Too Young

Margot D. Bortoli · Chapitre 36 sur 54

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Too Young

Chapitre 33

 

– T’es sérieuse, là ? Grâce à lui tu t’es tapé une nuit d’enfer !

Calista souffle de façon larmoyante de l’autre côté de la table. Croyez-le ou non, mais finalement, après une prise de bec, Calista a fini en soirée torride à trois avec la fameuse Danny et son ami Malcom. Je ne sais vraiment pas comment elle fait. Moi je finis grelottante et frustrée sexuellement, et elle finit en plan à trois.

Game Over.

– Ok, OK, attaquer ton mec n’était peut-être pas la meilleure option pour te rallier à ma cause…

– Mais quelle cause Cal ? Parce que commencer en disant « ton mec commence à me taper sur le système » après avoir passé autant de temps à me jeter dans ses bras, avoue que c’est complètement stupide ! je m’exclame en riant à moitié.

Je sais qu’elle n’est pas méchante en disant ça mais parfois sa façon de parler peut être interprétée à tort et à travers. Je bois une gorgée de café en la regardant avec insistance par-dessus ma tasse pour qu’elle trouve une façon plus logique d’exprimer son opinion. Aussi logique que possible quand on s’appelle Calista Jones. Elle se contente de faire la moue en penchant la tête et me regarde comme une enfant prise en faute.

– Mais heuuu… tu ne vois que lui en ce moment ! avoue-t-elle enfin.

J’écarquille les yeux.

– Attends, tu me fais une crise de jalousie, là ?

– Oui, madame.

Je ne me retiens plus et éclate d’un rire sonore dans le café, en attirant les regards sur nous.

– Donc ma jalousie te fait rire.

Je me plie en deux sur la table en essayant de ne pas renverser mon mug rempli de café brûlant. Le froid est tombé rapidement sur Springville avec le début du mois d’octobre et nous nous sommes réfugiées dans ce café à la fin des cours de Calista.

– C’est toi qui me fais rire Jones ! tu es une gamine capricieuse qui va bientôt avoir trente ans !

– Calme-toi, chérie, je ne les ai pas encore.

– Petit bébé, tu crois encore que le père Noël va t’apporter une année de rab en dessous de la date fatidique pour les fêtes ?

Elle pince ses lèvres pulpeuses et ne répond pas. Si bien que j’en pose ma tasse de surprise.

– Ne me dis pas que tu es ENCORE allée t’asseoir sur les genoux du Père Noël ?

– On ne sait JAMAIS, OK ? s’exclame-t-elle dans un cri du cœur.

– Cal !

– Mi !

– Il y a cinq ans on s’est fait virer du centre commercial, et il y a une affichette avec ta photo dans l’entrée du magasin pendant les fêtes de fin d’année pour cause de possible exhibitionnisme devant mineurs ! Tu veux finir de nouveau en prison ou quoi ?

Elle rejette ma remarque d’un geste de la main.

– Mais non ! je ne suis pas bête ! Je suis allée à Mapleton cette fois enfin.

– Mais COMMENT ? On est en octobre !

– Ils ont ouvert un magasin exclusivement dédié aux décorations de Noël, je n’ai eu qu’à attraper au col un des vendeurs qui avait une barbe et le traîner de force dans la réserve pour lui demander d’exaucer tous mes souhaits… et plus encore, finit-elle en chuchotant avec un clin d’œil.

Je cligne laborieusement des yeux en la regardant. Cette fille est folle. Et irresponsable. Je ne sais même pas comment elle peut continuer à enseigner après toutes les frasques qu’elle a commises. Heureusement que son père est maire de la ville…

– Tu es une grande malade.

– Oui mais je suis TA grande malade.

– Pas sûr que ce soit un avantage.

– Coquine, tu sais bien que tu te serais embêtée sans moi. Le destin Mia, le destin…

Calista est née en avance un 25 décembre et moi en retard le 4 janvier de la même année. J’ai l’habitude de rigoler avec elle en disant qu’à dix jours près, si nous avions suivi les dates de naissance initialement prévues, nous aurions pu passer notre scolarité dans deux niveaux différents.

Voire même avec deux années d’écart.

Sa réponse principale : « Heureusement que j’ai accéléré, tu t’en serais beaucoup moins bien sorti sans moi. »

– Alleeeeeeez, supplie-t-elle en tendant les mains par-dessus la table pour prendre les miennes, une soirée filles, rien que nous deux ! Dans un club pour adultes, sans gamins ou autre voisins sexy en diable ! J’ai besoin d’une soirée seule avec ma copine…

– Ça ne fait qu’un peu plus d’un mois que je fricote avec…

Je regarde nerveusement autour de moi avant de baisser d’un ton pour finir ma phrase

– Avec « tu sais qui ». Et je suis rentrée il y a huit mois. Tu m’as eu pour toi toute seule pendant sept mois.

– Ça ne compte pas, tu étais déprimante.

J’éclate de rire sans pouvoir me retenir. Pas de délicatesse avec Elle. Cash, directe, et sans pitié pour moi. Au final je réalise que c’est sa façon de me brusquer qui m’a permis de remonter aussi vite la pente, si elle m’avait dorloté je serais peut-être encore en train de pleurer sur mon sort.

Et rien que pour ça, elle mérite amplement tout ce qu’elle me demande. Je prends néanmoins le temps de finir mon café sous ses yeux suppliants et sa moue de petite fille boudeuse avant de lui répondre.

– OK. Une soirée où tu veux, quand tu veux. Tout ce que tu veux bébé… je lui susurre d’une voix langoureuse.

Elle hurle de joie et se lève pour venir me serrer à m’en étouffer contre ses seins.

– Hey, je râle la boucle collée contre son pull, j’ai dit oui pour une soirée, pas pour une mort subite !

Elle m’embrasse avec force sur le haut du crâne avant de me libérer pour venir se rasseoir en face de moi.

– Pas encore chérie, mais ne t’inquiète pas, ça viendra… On sort demain soir ! Vendredi c’est la meilleure soirée sur Salt lake

Tout compte fait, vu son regard machiavélique, je ne suis plus si certaine d’en avoir envie…

***

– Tu vas porter ça ?

Je hausse un sourcil ironique en regardant Tobias dans le reflet du miroir de ma coiffeuse, alors qu’il est affalé sur mon lit, un bras replié derrière sa tête.

– Rappelle-moi depuis quand tu as un droit de regard sur ce que je porte ?

Ma remarque le fait sourire de façon énigmatique.

– Depuis que tu cries mon nom en plein milieu d’un orgasme.

Je lève les yeux au ciel en refermant mon tube de rouge à lèvres avant de me relever et de me tourner vers lui, le dos au meuble.

– On en a déjà parlé Miller, je ne « crie » pas ton nom.

– Bientôt… me promet-il avec un clin d’œil.

Je secoue la tête en souriant, c’est devenu son nouveau jeu, depuis son exposé sur les différents types de femmes au lit, il s’est mis en tête de me faire passer de la catégorie « gémisseuse » à la catégorie « crieuse ».

Et je prends un malin plaisir à me contenir juste pour le plaisir de le contrarier. Même si j’avoue qu’il met beaucoup d’ardeur à la tâche et que ça ne m’aide pas à tenir le cap. J’ai souvent envie de me laisser aller mais je sais aussi qu’il fera beaucoup trop le fier. De plus, les rares fois où je réussis à être seule avec lui se comptent sur les doigts d’une main, nos rencontres sont souvent furtives, dans nos voitures, rapidement et sans confort. Calista nous a prêté son appartement une ou deux fois pour des soirées mais depuis le Burning Man je n’ai plus passé une seule nuit entière avec lui et ça me manque. J’aimais me réveiller dans ses bras, dans son odeur.

Cette situation secrète est excitante mais aussi un peu lassante.

J’ai profité de la présence de mes parents au magasin pendant ma journée de congé pour lui dire de venir me tenir compagnie pendant que je me préparais pour ma sortie avec Calista. J’ai passé la majeure partie de l’après-midi avec mon amie pour faire les magasins et lui trouver une tenue « affriolante » selon ses termes. J’avais donc à peine une heure de libre à passer avec mon voisin. Pas question de sexe, j’apprécie juste sa présence dans ma chambre alors que je finis de me maquiller.

– Ça ne répond pas à ma question première : tu portes ça ce soir ?

Je baisse les yeux vers ma robe portefeuille rouge sombre et sur mes escarpins noirs. Cal a prévu d’aller dans une boîte de trentenaires sur Salt Lake, donc je me suis habillée en conséquence.

– Oui, pourquoi tu préfères quand je suis en jean et en chemise à carreaux ?

– Non. J’aime aussi. Tu fais plus adulte comme ça, plus « femme ».

Je souris à sa remarque, si j’en crois son regard sombre, mon côté « femme mature » n’est pas pour lui déplaire.

– Même si j’aurais préféré une paire de talons vernis…

Je pouffe à sa remarque et prends une pose de pin-up pour lever un de

mes talons noirs velours.21

– Peut-être mais celles-ci me font de plus jolies jambes et elles iront parfaitement avec mon trench en laine.

– Une robe, des talons, un trench… Il ne te manque plus que les bas avec la ligne derrière pour compléter le look de « femme fatale ».

Je souris malicieusement et avance vers ma commode pour prendre quelque chose dans un des tiroirs avant de me tourner de nouveau vers lui.

– Des bas couture comme ceux-là ?

Je déplie les bas devant ses yeux et il se redresse de façon imperceptible, visiblement intéressé par la suite des évènements. Je prends plaisir à avancer lentement vers lui et à retirer mes chaussures avant de poser un pied léger sur le matelas.

– Très bonne suggestion, Tobias… je chuchote en enfilant le premier bas.

Mes gestes sont paresseux et je prends le temps de faire remonter la dentelle de la jarretelle auto-fixante en relevant l’ourlet de ma robe sous ses yeux ténébreux. Il se redresse et se rapproche du bord du lit pour s’asseoir à côté de moi sans parler. Je souris quand il pose sa paume légère sur l’arrière de mon mollet en suivant la ligne de couture. Mais je retire ma jambe aussi vite et renfile ma chaussure avant de lever l’autre jambe.

J’admire son torse se relever plus rapidement quand j’enfile l’autre bas avec la même lenteur.

– Tu comptes tuer tous les hommes ce soir ? marmonne-t-il plus pour lui-même que pour moi, si je me fie à ses sourcils froncés et à son visage tendu.

– Qui sait ? je trouverais peut-être un trentenaire célibataire à attraper dans mes filets ?

J’ajuste la jarretelle devant son regard brûlant et laisse ma jambe en place cette fois-ci.

– Mets la chaussure et repositionne ta jambe sur le lit…

Je souris et obéis à son ordre rauque. Je ne pensais pas prendre autant de plaisir à m’habiller devant lui qu’à me déshabiller. Je laisse délibérément la robe s’ouvrir sur ma cuisse en reprenant ma position. Ses doigts rugueux à cause des cordes de la guitare glissent sur la ligne de couture avec lenteur et je sens ma propre respiration s’accélérer.

– Peut-être que ce trentenaire aura déjà un travail stable dans la finance comme moi… je rajoute pour le défier.

Ma petite pique provoque une réaction que j’espérais et il lève ses yeux perçants vers moi un quart de seconde à peine avant de tirer sur mon genou d’un coup sec me forçant à le chevaucher à moitié.

– Quoi d’autre ? me défie-t-il d’une voix basse, avec un sourire en coin.

Je pose mon second genou de l’autre côté de ses cuisses pour mieux me positionner sur lui et frissonne quand ses deux paumes chaudes viennent effleurer mes chevilles.

– Peut-être qu’il sera propriétaire… je souffle.

– Mmmh mmh…

Ses mains remontent avec douceur sur mes mollets avant d’englober mes cuisses plus fermement.

– Peut-être qu’il sera poli et bien élevé… je continue, le souffle court quand ses pouces franchissent la barrière de ma robe et que sa bouche se pose sur le renflement de mon sein.

– Et ? murmure-t-il contre ma peau

Ses doigts viennent défaire le nœud de ma robe et le petit bouton qui la tenait en place avant d’écarter les pans pour découvrir mon corps.

– Issu d’une bonne famille… je chuchote en haletant, mes doigts enfouis dans ses cheveux.

Ses mains enserrent avec rigueur ma taille alors que sa langue taquine mon sein à travers la dentelle de mon soutien-gorge, me provoquant des soupirs. Je ne tiens plus et tire sur son pull pour le forcer à l’enlever et pour pouvoir admirer ses tatouages.

– Une bonne famille tu disais ?

Je me cambre contre lui quand il écarte un peu plus ma robe et me serre dans l’étau de ses bras en continuant ses caresses diaboliques.

– Sûrement des gens civilisés et courtois… je renchéris, les yeux fermés et la tête basculée en arrière.

Je m’agrippe à l’arrière de sa nuque quand il me force à me coller contre lui d’un mouvement brusque, et à onduler contre son bassin.

– À bien y réfléchir ça ressemble à un mormon ce que je viens de dire… je murmure en souriant quand je le sens rire contre ma peau.

– Peut-être…

L’instant d’après il me soulève par les cuisses et avance doucement vers la coiffeuse avant de me poser dessus. Il relève ma cuisse et me force à poser un pied encore chaussé sur son épaule. Mes muscles tirent sous l’effort mais je ne dis rien et le laisse embrasser ma cheville, le souffle court.

– Peut-être qu’il te demandera d’éteindre la lumière quand vous ferez l’amour… chuchote-t-il en souriant en coin.

Il allume la petite lampe de bureau à côté de nous, nous éclatant d’une lumière chaude, puis descend le dos de ses doigts le long de mon ventre frémissant jusqu’à la jonction entre mes cuisses. Je suis sa main des yeux, la respiration saccadée.

– Peut-être qu’il te demandera de ne pas faire de bruit en jouissant…

Ses doigts me caressent sans prévenir, de façon brusque, et m’arrachent un gémissement sonore. J’ai à peine le temps de me remettre de son intrusion qu’il me force à descendre de la table avant de me tourner et de m’appuyer sur le creux du dos pour que je me penche en m’appuyant dessus.

– Peut-être qu’il te prendra uniquement en missionnaire… Comme un croyant bien élevé…

Je ris doucement entre deux respirations courtes quand il repousse la robe pour découvrir mes fesses habillées également de dentelle, et remonte la paume le long de ma colonne vertébrale jusqu’à l’enfouir dans mes cheveux lâchés pour me forcer à tourner le visage vers lui.

– Peut-être qu’il se contentera d’un baiser chaste avant de te souhaiter bonne nuit en se tournant de l’autre côté du lit…

Sa bouche fond sur la mienne et il m’embrasse rudement, en mordant ma langue.

– Peut-être qu’il ne considérera la fessée qu’en cas de châtiment corporel.

Je sursaute en souriant quand sa paume s’abat sur ma fesse dans un claquement sonore.

– C’est que je suis vraiment une vilaine fille… je réponds dans un chuchotement.

– Une très vilaine fille, mademoiselle Anderson… confirme-t-il dans un sourire avant de fondre de nouveau sur ma bouche tout en baissant ma culotte d’un geste impatient.

– Mia chérie ?

Mon estomac se rebelle quand la voix de ma mère retentit depuis l’entrée de la maison.

– Oh merde, je prononce sans bruit en écarquillant les yeux face à Tobias, immobile.

En réponse il sourit de plus belle et continue de descendre mon sous-vêtement sous mes yeux horrifiés.

– Non ! Non non non ! Tu rêves ! Dégage, Tobie !

Je le bourre de coups pour me libérer de son emprise et il recule de bonne grâce en rigolant. Je tente de me rhabiller avec des gestes maladroits tandis qu’il me regarde en souriant sans esquisser le moindre geste vers son pull.

– Rhabille-toi imbécile !

– Mia tu es là mon ange ?

– Oui maman ! je finis de m’habiller pour ce soir, je réponds d’une voix forte. Putain Tobias met ton pull ! je rajoute d’une voix sifflante.

Il se pince les lèvres pour ne pas rire et lève les paumes en signe de résignation avant d’enfiler son haut et de se réajuster.

– Merde qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? je marmonne, paniquée.

Je jette un regard à mon reflet et écarquille les yeux, horrifiée. Mes cheveux sont ébouriffés, et mon rouge à lèvres est étalé autour de mes lèvres gonflées. Quand j’observe Tobias, je remarque les traces de rouge à lèvres sur ses propres lèvres enflées.

– Oh non… je souffle. Il faut que tu te caches Tobias, ce qu’on vient de faire est trop flagrant !

– Relax Mia.

– Non ! je ne suis pas relax ! je le gronde en m’essuyant tant bien que mal la bouche avec une lingette démaquillante.

Je lui en tends une et il l’observe en fronçant les sourcils.

– Nettoie ta bouche !

– Pour quoi faire ?

Je ferme les yeux en soupirant, en prise à une crise de panique.

– Parce que je ne veux pas que ma mère l’apprenne comme ça !

Ma réponse le fait rire et il se nettoie rapidement avant de venir poser un baiser chaste sur ma joue.

– Détends-toi, je vais disparaître. J’ai besoin d’une douche froide de toute façon…

– Je peux rentrer dans ta chambre ma puce ?

Mon cœur manque un battement en entendant ma mère monter les escaliers et je fixe Tobias d’un regard épouvanté.

– Je suis en train de m’habiller maman ! je m’écrie pour la retenir.

– Ça va je t’ai fait naître quand même…

Oh mon Dieu, c’est un cauchemar ! La nausée me prend quand es pas de ma mère se rapprochent inexorablement de la scène improbable de sa fille seule avec le fils du voisin. Tobias me fait un clin d’œil et l’instant d’après il ouvre ma fenêtre pour évaluer la hauteur.

– Tu ne vas quand même pas… ?

Il ne me laisse pas finir ma phrase et monte souplement sur le rebord avant de m’adresser un salut militaire. L’instant suivant il saute et je me précipite à la fenêtre pour le voir atterrir avec agilité de l’autre côté de la barrière avant de rouler, pour finalement se relever comme si de rien n’était. Il me lance un baiser avant de s’éloigner vers la porte d’entrée de chez lui, les mains dans les poches, comme si de rien n’était.

J’exhale, effarée. Il aurait pu se tuer en atterrissant sur les poteaux de la barrière en bois cet imbécile !

– Mia ? Qu’est-ce que tu fais à la fenêtre ?

Je fais un bond à la voix de ma mère dans mon dos et referme rapidement les portes vitrées avant de me tourner vers elle, le cœur battant.

– Maman ! Tu m’as fait une de ces peurs !

Elle glousse en réponse et vient m’embrasser avant de lisser mes cheveux en bataille.

– Rassure-moi tu comptes un peu mieux te coiffer pour ce soir ? Si tu veux trouver un célibataire à attirer dans tes filets ce n’est pas avec cette tignasse que ça fonctionnera !

Je ris en repensant à la scène surréaliste qui vient de se passer, je parlais justement de l’homme parfait avec Tobias, avant que la discussion ne dérape totalement, jusqu’à ce que je manque de me faire surprendre par ma maman.

– J’y vais tout de suite.

Je m’assieds de nouveau à la coiffeuse pour lisser mes cheveux et me remaquiller correctement pendant que ma mère s’installe sur le lit et me raconte sa journée.

– J’avais de nouveau mal au dos alors ton père m’a dit de rentrer pendant qu’il ferme le magasin. Cet homme est un saint ! finit-elle après un bon monologue de quinze minutes sur les différents clients et connaissances qui sont passées la voir aujourd’hui.

Je souris en finissant enfin de me préparer, pour la seconde fois en moins d’une heure.

– Ah c’est mieux ! Tu es magnifique ma princesse !

Je rougis sous le compliment maternel et enfile mes perles aux oreilles en la remerciant.

– Et si tu mettais mon pendentif en nacre pour aller avec tes perles ? il tomberait parfaitement avec ton décolleté !

– Celui de Mamie Titi ?

– Oui ! je vais te le chercher ma puce, je reviens ne bouge pas.

Elle se précipite hors de la chambre, excitée à l’idée de la soirée, au moins plus que moi. Je soupire en me regardant dans le miroir, toute pomponnée. Je ne dis pas que je ne veux pas sortir avec mon amie, mais cette nuit les parents de Tobias sont absents. Ils sont partis rendre visite à une cousine de la famille en emmenant Jake avec eux. Tobias et les jumelles seront seuls jusqu’à demain soir.

J’aurais pu profiter d’une nuit entière avec lui…

– Voilà mon ange, m’interrompt ma mère en rentrant dans la chambre, je te le mets autou… DOUX JÉSUS !

Je fais volte-face vers elle quand elle s’écrie, immobile face à la fenêtre, les yeux écarquillés.

– Qu’est-ce qui se passe ?

Je me lève précipitamment pour suivre son regard et ouvre grand les yeux en voyant Tobias, torse nu et seulement vêtu d’une serviette drapée autour des hanches, en train de se frotter la tête avec une autre.

– Mais ce n’est pas vrai !

Je me précipite pour frapper à la fenêtre avant de l’ouvrir quand il sursaute en nous regardant.

Son sourire parle de lui-même alors qu’il ouvre également la sienne.

– Oui Mia ? Bonjour Sarah !

Ma mère bégaye un « bonjour mon petit » en réponse alors que je fulmine.

– La prochaine fois que tu fais un strip-tease, pense à tirer les rideaux Miller !

Je sais qu’il l’a fait exprès. J’en suis persuadée. Et je suis certaine d’avoir raison à cent pour cent !

Il sourit largement, penché au-dessus de son bureau.

– Au contraire, qui en profiterai sinon ?

Et sur ces paroles il se redresse en souriant de plus belle, se tourne légèrement et détache la serviette autour de sa taille de façon à nous dévoiler ses fesses de profil, tout en cachant son entrejambe. Ma mère pousse un hoquet de stupéfaction alors que j’ouvre la bouche, totalement sonnée par son culot. Je referme la fenêtre d’un geste sec et tire les rideaux en l’entendant éclater de rire.

– Il est impossible, nom de Dieu !

– Ne blasphème pas, Mia ! C’est le fils du pasteur enfin !

– Qui vient de montrer ses fesses !

– Je ne pensais pas qu’il était tatoué jusque-là d’ailleurs… murmure pensivement ma mère en observant les rideaux d’un air absent.

– Maman ! Il a vingt-deux ans !

– Et alors ?

Je lève les yeux au ciel, sonnée par le tour surréaliste que vient de prendre cette journée, j’enchaîne une session torride, un presque flagrant délit, une cascade, une conversation anodine, un strip-tease et des pensées inappropriées de la part de ma mère sur mon homme.

Tout ça en moins d’une heure.

Mon téléphone sonne l’arrivée d’un texto et je me précipite dessus. C’est Calista qui m’annonce qu’elle sera là dans cinq minutes.

– Tu crois qu’il est aussi tatoué sur… enfin sur le… du moins entre les…

Je pouffe à sa remarque en répondant à Calista.

– Non, maman.

Mes doigts s’immobilisent sur l’écran quand je réalise ma gaffe. D’ailleurs le silence dans la pièce me confirme que ma réponse n’est pas passée inaperçue.

– Je te demande pardon, Mia ?

Je rougis avec force en relevant les yeux vers le sourire amusé de ma mère.

– Enfin je ne sais pas, je n’en sais rien moi ! Mais je suppose qu’on ne tatoue pas sur le piercing ! je réponds précipitamment, le cœur battant.

Oh non…

J’en remets une couche.

– Le « piercing » ?

– Le pénis ! je voulais dire « LE PÉNIS ! »

– Prends-moi pour une idiote, Mia Anderson…

La sonnette met fin à ce moment gênant et j’attrape mon sac avant de courir presque hors de la chambre.

– C’est Calista, j’y vais, bisous, maman, bonne soirée !

– Non non non ! tu ne t’en sortiras pas com…

Sa voix se perd dans mon dos alors que je dévale les escaliers en manquant de tomber à cause de mes talons. Je suis essoufflée quand j’ouvre la porte à Cal.

– On y va ? je crie presque en me saisissant de mon manteau.

Et en la faisant sursauter au passage.

– Attends d’abord je dois faire pipi !

Je ferme les yeux, dépitée de voir le piège se refermer sur moi alors qu’elle entre et claque la porte, me coinçant ici.

– Bonsoir Sarah ! je vous laisse, je cours aux WC ! s’écrie-t-elle en gravissant l’escalier d’un pas rapide.

Je reste face à la porte, immobile, en attendant que ma mère finisse de descendre tranquillement les marches. Un long silence pesant suit son arrivée dans l’entrée et je ne fais rien pour le briser, en espérant qu’elle abandonnera la première. Mais c’est mal connaître ma mère.

– Mia ?

Je tressaille à sa voix douce.

– Non.

– Tourne-toi, Mia.

– Non.

Elle grogne presque, mais je sens le sourire dans sa voix quand elle reprend la parole.

– Ne fais pas l’imbécile, je ne vais pas te gronder si tu fricotes avec Tobias enfin !

Mes épaules s’affaissent et je baisse la tête, résignée.

– Donc c’est bien vrai…

Je soupire de façon ostentatoire.

– Qu’est-ce qui est vrai ? intervient Calista en nous rejoignant.

Il ne manquait plus que ça !

– Tu étais au courant pour Mia et le fils Miller ? lui demande ma maman, sans pitié pour moi.

– Vous rigolez ? Après tout le mal que je me suis donné pour la pousser dans ses bras ? BIEN SÛR que je suis au courant enfin ! Comment vous croyez qu’il a pu partir avec elle au Burning Man ?

– Caaaaal !

Je me retourne, furieuse, et m’immobilise face à leurs visages souriants.

– Ma chérie enfin… il n’y a aucune honte à avoir ! vous êtes majeurs tous les deux !

– C’est ce que je m’évertue à lui faire comprendre, renchérit mon amie en croisant les bras, mais votre fille est têtue. Elle est persuadée qu’on la portera au pilori si ça se sait.

– Sans déconner… je marmonne, je suis l’ancienne fiancée d’un homosexuel, et ensuite je traîne le fils du pasteur dans la débauche ? Ce n’est pas au pilori qu’on va me porter, mais au bûcher !

– Tu dramatises toujours tout ! rejette Calista d’un geste.

– Ma puce… commence ma mère en se rapprochant et en me prenant le visage dans ses mains, je te l’ai déjà dit, on s’en fiche de ce que les autres pensent…

– Toi peut-être. Mais je ne suis pas encore prête à repasser sous le feu des projecteurs aussi vite après ma séparation avec Derreck…

Ma voix plaintive prêche en ma faveur et elle acquiesce doucement.

– Je comprends. Mais les gens ne seront pas éternellement dupes. J’ai bien remarqué que la façon dont vous vous regardiez avait changé après votre retour du festival, et ça ne durera pas longtemps avant que le reste de la ville ou bien ton père s’en aperçoivent aussi.

Je grimace à cette idée.

– Ne lui dis rien pour l’instant, s’il te plaît…

– Promis, mon ange. Est-ce que tu es heureuse au moins ?

Je rougis légèrement à la question et souris avec timidité. Je ne réponds pas et me contente de hocher la tête, ce qui la fait sourire largement.

– Alors je suis comblée. Sors t’amuser ma princesse, va profiter de ta jeunesse !

Je soupire de soulagement, le cœur soudain plus léger d’avoir une personne en moins à qui mentir.

– Chef, oui, chef !

– Tu vois Mi ? Pas la peine d’en faire tout un plat !

– Na na na…

– Allez zou ! On sort entre filles pour une fois, loin de Tobias Miller et de ton attraction irrésistible envers lui !

Je lève les yeux au ciel et enfile mon manteau quand elle ouvre la porte.

– Mia ?

Je me retourne vers ma maman au moment de franchir le seuil.

– Oui ?

– Il faudra quand même que tu m’expliques cette histoire de « piercing » …

Je sens mes joues chauffer en devenant cramoisie.

– Nooooon ! Tu lui as parlé de son piercing au pénis ? S’exclame Calista à côté de moi, si bien que je deviens écarlate.

Je me retourne pour lui taper l’arrière du crâne en représailles alors que ma mère ouvre de grands yeux effarés.

– Au pénis ?

– Bien joué Jones ! je grogne à son intention alors qu’elle se frotte la tête.

– Quoi ? je ne pouvais pas savoir ! se défend-elle en grimaçant de douleur. Tu m’as flingué mon brushing merde !

Je prends une longue inspiration avant de refaire face à ma maman.

– On va y aller hein ?

– Mon Dieu… au pénis ? … On peut vraiment faire ça ?

– Cherchez « piercing Prince Albert » sur internet, lui indique Calista.

Ce qui lui vaut une nouvelle vengeance de ma part sur sa tête de linotte.

– Ouch ! Mais calme-toi, Anderson !

– Je me calmerai quand tu décideras de la fermer !

– Tu es sacrément tendue ce soir, qu’est-ce qu’il y a ? Miller fils ne t’a pas normalement fait grimper aux rideaux cinq fois d’affilée quand il est venu te voir ?

Je plisse les yeux quand elle ouvre les siens en grand, en réalisant son erreur.

– Et bien… le petit Tobias a bien changé apparemment, murmure ma mère dans le silence qui précède le meurtre de mon amie.

– Je te laisse cinq secondes d’avance… j’indique à Cal d’une voix lugubre.

– Bonne soirée Sarah ! s’écrie-t-elle en déguerpissant aussi vite vers sa voiture.

J’inspire un bon coup avant de me lancer à sa poursuite, mais avec mes talons et les siens, la tâche devient rapidement compliquée et je manque de faire des vols planés toutes les dix secondes en la coursant autour du véhicule. Cette poursuite devient du grand n’importe quoi et je m’étouffe de rire à force de rater les cascades.

– OK, OK ! je te laisse la vie sauve, je n’ai pas envie de me casser une jambe ! j’annonce d’une voix essoufflée en m’appuyant sur le capot.

– Juré ? demande Calista dans le même état.

Je prends le temps de retrouver un rythme cardiaque normal avant de me redresser en souriant.

– Promis ! Mais tu me dois au moins deux cocktails ce soir !

Elle soupire de soulagement et ferme les yeux.

– Merci mon Dieu, j’allais m’écrouler de fatigue !

– Tu vois que ça sert le footing ! je me moque.

– Pour te voir te bécoter toutes les cinq minutes avec le fils du pasteur ? Merci bien mais je passe mon tour.

J’éclate de rire et désigne la voiture.

– Allez va, tais-toi et emmène-nous à la grande ville loin du démon tentateur qu’est mon voisin !

– Ben, en parlant du démon justement… regarde qui se moque de nous depuis le pas de sa porte ?

Je me retourne pour voir Tobias, appuyé d’une épaule contre le chambranle, les bras croisés, en train de secouer la tête, visiblement amusé par notre course-poursuite.

– Ça devient pathologique cette manie de te regarder comme s’il allait te bouffer… râle Calista derrière moi.

Je glousse et jette un regard à ma mère qui n’a rien manqué de la scène. Mais pour une fois je ne panique pas.

Et ça me fait un bien fou.

Je peux enfin le regarder comme je le veux. J’en profite

Je lui souris comme le chat d’Alice au Pays des Merveilles et ouvre mon manteau en pivotant sur moi-même pour lui montrer ma tenue finale. Il hausse les sourcils à ma démonstration puis les fronce en regardant ma maman, un peu perdu. Elle lui répond avec un clin d’œil ce qui lui fait hausser les sourcils un peu plus haut, visiblement amusé. Quand il me regarde de nouveau ses yeux sont sombres. Il ne se cache plus non plus et me transperce du regard.

J’interprète d’ailleurs ça comme un « n’oublie pas que tu es à moi Mia… », qui me fait frissonner de la tête aux pieds.

– Ça va là, vous avez fini de vous baiser des yeux ? s’écrie Cal dans mon dos depuis la place du conducteur.

Sa réplique me fait éclater de rire et je cache mon visage dans mes deux mains.

– On y va oui ou non ? Miller arrête ça tout de suite !

Tobias simule une mimique stupéfaite et se désigne du doigt comme s’il n’était pas certain qu’elle s’adressait à lui.

– Oui TOI ! Espèce de démon tentateur ! Tu me laisses ma copine ce soir ! Elle est À MOI !

Il rit doucement et s’avance vers la rue.

– On discutera de ce détail plus tard, Jones, répond-il.

– Ah non ! Mia !

Je n’ai pas le temps de dire « ouf » qu’elle me tire par la main et referme la porte sur moi en faisant crisser les pneus.

– Doucement ! je râle en attachant ma ceinture avec précipitation.

Mais à peine démarrée, la voiture s’immobilise dans un freinage violent quand Tobias déboule devant.

– Sérieusement ? Tu es un malade Miller ! J’aurais pu te transformer en purée ! crie-t-elle en sortant la tête par la fenêtre.

– Deux minutes Calista, demande-t-il en faisant le tour du véhicule pour venir de mon côté.

J’ouvre la fenêtre et me penche par-dessus la portière alors qu’il s’appuie des mains au même niveau. La rue est déserte, et à part ma mère et Calista, personne ne risque de nous surprendre. J’ai croisé les jumelles en train de faire du shopping et le reste de la famille Miller est déjà parti.

– Dis-moi Mia, si je t’embrasse là, est-ce que ta mère m’arrachera les yeux ?

Je ris doucement et secoue la tête.

– Non.

Ma réponse le fait sourire mais il reste immobile et continue de me défier du regard.

– Est-ce qu’elle sera surprise ?

Je me mords les lèvres pour ne pas rire et secoue de nouveau la tête.

– Non plus.

Ses yeux se plissent de malice et en moins de deux secondes, sa bouche s’abat sur la mienne pour me donner un baiser étourdissant qui me fait soupirer quand il me relâche.

– Allez, amusez-vous bien les filles…

– ENFIN ! s’écrie Calista, éloigne-toi de la voiture Miller, que je puisse faire crisser les pneus.

Il éclate de rire et tape sur le toit en reculant de deux pas, avant que Calista ne démarre en trombe sous mes hurlements de joie.

 

21 Je conseille « Black Velvet » d’Alannah Myles en fond sonore.

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