrante que la Tequila, et elle me prend par surprise. Je savais déjà que j’aimais le regarder et qu’il me faisait bouillir à chaque fois qu’il me touchait, mais de là à éprouver une excitation sexuelle juste parce que lui me regarde à moitié nue ? C’est un nouveau pas.

Après dix ans avec Derreck je me sens un peu rouillée et je ne sais pas comment je dois agir. M’enfuir ? Rester ? Le mettre dos au mur ?

Enfin si lui surtout pouvait me mettre dos au mur plutôt…

Mon cœur tambourine contre ma cage thoracique et j’hésite à avancer dans la direction que prend mon cerveau. Je ne sais pas si j’oserais… je l’ai déjà repoussé un peu plus tôt et je me sens minable. Merde Mia putain, tu as trente piges et tu te comportes comme une vierge effarouchée ! Sérieusement !

Bon, OK, ton fiancé a subitement décidé qu’il préférait les hommes, soit. Ça n’aide pas vraiment à avoir confiance en soi.

Mais… plus le temps passe, plus je remarque que Calista a raison et que Tobias me regarde plus que les autres. Ses regards ne sont pas flagrants mais ils sont un peu plus… « insistants » que la convenance ne l’autorise. Ça plus la scène de ce soir. Alors peut-être que je me trompe. Peut-être.

Il avait peut-être bu. Il ne savait peut-être pas ce qu’il faisait.

Mais si je ne lui plaisais pas, du moins physiquement parlant, il ne se cacherait pas pour m’observer.

Plaisir : OK.

Excitation : OK.

Confiance en soi : de nouveau en cours d’acquisition.

Je me sens prise de légers vertiges, c’est comme si ma tête pesait soudain trop lourd pour ma nuque… Ça plus le battement sourd qui s’amplifie au creux de mes cuisses… Tout un tourbillon qui me grille le cerveau et fait fondre les dernières résistances qui m’empêchaient de passer à l’acte. Je ne peux pas l’avoir. Mais je peux lui offrir quelque chose. Je ne sais pas vraiment ce qui me décide finalement à passer le pas, peut-être que c’est l’abondance de sensations grisantes, ou bien parce que je remarque que la fenêtre de sa chambre est maintenant légèrement entrouverte…

Comme s’il cherchait à en absorber plus que la simple vue.

Je pose les mains sur ma serviette une dernière fois et la lâche d’un coup. Elle tombe au sol et j’apparais entièrement nue dans le miroir en pied. OK. C’est fait. Plus de retour en arrière possible. Je prends le temps de me regarder, en faisant glisser mes cheveux humides sur une épaule. La sensation de froid sur mon sein me fait frissonner de plus belle. J’essaie d’imaginer l’image que je renvoie. Je ne suis pas filiforme, ni toute en courbes. Je suis tonique. Je suis moi. Une trentenaire encore bien conservée. Si ce n’est mon karma intérieur, l’enveloppe extérieure, elle, envoie quand même encore un peu de lourd. Je soupèse légèrement un de mes seins pour en éprouver la taille. Je les connais déjà, je sais à quoi il ressemble mais je me prends au jeu. Ce petit show secret est pour lui.

Seulement pour lui.

J’ai la sensation diffuse que je risque de le regretter demain matin en me levant, que mes dernières réticences, celles qui m’ont fait reculer plus tôt, reviendront à la charge au lever du jour, mais à l’instant T je n’en ai rien à faire. Je veux me sentir belle, désirable, et savoir qu’il m’observe amplifie toutes les sensations. Je remonte les mains vers ma nuque et roule la tête en fermant les yeux. Lentement, langoureusement. J’agis comme si j’étais seule. Bon en vrai je ne fais pas ça quand je suis seule, mais il n’est pas censé le savoir. J’ouvre de nouveau les yeux et j’observe mon visage, les mains encore enfouies dans mes cheveux sur le haut de ma nuque. Si je devais choisir quelque chose que j’aime sur cette partie du corps, ce serait ma bouche. Elle est pulpeuse sans être trop grosse. J’adorais la maquiller en priorité au travail. Un rouge brique mat, et je me sentais comme une femme fatale. Je souris en réalisant que je me sentais comme à cet instant précis : féminine, puissante. Je frôle mes lèvres du bout de l’index et du majeur, puis je descends. Je fais légèrement glisser le dos de mes doigts entre mes seins, sur mon ventre et mon nombril. Un peu plus bas… encore plus bas… jusque sur…

Le bruit d’un battant qui claque me fait légèrement sursauter et je tourne machinalement le regard vers la fenêtre de ma chambre. Vers la fenêtre de la sienne. Un léger coup de vent a fait bouger un des ventaux et je vois une main se saisir de la menuiserie pour l’immobiliser. Une main avec un colibri. Avant de rentrer aussi vite se cacher dans l’obscurité.

Je souris lentement tout en ramenant mon regard vers le miroir.

Je sais que tu es là Tobias… Je sais que tu t’adonnes à un petit jeu de voyeurisme. Je sais.

Et j'aime ça.

Je lève une dernière fois mes cheveux pour lui offrir une ultime pose, puis je coupe court en allant chercher une culotte dans un de mes tiroirs, mais je fais exprès de choisir un tanga en dentelle prune, plutôt qu’une simple culotte en coton noir. Je prends mon temps pour l’enfiler, à moitié dos à lui, penchée pour glisser chacun de mes pieds, puis je la remonte avec lenteur, pour la poser sur mes courbes, tout en ajustant délicatement le tissu délicat sur mes fesses. S’il y a bien quelque chose dont je n’ai pas honte, ce sont elles. Après des années de squat/sauts en tout genre chez les Pom-pom girls, gymnastique et autre sport de fitness, elles sont bombées et fermes. Je continue même en passant encore et encore la main dans mes cheveux, comme si la chaleur m’étouffait. Jusqu’à glisser une main légère sur mon épaule. Je suis en feu mais ce n’est plus à cause de la chaleur extérieure… je l’imagine me regarder, à moitié nu lui aussi. Caché dans l’ombre de sa chambre. La lumière jouant avec les reliefs de son corps. Créant de nouveau dessins sur sa peau… Ses yeux verts apparaissant dans un rai de lumière…

La simple vision mentale me fait trembler comme une feuille. Je suis en train de me monter un scénario tellement érotique que je commence à me demander si je ne vais pas avoir besoin de me soulager seule. Je tourne la tête vers le côté de ma chambre. Mon lit est hors de vue de sa fenêtre, seule ma porte d’entrée et mon bureau sont visibles. Il ne risque pas de me voir.

Mais il peut m’entendre…

Je souris en me mordant la lèvre quand je prends conscience que ce petit jeu va beaucoup plus loin que prévu. Beaucoup plus loin que ce que j’avais imaginé ce soir. Je dois vraiment être une allumeuse… Mais ça me plaît énormément… Je ne porte pas de talons ou de rouge à lèvres, mais je me sens plus puissante que jamais. Plus que lorsque je faisais de bons mouvements financiers et que je permettais à mes clients de gagner des millions. Je me tourne de profil pour lui offrir une rapide vue de mon flanc et d’un de mes seins, dernier cadeau furtif à son intention, avant d’avancer vers le lit pour me coucher. Je fais attention à ne pas faire trop de bruit, et comme je m’y attendais j’entends sa fenêtre grincer légèrement comme s’il l’ouvrait un peu plus. Comme s’il en voulait plus… et je suis prête à lui en donner plus… tellement plus… Je vérifie rapidement que j’entends bien le léger bourdonnement de la climatisation de mes parents avant de me lancer dans ce qui sera sûrement l’évènement vocal le plus érotique de ma vie.

Je ne me suis jamais caressée devant personne, pas même devant Derreck. Ça reste un moment intime et totalement personnel. Mais ce soir j’ai envie de l’offrir à Tobias. Du moins, une partie.

Je m’allonge lentement sur le dos et ferme les yeux en imaginant qu’il se tient sur la chaise de bureau en face de moi, et pas de l’autre côté de la clôture, dans sa propre chambre. Que ses yeux clairs me fixent, m’observent, m’admirent même… Ma main trouve naturellement son chemin et je halète quand elle frôle ce point si sensible. Je pense percevoir une expiration surprise et grave venant de l’extérieur, mais perdue dans mes fantasmes et mes sensations je n’y prête plus attention, je me caresse pour moi, pour lui, pour personne en particulier. Je me caresse parce que c’est la suite logique de mon état d’excitation, et que mon corps, mon cœur et mon esprit réclament leur dû. Ils veulent leur shoot d’héroïne. Et je leur accorde. Mais je préfère le faire doucement, sûrement, en espérant qu’il entendra mes souffles de plaisir depuis sa chambre. Je monte inexorablement, en tremblant de plus en plus, sans me presser. Je fais, littéralement, durer le plaisir. Je l’imagine même en train de se caresser également et cette image mentale achève de me faire basculer dans un gémissement sourd et presque douloureux, la tête renversée dans les oreillers, les mains serrées entre mes cuisses tremblantes, le corps cambré à l’extrême. Pendant ce qui semble durer une éternité…

Wow…

Ruée magistrale si je peux me permettre. J’intégrerai plus souvent Tobias en train de se caresser dans mes fantasmes à partir de maintenant !

Le silence revient peu à peu dans la pièce quand mes oreilles cessent de bourdonner, et je l’entends. Distinctement. Un long soupir saccadé. Presque tourmenté…

Quant à moi je suis enfin sereine.

Les effets combinés de la douche froide et de mon orgasme achèvent de m’engourdir totalement et je sens le sommeil me gagner petit à petit.

Je sombre dans les bras de Morphée, un grand sourire aux lèvres.

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