Too Young

Margot D. Bortoli · Chapitre 23 sur 54

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Too Young

Chapitre 20

 

 

– MIA !

Je l’entends m’appeler mais je ne me retourne pas, je retrouve rapidement mon vélo et je trace en direction de notre emplacement, je ne cherche même pas à l’attacher en arrivant, je le laisse tomber et me précipite vers le camping-car pour m’engouffrer à l’intérieur. Des pas dans mon dos me font comprendre qu’il est juste derrière moi, qu’il m’a suivi et qu’il veut des explications.

– STOP PUTAIN !

Je m’immobilise dans le petit espace cuisine, dos à lui. Quand je l’entends fermer la porte derrière nous, je comprends que je suis prise au piège.

– Tu n’as pas une ou deux minettes à mettre dans ton lit ce soir ? je lâche d’une voix tranchante, les mâchoires serrées.

Quand on ne sait plus se défendre, l’attaque est la meilleure tactique. Et c’est clairement mon arme de prédilection ce soir. Je suis passée en mode « Mia va être une véritable connasse », mode intégré après un long entraînement de plusieurs années avec Calista.

– Est-ce que j’ai vraiment l’air d’être un mec à « minettes » ?

Sa voix grave me fait frissonner. Mais son ton sec me fait presque sursauter.

– Je suis certaine que la petite blonde de tout à l’heure se ferait un plaisir de te prouver l’inverse…

Je me gifle mentalement en crachant ça, est-ce que j’ai vraiment besoin de me faire du mal en l’envoyant directement dans les bras d’une fille qui a dix ans de moins que moi ? Vraiment ? Surtout en plein Burning Man quand quatre-vingt-dix pour cent des participantes sont ouvertes à tout type d’expérience…

– Elle n’est pas mon genre…

Sérieusement ? Là il se moque de moi, je fais volte-face, furieuse, pour le regarder droit dans les yeux. Il se tient de l’autre côté de la kitchenette, les poings serrés, la chemise ouverte et j’ai une vue panoramique sur son torse.

– Et c’est quoi ton genre Tobias ? je grince en le fusillant du regard.

Il ne sourit pas et me fixe, et pendant un court instant je me demande ce qui m’est passé par la tête pour lui avoir posé la question parce que j’ai peur d’entendre la réponse.

– Toi.

Mon estomac se tord violemment quand il parle enfin. Il a à peine murmuré le mot, mais ça a eu un effet dévastateur sur moi. Il avance lentement et je suis comme paralysée devant lui, offerte… mais au dernier moment je tends un bras devant moi pour l’immobiliser.

– Attends, Tobias ! Ce n’est pas bien…

– Qu’est-ce qui est mal, Mia ? Le fait que j’ai tellement envie de toi que j’en deviens fou ? Putain non, ce n’est pas mal !

Il l’a dit à voix haute… il l’a presque crié même. Il a mis à jour ce qui bout entre nous depuis tant de temps, alors que j’essayais laborieusement de l’enterrer sous terre pour ne pas franchir la ligne jaune.

– Tu as huit ans de moins que moi… je souffle.

– Et ?

Et… et… et je ne sais pas moi ! Merde ! J’ai trente ans et lui vingt-deux ! Rien que l’idée semble absolument incongrue.

– J’ai promis à ta maman de veiller sur toi.

Je ne sais pas d’où je sors cette excuse mais je la brandis comme un bouclier devant moi. Malheureusement, elle semble n’avoir aucun effet parce qu’il hausse les deux sourcils et secoue la tête, incrédule, sans s’arrêter d’avancer alors que je recule.

– Je suis majeur. Je ne suis plus un enfant…

Ça, je l’avais remarqué. Beaucoup trop même… Dès le premier jour, quand je suis allée le chercher à la gare. Comme un violent uppercut.

– Mia… On en crève d’envie tous les deux… Si tu savais tout ce que je rêve de te faire…

Je pars sur un rire hystérique qui me semble tout à fait inapproprié dans cette situation mais je n’arrive pas à m’en empêcher. Mon corps semble tenter d’évacuer par n’importe quel moyen la tension qui prend possession de toutes mes cellules et me consume de l’intérieur.

– Je t’ai gardé quand tu étais petit Tobias, merde je t’ai même mis en pyjama, tu es un môme !

– Ça ne semblait pas te déranger quand tu t’es mise toute nue devant la fenêtre…

Je sens mon visage devenir cramoisi. Il sait que je l’ai vu. Il sait que ce spectacle était pour lui.

Face à mon coup d’éclat je me recroqueville intérieurement. Je savais bien que ça ressortirait un jour, et je savais également que je le vivrai tout aussi mal. Mais je croise les bras et relève le menton en signe de défi.

– Tu es un gamin Tobias.

J’appuie sur le mot pour tenter de le faire reculer, mais tout ce que j’obtiens c’est un sourire carnassier qui me fait flamber les reins.

– Est-ce que je dois vraiment te prouver que je ne suis plus un gamin ?

Et à peine sa phrase prononcée, il retire sa chemise, déboutonne son short et baisse le tout, en embarquant également ses sous-vêtements, tout en me fixant sous ses cils, avec un léger sourire en coin. J’ai la faiblesse de baisser les yeux et les relève très rapidement vers le plafond, le souffle court.

Mais j’ai eu le temps d’apercevoir ce que je ne devais pas apercevoir.

Et ça vient de réduire en cendres mes souvenirs de baby-sitting…

– Regarde-moi Mia.

Il se rapproche encore plus, si bien que je peux sentir la chaleur qui émane de son corps. Je suis au bord de la combustion spontanée.

– Mia…

Il chuchote à mon oreille et j’ai la faiblesse de jeter un rapide – et encore une fois involontaire – coup d’œil vers le bas avant de remonter lentement les yeux vers les siens. Il est en érection. Et ça me fait un effet dingue… la sensation de vide revient en puissance et me pousse à prendre ce qui lui manque, ce que Tobias m’offre sur un plateau. Mais alors que mon corps tente la mutinerie, mon esprit se bat encore contre lui. Quant à l’homme en face de moi, ses pupilles dilatées et ses paupières lourdes ne cachent absolument rien de son trouble. J’ai l’impression que mon propre regard fait écho au sien parce que j’ai soudain la bouche sèche, et la tension quasi constante de ces dernières semaines prend de nouveau possession de mon corps en entier avant de migrer en vague sourde et étourdissante vers le bas de mon ventre. J’humidifie mes lèvres et ce simple geste le fait siffler entre ses dents serrées. Mauvaise idée Mia, je fixe mon regard au-dessus de sa tête, le souffle court, pour tenter de me calmer, mais il prend ma main dans la sienne.

– Touche-moi, Mia…

Je ferme les yeux en exhalant difficilement quand il pose ma paume sur son ventre dur, et déglutis, le corps en ébullition et les jambes soudain faibles. Ma respiration s’accélère et mon buste se soulève de façon saccadée et désorganisée quand il descend d’autorité ma main le long de son bas-ventre, sur son pubis et enfin sur son…

Nous soupirons de concert quand ma paume entre en contact avec sa peau chaude et bandée… Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est doux, mignon ou tout autre adjectif ridicule pour décrire ça, mais c’est définitivement brûlant et dur comme de l’acier.

Et ça me donne le tournis.

Mes doigts se refermes instinctivement sur lui et il pose son front sur le mien, la respiration hachée.

– Non… ce n’est pas… on ne devrait pas…

Les mots se mélangent dans ma bouche et je n’arrive pas à aligner une phrase correcte. Pourtant, si mon esprit se refuse à aller plus loin, ma main, elle, semble douée d’une volonté propre et remonte en légers va-et-vient.

– Chuuuuuut…

J’ouvre les yeux quand il saisit mon menton dans sa main et me force à le regarder.

– Arrête de réfléchir Mia…

– Tu es si jeune…

– Je suis bien assez vieux pour ça…

– Tes parents me font confiance…

– Qu’est-ce que tu fais ? Tu essaies de me convaincre ? ou de te convaincre ? souffle-t-il en raffermissant sa prise.

Il me surplombe de toute sa hauteur et le temps se suspend entre nous quand je réalise que mes lèvres sont à quelques millimètres des siennes. Mon corps entier se rebelle avec violence contre ma raison, renverse tout, et me pousse à combler la distance pour enfin prendre ce qui me fait désespérément envie depuis des jours et des jours…

– Mia…

C’est tout ce dont j’avais besoin pour me lancer.

– Tais-toi Tobias.

Ma voix se perd dans un murmure quand je glisse ma main libre dans ses cheveux et prend sa bouche d’assaut. Furieusement. Comme si mon corps se dépêchait d’agir avant que je change d’avis. Comme si demain n’existerait jamais…

Ses mains se plaquent contre ma chute de reins quand un grondement sourd s’échappe de sa gorge, et me serrent contre lui à m’en briser. Ma main quitte son bas-ventre pour glisser autour de son cou et je me colle le plus près possible, dans une tentative désespérée de fusion. Sa langue investit ma bouche, urgemment d’abord, avec intensité, puis il ralentit lentement et m’embrasse de façon plus câline, plus cajoleuse… Notre baiser se tempère, mais s’approfondit en même temps. Sa langue me caresse, flirte avec la mienne, me frôle, me lèche, me déguste… ce baiser est tellement lent et profond qu’il en devient décadent. Lascif. Dévergondé…

J’irais même jusqu’à dire « immoral ». Mais tellement, tellement bon…

Comme pour accompagner la danse impudique de nos bouches, son corps me force à reculer et me coince contre la table. Ses mains me hissent doucement dessus et il vient se loger entre mes cuisses accueillantes. Puis dans un mouvement indécent et sensuel, son bassin ondule entre mes jambes sans me laisser quitter la chaleur de ses lèvres. Mes mains quittent le haut de son corps pour agripper la paire de fesses qui me narguait insolemment depuis des semaines et accompagnent le mouvement obscène de sa chute de reins contre mon pubis. Je le force à se presser plus, à exiger plus de mon corps. Il y a un côté totalement scandaleux à être entièrement habillée alors qu’il est nu contre moi. Mais rapidement ses paumes chaudes glissent sous mon t-shirt et il se baisse légèrement pour le faire passer par-dessus ma tête tout en semant un chemin de baisers brûlant de mon nombril jusqu’au centre de ma poitrine avant de venir me coller de nouveau contre lui en reprenant possession de ma bouche. Nous continuons le ballet érotique de nos langues, et je m’alanguis de plus en plus, ma main glissée dans ses cheveux alors que je m’appuie sur la table avec l’autre, cambrée en arrière. J’aime beaucoup trop l’embrasser de cette façon : profondément, comme si j’essayais de me connecter à lui, d’aspirer son souffle, son essence, son âme… Puis ses doigts s’attaquent au bouton et à la fermeture éclair de mon short sans cesser de m’embrasser langoureusement. Je me soulève un peu, en m’appuyant des deux mains sur la table, pour lui permettre de l’enlever complètement. Quand il appuie sur ma chute de reins pour me rapprocher du bord, nos deux corps se collent enfin, presque peau contre peau, si ce n’est la dernière barrière de mes sous-vêtements, et je tressaille quand une sensation de froid vient frôler mon bas-ventre.

– Qu’est-ce que…

Je baisse la tête et j’écarquille les yeux quand je le vois enfin. Le piercing Prince Albert. Il n’est pas directement sur le gland comme je l’avais imaginé, mais en dessous. C’est pour ça que je ne l’avais pas vu plus tôt. Un fer à cheval avec deux petites boules au bout, glissé sous le frein. Je reste fixée dessus, alors qu’il m’observe en passant la main dans mes cheveux.

– Est-ce que ça fait mal ? je demande, incertaine.

– Quand je l’ai fait ? Ou bien pendant l’acte ?

J’inspire lentement, totalement fascinée, sans oser le toucher.

– Pendant l’acte… pour ta partenaire…

Il rit doucement et soulève mes cheveux pour venir embrasser la courbure de mon cou, en remontant vers mon oreille. Je me laisse faire, la tête penchée sur le côté pour lui faciliter l’accès, les paupières closes.

– Personne ne s’est jamais plaint, bien au contraire… chuchote-t-il.

Je sens un battement sourd prendre possession de mon entrejambe, et une douce chaleur se répand en vague brûlante du bas de mon ventre vers le reste de mon corps. Il me rend dingue… Je ne sais pas si je sortirai vivante de ce camping-car. Trente ans d’existence, presque la moitié à avoir des partenaires sexuels et pourtant rien ne m’avait préparé à ce qui est en train de m’arriver avec lui. J’ai l’impression de redevenir jeune et inexpérimentée… et la sensation est enivrante. C’est comme si je redécouvrais le sexe pour la première fois. Une voix me souffle que c’est parce que j’ai passé dix ans avec le même homme, et que j’avais juste oublié les frissons de la « première fois », pourtant j’ai vraiment la sensation que ce qui est sur le point de se passer changera ma vision des rapports homme-femme. Je m’apprête à faire l’amour avec un homme plus jeune, et totalement différent de tout ce que j’ai pu connaître. Ça me fait peur mais c’est grisant… Tout est enivrant en lui, son corps, son âme…

– Tu me fais confiance Mia ?

Son murmure me fait frissonner et je relève les paupières pour le regarder de nouveau dans les yeux. J’acquiesce lentement pour lui confirmer et il sourit. Ses mains glissent sous mes genoux et se posent sur mes fesses pour me soulever. Je m’accroche à son cou pour rester droite alors qu’il s’éloigne lentement de la table vers le lit deux places. La position est peu orthodoxe, mais grâce à elle, mon buste se trouve au niveau de son visage et il en profite pour me taquiner de la langue à travers le fin tissu de mon soutien-gorge, tout en avançant d’un pas tranquille. Je penche la tête quand il passe la petite porte avant de m’allonger délicatement sur le lit. Il se redresse mais ses mains ne quittent jamais mon corps et en redessinent les courbes inlassablement. Je ferme les yeux, alanguie, alors qu’il dresse une carte de mon anatomie, m’embrasse, me mordille, me goûte… Mes sous-vêtements disparaissent l’un après l’autre, ainsi que mes chaussures et mes chaussettes, et mes yeux s’ouvrent brusquement quand son souffle vient effleurer l’intérieur de ma cuisse. J’hésite pendant un court instant, avant de m’abandonner en glissant les mains dans ses cheveux ébouriffés. Et je ne regrette pas quand il passe à l’acte et me déguste dans un grondement appréciateur. Ma peau s’électrise, et mon corps vibre à l’unisson des Didgeridoos qui résonnent H24 dans le festival. J’ai presque l’impression de vivre une expérience mystique, comme si j’étais connectée à la musique. J’ai décidé de lâcher totalement prise et de ne rien préméditer, de ne plus rien contrôler…

Et la plongée est sublime.

Mes principes sont restés à l’entrée du Festival, et il ne reste que mes sensations et moi, en train de grimper, de monter, d’escalader inexorablement ces nouvelles perceptions jusqu’à atteindre le point le plus haut, le point culminant, celui qui annonce qu’il n’y a plus aucun retour en arrière possible.

Je me tends comme un arc dans un gémissement douloureux, jusqu’à rompre dans une explosion. Mes sens sont saturés, mes oreilles sont inondées de musique, mon cœur gonflé de bien-être, et mon cerveau est submergé par des décharges de plaisir pur. Mes yeux se révulsent sous mes paupières et ma peau me semble presque trop petite pour toutes ces sensations… Je suis secouée par une multitude de vagues salvatrices qui balaient tout sur leur passage et nettoient ce qui restait de mes doutes.

Il me faut un long moment pour en redescendre, le cœur battant.

Je sens à peine Tobias embrasser mon ventre et ses cheveux frôler ma peau alors qu’il remonte jusqu’à ma bouche pour m’offrir un profond baiser. Je sens une saveur douce-amère sur sa langue, et j’ai l’impression qu’il partage avec moi le plaisir qu’il a pris à me dévorer. Je lui rends son baiser, avide de me fondre avec lui, prête à tout lui donner, et à prendre tout ce qu’il voudra bien m’offrir…

– Tu es parfaite…

Son souffle sur mes lèvres me fait ouvrir les yeux, pour plonger directement dans les siens. Ce regard vert, envoûtant… J’ai toujours été fascinée par ses yeux, souvent intriguée de façon innocente, mais je me sentais parfois mal à l’aise quand il me sondait. Les yeux de Tobias ont le pouvoir de vous mettre à nu, de vous détailler comme si vous n’aviez plus aucune barrière à lui opposer.

Il prend ma main et la pose sur son membre. Je réalise qu’il a pris le temps de se couvrir pendant que je redescendais lentement de mon orgasme.

– Fais-moi entrer en toi…

Je déglutis, légèrement inquiète et il vient mordiller mon oreille.

– Fais-moi confiance Mia.

Son bassin bascule légèrement vers l’avant pour m’inviter à le laisser entrer, ce qui me décide enfin. Je le serre, et le guide lentement en moi, en sursautant quand son piercing force légèrement le passage. Oh mon Dieu, c’est comme s’il traçait une ligne qui irradie de l’intérieur… Il s’enfonce jusqu’à m’emplir complètement et s’immobilise entre mes jambes pendant que je respire lourdement, la tête renversée en arrière et le corps de nouveau tendu, prêt à rompre. Il donne une légère impulsion des hanches et le piercing frotte de nouveau contre mes parois intimes. Je gémis avec violence sous la sensation nouvelle et il est secoué d’un rire satisfait.

– Tu vas adorer ça… me promet-il dans le creux de l’oreille en se retirant complètement.

Puis il mordille mon lobe et bascule son bassin de nouveau, encore et encore… Plus fort, plus profondément, sans me laisser de répit, sans me laisser comprendre ce qui est train de m’arriver. Je suis clouée sous lui, haletante, accrochée à ses épaules, à son corps qui me brise en deux. Il remonte une de mes jambes sur sa hanche et passe le bras sous mon genou pour me maintenir collée contre son bas-ventre et m’ouvrir encore plus à ses assauts. Ma tête bascule de droite à gauche, se cambre en arrière en lui offrant l’accès à ma gorge, totalement submergée par les sensations de son corps sur le mien, en moi, dans tous les pores de ma peau… Il vient poser son front contre le mien, et nos bassins continuent de s’entrechoquer inlassablement. Nos peaux humides de sueurs glissent l’une contre l’autre, et mes ongles se plantent dans son dos, le griffent, le marquent. Je viens broyer sa taille entre mes cuisses alors qu’il accélère le mouvement, qu’il redouble d’ardeur entre mes jambes jusqu’à faire claquer nos corps dans un bruit obscène et érotique.

– Putain de merde…

Sa voix rocailleuse me fait haleter, alors que je n’arrive plus à parler. Ma gorge ne laisse passer que des sons désarticulés et je me laisse emporter au loin par cet homme sublime. Le haut de mon crâne heurte la paroi alors qu’il pousse plus loin, plus vite jusqu’à me faire crier quand la tension devient insoutenable et me fait exploser en un million de fragments vibrants. Il me rejoint tout aussi bruyamment quelques poussées plus loin en grondant dans mon cou, les doigts enfoncés dans ma cuisse, les dents plantées dans mon épaule.

Je reste silencieuse un long moment tandis qu’il retrouve une respiration normale dans le creux de ma nuque.

– Oh mon Dieu… j’articule enfin, sonnée.

Il éclate d’un rire léger et embrasse ma peau frissonnante.

– Tu peux m’appeler Tobias, ça suffira.

C’est à mon tour de rire, puis de gémir quand il se redresse pour se retirer complètement. Il enlève le préservatif et se lève pour le jeter avant de revenir s’allonger à côté de moi. Je me blottis avec délice contre lui quand il ouvre ses bras pour m’inviter à le rejoindre, ma tête sur son torse, la cuisse posée sur son ventre. Nous restons sans parler pendant quelques minutes, pendant que sa main joue avec mes cheveux. Je tente de prendre enfin la parole.

– C’était…

– Hmmm ?

Il baisse le visage vers moi tandis que je lève le mien, et j’hésite à lui répondre, un grand sourire aux lèvres.

– En fait je ne sais pas du tout ! je m’esclaffe finalement. Je m’attendais à tout sauf à ça.

– Première fois avec un Prince ?

Il hausse plusieurs fois les sourcils, le menton qui désigne son pénis, en souriant comme un enfant et mon hilarité reprend de plus belle.

– Oh putain Tobias, tu m’as tuée…

Il m’embrasse, visiblement fier de lui. Je soupire de bien-être quand il joue légèrement avec ma langue et finit en mordillant ma lèvre inférieure. Il embrasse comme un Dieu, sérieusement. C’est comme s’il essayait de faire l’amour avec un simple baiser, et le simple contact de ses lèvres envoie des décharges dans le creux de mes reins.

– Comment est-ce qu’un fils de pasteur a bien pu apprendre à embrasser comme ça ? je souffle contre sa bouche quand il s’écarte.

– C’est réellement la seule chose qui te fait tiquer chez moi ? répond-il dans un murmure, manifestement amusé.

Je plisse les yeux, joueuse.

– Non. Ton pénis percé est encore plus intrigant…

Il hausse les sourcils.

– On m’a déjà dit « performant », « efficace », « orgasmique » …

Il se rapproche de moi pour coller son nez contre le mien

– « Apetissant » même parfois…

Je lui souris, mutine.

– Mais « intriguant », ça, jamais, il finit dans un rire rauque.

– Il faut bien une première fois à tout.

Il se contente de me faire un clin d’œil, comme il a l’habitude et je baisse les yeux vers lui. J’ose même le prendre dans ma main pour le soulever et regarder plus facilement le bijou qui me captive.

– OK, je ne résiste plus : comment tu t’es retrouvé avec un piercing au pénis, sérieusement ?

Il éclate de rire quand je saute du coq à l’âne, et pose sa main sur la mienne pour faire glisser la peau et me permettre de mieux voir.

– Un pari avec un pote.

– Un pari ? tu te fous de moi…

– Véridique. En première année, il se vantait d’aller en soirée chez Paris Hilton, je me foutais de sa gueule en pensant qu’il racontait de la merde. Et un jour j’ai eu le malheur de lui dire que s’il réussissait un jour à nous faire entrer, je me faisais un piercing au pénis.

– J’en déduis que tu as vu Miss Hilton en vrai…

– Bingo.

J’éclate de rire à son air contrit et le lâche par la même occasion pour glisser ma main sous mon menton et le regarder.

– Comment ?

– Son frère était le coach sportif de la star, il nous a emmené avec lui à une soirée chez elle. Aussi simple que ça… Le lendemain ce connard m’emmenait dans un salon de tatouage pour me faire percer. C’est là que j’ai découvert Jesŭs.

– Hein… quoi ?

– Le tatoueur s’appelait Jesŭs, il explique un sourire en coin.

J’éclate à nouveau de rire.

– C’est lui qui t’a tatoué ?

– Oui, il était mexicain et un fervent catholique. Quand j’ai vu le tatouage de la vierge marie sur son épaule ça m’a fasciné. J’avais toujours trouvé les tatouages cool mais ça n’allait pas avec l’image que j’avais à l’époque. Le gamin de la campagne, élevé dans une chapelle…

– Ça a bien changé.

Il baisse les yeux vers moi et un sourire satisfait s’étend sur ses lèvres.

– Lui ressemblait à un biker dangereux, reprend-il ; avec veste en cuir, piercing, tatoué de partout, et au final il allait à l’église tous les dimanches. Je lui ai posé des questions, on a discuté de religion pendant un long moment et finalement après le passage à l’acte « fatidique » j’ai repris rendez-vous pour me faire tatouer une croix dans le dos. Je n’ai plus arrêté depuis…

– Je vois ça… je commente en glissant le bout de mes doigts sur les dessins de son torse.

Il me laisse faire, les paupières à demi baissées. J’en profite pour effleurer la clef ancienne qui m’avait fait frissonner quand je l’avais vue pour la première fois.

– Tout ça grâce à un piercing au pénis donc ?

– Entre autres, il ricane. J’ai accepté de le faire en pensant que je l’enlèverai plus tard, mais finalement j’ai tenté de coucher avec une fille après avoir cicatrisé pour voir… Ça a été un truc de dingue, autant pour elle que pour moi, alors j’ai décidé de le garder.

– Qu’est-ce qui avait changé ?

Il semble réfléchir à la question en me détaillant d’un regard tranquille, puis il vient saisir ma cuisse pour la ramener contre lui et me serrer un peu plus. La simple friction de mon corps encore sensible me fait tressaillir. Il le remarque et son sourire s’élargit.

En même temps que le reste de son corps…

– Disons que ça donne une « plus-value », surtout dans certaines positions…

Ma respiration s’accélère alors qui tend sa jambe pour venir appuyer là où mes sens s’échauffent.

– Quelles positions ? je demande dans un souffle.

Il me hisse lentement mais fermement sur ses hanches et je finis à califourchon sur ses cuisses, les mains appuyées de part et d’autre de son visage. Il ne parle toujours pas et je plisse les yeux vers lui.

– Ouiiii ?…

D’une simple pression de ses paumes sur mes fesses, il me fait lentement glisser de bas en haut, sans me quitter des yeux, et j’ai un soubresaut quand son piercing vient appuyer sur le petit point nerveux qui me fait monter si souvent au plafond. Je tousse et me racle la gorge en fermant les yeux sous la sensation.

– OK, OK… J’ai pigé le truc…

Ce bijou est définitivement magique !

– Ce n’est pas tout.

Il a la voix enrouée et se redresse lentement pour me murmurer à l’oreille toutes les choses qu’il compte me faire dans les prochaines heures. En moins de deux secondes, je suis basculée sur le ventre, et il vient s’appuyer de tout son poids sur mon dos, pour m’embrasser furieusement les épaules, la colonne vertébrale, et me faire découvrir de nouveaux horizons…

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