Too Young

Margot D. Bortoli · Chapitre 31 sur 54

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Too Young

Chapitre 28

 

« They don't know 'bout who we are

They don't know 'bout you and I

They ain't know 'bout the stars of your eyes

Oh hot blood love is gonna get ya… »

« Ils ne savent pas qui nous sommes

Ils ne savent pas à propos de toi et moi

Ils ne savent pas non plus pour les étoiles dans tes yeux

Oh, sang chaud, l’amour va t’attraper… »

J’observe discrètement Tobias alors qu’il s’entraîne sur l’aire de jeu avec « Hot Blood » de Kaleo en fond sonore, tout en m’étirant. Le footing matinal trois fois par semaine est une excellente excuse pour nous retrouver sans attirer l’attention. Sauf quand il y a des personnes déjà présentes. Comme les jumelles ce matin. Elles ont insisté pour nous accompagner et honnêtement ça me fait royalement chier. J’adore les filles, je les ai connues bébé, mais là je suis obligée de ronger mon frein et de l’observer à la dérobée alors que ses sœurs s’étirent avec moi…

– Alors Mia, comment va ta vie amoureuse ? demande brusquement Abbie en me faisant un clin d’œil.

– Quoi ?

Je sursaute en tournant les yeux vers elle. Un sourire angélique illumine son visage et je me sens devenir légèrement rouge. Deux paires d’yeux bleus me fixent en souriant et j’ai presque l’impression d’être accolée au mur.

– Ma « quoi » ? je reprends en riant pour détourner la conversation.

– Personne en ce moment ? demande Anna en se penchant sur sa jambe tendue quasiment à la verticale sur la poutre métallique de l’abri qui couvre l’aire de pique-nique, un grand sourire aux lèvres.

Purée elle est sacrément souple. Mais en même temps elle a dix-neuf ans, elle et sa sœur ont été co-capitaines de l’équipe de cheerleaders dans le même collège que moi. Ça plus le fait qu’elles ont onze ans de moins que moi… OK. Je viens de me prendre un nouveau coup de vieux, comme si le fait de sortir en secret avec un homme de vingt-deux ans n’était pas assez efficace pour me rendre compte de mon âge. Il y a deux jours je me suis gentiment moquée de lui en le comparant à Al de Code Quantum en tombant sur une photo de lui, dans sa chemise bariolée, cigare aux lèvres et concentré sur son téléphone, et il a froncé les sourcils en me demandant qui c’était.

J’ai hésité à le gifler ou à aller m’acheter un déambulateur.

– Et non, personne. Mais en même temps je sors à peine de dix ans de relation alors l’idée de me remettre en couple ne m’intéresse pas trop.

Je mens sacrément bien, dis donc.

– Ah mais je ne parlais pas d’une relation « sérieuse », je parlais juste de plan cul.

Je m’étouffe presque en l’entendant dire « plan cul ». Mais merde, les enfants Millers ne sont pas censés rester vierges jusqu’au mariage ? C’est logique quand on a un pasteur comme père, non ?

– Abbie !

– Quoi ?

– Mais enfin… je… et avec votre père qu…

– Ah ! s’exclame Anna, non ne t’inquiète pas, papa est assez ouvert là-dessus. Il était loin d’être un saint avant de devenir pasteur en même temps. Il nous a toujours dit que nous étions libres de faire nos choix, mais seulement si nous savions prendre nos responsabilités.

– Traduction en langage pastoral : mettez des préservatifs les filles, et ne me dites rien, je ne veux pas savoir ! rigole Abbie.

Je ris d’incrédulité. Je pensais connaître mes voisins mais finalement je réalise que je ne sais presque rien de cette famille. Je connais le passé dissolu du pasteur Miller, ancien junkie qui a découvert Dieu en cure de désintox et s’est rangé par la suite en devenant pasteur, il s’en sert assez souvent dans ses sermons, mais avec le côté vieux jeu de Judy, je pensais que les enfants seraient aussi bigotes et prudes qu’elle. Résultat : je me suis royalement plantée. Et pourtant je suis bien placée pour le savoir…

– Regarde le faire son beau… murmure Anna en secouant la tête, un sourire moqueur aux lèvres.

Abbie ricane et je tourne la tête pour voir Tobias faire des tractions d’une main. Oh merde, il est à tomber… Je me retiens de continuer à l’admirer et tourne le visage en plaquant un air blasé sur mon visage.

– Les garçons… je ricane en les regardant.

J’ai un léger mouvement de recul quand je m’aperçois qu’elles me fixent toutes les deux en souriant.

– Ça va les filles ? je demande, mal à l’aise.

Elles sourient largement et Abbie regarde furtivement son frère avant de venir s’asseoir sur la table sur laquelle je m’appuie pour étirer mes cuisses.

– Ça va. Tu sais tu peux le mater plus librement, on a l’habitude que notre frère fasse tourner les têtes des filles.

– QUOI ?

Je hurle presque, si bien que je vois du coin de l’œil Tobias qui fronce les sourcils vers nous et descend de son perchoir. Une boule se loge dans mon estomac, je suis pétrifiée, ce n’est pas possible elle ne vient pas de dire ça.

– Mais non, je le connais depuis qu’il est gamin, je vous connais tous depuis que vous êtes bébés mêmes ! je me défends tant bien que mal.

Anna rejoint sa sœur en s’asseyant à son tour et croise les bras en me souriant en coin.

– Peut-être, mais ce n’est plus un gamin maintenant…

– Oh bordel, je suis dans la quatrième dimension en fait, c’est ça ? je murmure effarée en les fixant alternativement.

– Vous parlez de quoi ? demande Tobias en arrivant derrière moi.

– DE RIEN ! je m’écrie en les suppliant du regard.

– De toi, répondent-elles en même temps que moi.

Je ferme les yeux et je sens mon visage devenir cramoisi.

– En mal, j’espère ! plaisante-t-il.

Je me force à rouvrir les yeux pour retrouver un visage normal et le regarder le plus normalement possible.

– Toujours. Tu nous connais enfin ! s’exclame Abbie en mimant l’effarement.

Il lui fait un clin d’œil et vient lui ébouriffer les cheveux. Elle grogne en se dégageant.

– Tobie putain ! On ne fait pas ça aux filles !

– Pourquoi ?

– Tu sais le temps qu’il m’a fallu pour me lisser les cheveux ?

– Autant que le temps qu’il t’a fallu pour rembourrer ton soutien-gorge ?

– Oh c’est mignon, il se voile encore la face après toutes ces années en pensant qu’on n’a pas de poitrine, se moque Anna en lui faisant la moue.

Je les observe, légèrement amusée malgré mon malaise, alors qu’il se venge en lui ébouriffant les cheveux également. Elle râle et le repousse.

– Sans déconner Tobie, il faut vraiment tout t’apprendre sur les filles ! Tu. Ne. Touches pas. Les cheveux !

– J’ai eu des avis contraires… prononce-t-il d’une voix suave avec un sourire.

Elles miment l’écœurement et je pouffe en saisissant ma bouteille d’eau pour boire une gorgée.

– Merde, Mia, je ne pensais pas que tu étais du genre à te faire attraper par les cheveux… souffle Abbie en me regardant les yeux écarquillés.

Je m’étouffe dans ma gorgée et recrache brusquement toute l’eau contenue dans ma bouche en crachant presque mes poumons au passage dans une quinte de toux. Quoi ? Quoi ? QUOI ?

Je lève le visage vers elles, le cœur battant, et je vois Tobias se figer à côté de moi.

– M-mais, de quoi tu p-parles, enfin ? je demande, totalement paniquée.

Elles se collent bras contre bras et nous observent en souriant, l’un après l’autre.

– Vous nous prenez vraiment pour des idiotes ? s’exclame Abbie.

Je deviens livide alors que leur sourire s’agrandit. Je ne regarde pas Tobias mais je l’entends rire doucement, le salaud ! Il ne cherche même pas à démentir !

– La prochaine fois que vous baisez presque sur les tables de pique-nique en plein orage, pensez à vérifier que vous ne connaissez personne aux alentours, nous sermonne gentiment Anna.

– Oh mon Dieu… je gémis en attrapant ma bouteille avant de fuir comme une lâche.

Mais je ne vais pas loin, Tobias crochète son doigt dans mon legging et me tire de force vers lui.

– Tobias, putain ! je grogne alors qu’il passe son bras autour de ma taille.

Je le repousse des deux mains mais il me tient fermement contre lui.

– Mia, laisse tomber, elles nous ont vus, rétorque-t-il en riant presque.

Il est tellement serein à l’idée de savoir que ses petites sœurs nous ont surpris en pleine action que ça me choque presque, parce que je me souviens parfaitement que cet instant était loin d’être chaste et mignon… J’avais fini assise sur la table, les jambes autour de sa taille à lui dévorer la bouche sans pudeur.

– On était retranchées sous l’aire de jeu avec des amis, confirme Anna en me souriant largement.

– Je veux mourir… je me lamente en me cachant le visage alors qu’il éclate franchement de rire.

Sérieusement Mia…

Je le sens glisser une main sur ma nuque d’un geste possessif et je me tortille pour lui échapper.

– Elle a du mal avec l’idée d’être une cougar, plaisante-t-il sans honte.

Je le frappe sans ménagement avec ma bouteille et il recule en riant, peu impressionné.

– Mais ferme ta grande bouche Tobias Miller ! je m’écrie en continuant à le frapper alors qu’il recule, un grand sourire aux lèvres.

Je tente une nouvelle fois de lui faire mal mais il me maîtrise en emprisonnant la main qui tient la bouteille, et en la tordant dans mon dos, si bien que je me retrouve collée contre lui, le visage à quelques millimètres du sien alors qu’il plonge ses yeux verts dans les miens. Je déglutis en écarquillant les yeux, il ne compte quand même pas m’embrasser devant elles ? je panique en regardant aux alentours, certaines qu’il y a des personnes qui nous verront.

– Hey Mia, t’inquiète, on s’en fiche de votre différence d’âge ! s’écrie Anna.

– Et promis on ne dira rien ! renchérit Abbie.

– Tu vois ? murmure Tobias.

Je n’ai pas le temps de répondre qu’il m’embrasse sauvagement sous les hurlements de dégoût de ses petites sœurs. J’essaie de le repousser de ma main libre mais il la bloque entre nous en glissant son autre main derrière mon crâne. Je suis obligée de lui mordre la langue pour qu’il accepte enfin de me libérer en riant de plus belle. Je lui file un ultime coup avec ma bouteille en hurlant presque.

– Putain TOBIAS !

Il m’envoie un baiser dans le vide avec un clin d’œil sans répondre et je souffle d’exaspération.

– Yes Mia ! Vas-y met lui sa misère !

– Il le mérite !

Je ferme les yeux, désespérée de la tournure des évènements. Je n’avais pas prévu de me donner en spectacle aujourd’hui. Vraiment pas. Mais force est de constater que les rires des jumelles sont communicatifs parce que je me retrouve à sourire malgré moi et à me retenir de rire avec elle en pressant le creux entre mes sourcils pour faire passer le début de migraine. Je relève le visage vers Tobias et le fusille du regard mais il s’en amuse plus qu’autre chose et je me surprends à pincer les lèvres pour ravaler mon sourire.

– La prochaine fois que tu m’embrasses sans ma permission, Miller, je te jure que tu t’en souviendras.

– Tu vas faire quoi ? me défie-t-il. Me punir ?

– Peut-être…

Son sourire s’agrandit et il se rapproche de moi pour répondre dans un murmure.

– J’ai toujours adoré être puni par vous, mademoiselle Anderson…

Je secoue la tête en souriant à moitié et le repousse des deux mains avant de faire face à notre public.

– OK, les filles, écoutez… Rien de tout ça n’était prévu d’accord ?

– Oh, tu veux dire que tu n’avais pas prévu de te taper notre frère quand tu le gardais alors qu’il avait dix ans ? Comme c’est étrange… se moque Anna.

Je lève les yeux au ciel et je sursaute presque quand Tobias laisse glisser sa main sur ma hanche en passant derrière moi.

– Mia est paniquée par le regard des gens, explique-t-il en s’asseyant à côté de ses sœurs comme si tout était normal.

Je suis debout face à eux trois qui me regardent, sereins, et j’ai l’impression d’être au tribunal. Sauf que cette fois-ci, je suis la juge, le procureur et l’accusé. Je m’incrimine toute seule comme une grande alors qu’ils agissent normalement.

Et je suis censée être l’adulte.

– Mais vous êtes en couple ou c’est juste du cul ? demande Abbie en nous fixant alternativement.

Mon estomac fait un looping et j’ouvre la bouche mais aucun son n’en sort. Je ne sais même pas quoi répondre à cette question… Il plisse légèrement les yeux en m’observant avant de prendre la parole à ma place.

– Tranquille Ab’, ça ne fait pas longtemps. On laisse couler et on verra plus tard.

Elles hochent la tête alors que je le fixe. Il m’observe intensément sans bouger et je me sens mise à nu par son regard. Ça me rappelle à quel point cette relation est incroyable, grisante, mais bancale. Il a suffi de quelques jours pour nous faire surprendre et ça m’a mis dans tous mes états. Qu’est-ce que ce sera si ses parents le découvrent ? je sens la nausée me prendre et je dévie le regard vers les jumelles.

– On peut compter sur votre discrétion ? je leur demande, anxieuse.

Je vois Tobias hausser un sourcil du coin de l’œil, mais il m’est adressé. Elles sourient et font la moue. C’est assez fascinant à regarder, Abbie et Anna ont toujours eu les mêmes réactions au même moment, comme là. Elles ne se regardent pas, ne se consultent pas et pourtant elles font tout à l’identique comme si elles étaient face à un miroir.

– Ça dépend de…

– … ce qu’on a en échange ?

Là encore, l’une a fini la phrase de l’autre. Je plisse les yeux en penchant la tête. Les jeunes sont filoutes mais elles oublient un détail : moi aussi.

– L’assurance que Calista ne sortira jamais la photo de vous deux chez Mitch ?

Tobias fronce les sourcils et se redresse pour regarder ses sœurs. Qui ont subitement pâli.

– C’est dégueulasse ça Mia… gémit Anna.

– Vous avez commencé les filles, j’explique calmement.

L’année dernière, lors d’une semaine de vacances chez mes parents, je les avais retrouvées ivres mortes au bar de Mitch, accrochées au même garçon. Buccalement parlant. J’avais été assez tétanisée de les voir se le partager à tour de rôle mais Calista avait été plus rapide et les avait prises en photo avant que je ne l’en empêche. Les filles avaient été aveuglées par le flash avant de nous apercevoir. Et le moment avait été extrêmement gênant. Jusqu’à ce que j’embarque Calista de force parce qu’elle voulait les mitrailler de nouveau. Je la bénis aujourd’hui d’y avoir pensé parce que ça me fait un moyen de pression contre elles.

– De quoi elle parle ? questionne Tobias, suspicieux.

– Rien du tout ! s’écrient-elles en même temps.

Je souris en croisant les bras.

– C’est bon Anderson, tu as notre parole on ne dira rien, mais tu nous jures que Calista se taira aussi ? demande Abbie.

– Elle sera muette comme une tombe, je promets.

Je jubile assez d’avoir retourné la situation à mon avantage. Je suis de nouveau en position de force et la sensation que j’ai, lorsque je les vois se décomposer et comprendre que je suis en possession d’un atout dans ma manche, est grisante.

– Mia… menace Tobias en me regardant.

– Tu rêves Miller, c’est entre tes sœurs et moi. Et tant qu’elles garderont leur jolie bouche fermée, ça ne sortira pas.

– Tu es le démon Mia, grommelle Anna.

– Vous allez bien ensemble tous les deux, renchérit Abbie en plissant les yeux entre son frère et moi.

Je leur fais un clin d’œil avant de prendre ma bouteille.

– Je rentre, vous restez ici ou vous me suivez ?

– Et risquer de finir en enfer ? s’exclame Abbie en riant d’effroi.

– Certains ne s’en plaignent pas… je murmure d’une voix enjôleuse, en désignant Tobias d’un mouvement de tête.

Ce dernier hausse brièvement les sourcils, surpris par mon revirement, avant de secouer la tête en souriant légèrement, les yeux plissés. Les jumelles lèvent quant à elles les yeux au ciel avec une mimique écœurée. Je regarde rapidement autour de moi pour vérifier que nous sommes seuls et je pousse le bouchon jusqu’à aller embrasser langoureusement le tatoué en face de moi. Il semble un peu surpris quand je pose mes deux mains sur la table de chaque côté de ses hanches et me penche en avant pour m’emparer de sa bouche avant de jouer avec sa langue. Mais il se reprend et plaque rapidement une main sur l’arrière de mon crâne pour approfondir le contact. Je ronronne avec délice dans sa bouche avant de mettre fin à ce baiser dévastateur. Je ris doucement alors qu’il mord légèrement ma lèvre inférieure quand je m’éloigne de lui.

– C’est dégueulasse… se lamente Anna tandis qu’Abbie mime un vomi avec le doigt dans la gorge.

Je souris à Tobias en face de moi et il m’observe sous ses paupières à demi baissées, les commissures de ses lèvres à peines recourbées.

– Ça dépend pour qui, je rétorque, mutine.

Et je pars en courant pour rentrer chez moi sans attendre leur réponse.

Que M. Miller se débrouille avec ses sœurs pour le reste, j’ai déjà fait ma part du contrat en m’assurant de leur silence.

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