Too Young
Chapitre 35
Je me gare dans une rue adjacente pour éviter de me faire repérer si jamais une connaissance de mes parents passait dans le coin. J’inspire lentement en coupant le contact. Mes mains sont fébriles et mon bas-ventre se tord d’anticipation. J’ai le cœur qui bat à cent à l’heure putain… Ma tête se pose contre l’appui-tête, et je ferme les yeux pour tenter de calmer le mélange d’émotion qui se bouscule à la porte. Une opportunité pareille ne se représentera pas deux fois. C’est déjà assez compliqué de se retrouver, et après notre mini « lune de miel » au Burning Man, le retour à la réalité, avec nos chambres respectives chez nos parents a été difficile. Le savoir si proche mais pourtant si loin me rend folle. Parfois je me demande si cette passion qui a pris forme entre nous ne vient pas seulement de cette notion d’interdit et de secret. Peut-être qu’en étant un couple officiel, l’ardeur et la fièvre ne seraient pas aussi fortes…
Et ensuite je me pose la question suivante : est-ce que j’en ai réellement quelque chose à faire ? Je m’en fiche de savoir si ce serait différent, Tobias me rend folle, me fait vibrer et me sentir vivante. Alors je m’en fous.
J’inspire une dernière fois et je sors de la voiture. Je coupe par les jardins pour atteindre la porte de la cuisine des Miller. Je sais où ils rangent leurs clefs, et je déverrouille silencieusement la moustiquaire, puis la porte arrière. La maison est plongée dans le noir et silencieuse. Peut-être qu’il dort déjà. Il est minuit passé. Je souris largement, le réveiller avec son fantasme pourrait être plus que mémorable… Mais en grimpant les escaliers, les accords de « Shape of my Heart » de Sting me parviennent, légèrement assourdis. Sa voix chaude se pose dessus et je m’immobilise au milieu des marches, les yeux fermés.
Là c’est ma poitrine qui se serre doucement. Mon corps réagit quand je pense à lui, mais mon cœur aussi… Je reprends mon ascension, sans bruit.
Arrivée derrière la porte de sa chambre je suis à bout de souffle et la montée des marches n’y est pour rien. J’appuie sur la poignée et la guitare se stoppe quand j’ouvre doucement le battant.
– Mia ?
Il me regarde, surpris, mais je ne réponds pas. Je l’admire alors qu’il est installé dans sa chaise de bureau, face à la porte, seulement vêtu d’un jean qui a vu des jours meilleurs. Ses colliers à grigri reposent sagement sur le haut de son torse dénudé et ses cheveux sont humides. Il sort sûrement de la douche. Je referme la porte derrière moi et avance avec lenteur vers lui. Je jette mon sac et mon manteau sur le lit en le dépassant, et m’immobilise face à lui.
Il reste assis et lève les yeux pour sonder les miens. Je lui adresse un petit sourire avant de dénouer le lien de ma robe portefeuille. Elle glisse avec légèreté sur mes épaules pour venir tomber en corolle à mes pieds. Son souffle s’accélère et il vient poser sa guitare par terre, le manche contre son bureau avant de me faire de nouveau face. Je remarque avec satisfaction que ses mains tremblent un peu, et mon assurance augmente considérablement. Je déclipse ensuite l’attache de mon soutien-gorge, toujours sans aucun bruit, et les bretelles frôlent à peine mes bras en tombant pour rejoindre ma robe à terre. Son regard descend sur ma poitrine, le souffle court, et il humidifie ses lèvres en admirant mes seins gonflés et impatients.
Nouvelle satisfaction personnelle de Mia Anderson.
Je souris en me rapprochant et en le forçant à écarter les genoux avec le mien. Il se laisse faire volontiers, les mains sagement posées sur les cuisses. Quand je m’agenouille devant lui, ses yeux deviennent sombres, et le léger sourire qui flottait sur son visage disparaît.
Il vient de comprendre que les choses sérieuses commençaient.
Oh oui, Tobias. C’est maintenant que je vais te faire grimper aux rideaux…
Je remonte mes mains le long de son bermuda pour venir défaire le bouton et la fermeture Éclair qui le retiennent encore prisonnier. Je le libère de son carcan de tissu et ses abdominaux se contractent quand je le frôle enfin. Peau contre peau.
Nos regards sont ancrés l’un à l’autre et je ne le quitte pas des yeux en me penchant sur lui pour enfin donner vie à son fantasme. Il me suit, avide de mes moindres faits et gestes, de la moindre perception de ma respiration contre lui. Puis la sensation de ma bouche le fait sombrer. Ses yeux se ferment, sa tête bascule en arrière, son souffle devient erratique et sa main se crispe dans mes cheveux. Il pourrait m’imposer un rythme, mais me laisse maîtresse de tout. Je le savoure, le déguste, le taquine, je prends un plaisir indescriptible à le sentir trembler sous ma bouche.
Soyons honnête, faire une fellation n’apporte rien de particulier, si ce n’est la satisfaction ultime de mettre un homme à genoux. Même si c’est moi qui suis à genoux, je ne me sens pas soumise et encore moins diminuée. Je tiens les rênes, je décide si je veux le faire monter vite, lentement, faire durer les choses et le torturer ou bien y mettre un terme. Et Tobias me fait confiance. Il m’a abandonné son corps, et me laisse jouer avec lui. Et ça me rend folle. J’ai envie de lui faire oublier toutes celles qui m’ont précédée, de m’imprimer dans son esprit de façon indélébile. De lui laisser une marque impérissable.
Alors je fais tout pour.
Et sa respiration accélère, ses gémissements deviennent de plus en plus sourds, se transforment en grondements de satisfaction charnelle, ses doigts plantés dans mon crâne m’incitent à aller plus vite, à le mener jusqu’au point de non-retour. Son ventre se contracte et se décontracte convulsivement, son bassin plonge vers moi, sa mâchoire se serre, et sa pomme d’Adam monte et descend alors qu’il articule des sons désaccordés…
Puis il se tend soudainement.
– Mia, attends, attends…
Je ne l’écoute pas et me verrouille à son corps. Il abdique dans un gémissement désespéré et se libère en moi. Je ne cherche pas à réfléchir et je prends ce qu’il me donne.
Tout ce qu’il me donne…
Deuxième instant de vérité : on va avouer que ce n’est pas non plus le met du siècle. Honnêtement, celles qui disent que le sperme a un goût délicieux n’ont clairement jamais mangé dans un restaurant quatre étoiles. C’est juste du sperme. Oui, utilisons le véritable mot pour en parler : S.P.E.R.M.E. Ce n’est pas un shoot d’héroïne qui fait augmenter la fréquence cardiaque, ou un fondant au chocolat qui soulage les maux de cœur : c’est un fluide corporel. Point.
La seule chose qui me fait réellement me sentir aussi puissante qu’une déesse par contre, c’est le regard presque fou de Tobias. Ses sourcils froncés, sa bouche légèrement entrouverte, son corps alanguis post-orgasme et ses yeux incrédules et fascinés, qui m’observent comme si j’étais la réincarnation d’une déesse.
Il enroule les doigts d’une main dans mes cheveux et me lève brusquement pour m’embrasser. Pas un léger baiser, un baiser à la Tobias.
Il me fouille de la langue et j’ai l’impression qu’il cherche son goût en moi, comme pour vérifier qu’il ne vient pas de rêver. Je lui réponds avec ardeur et quand il me libère, ses mains se posent sur mes coudes pour me forcer à me relever. Après un long moment à genoux devant lui, mes jambes sont un peu ankylosées et je vacille légèrement sur les talons que je porte encore, avec ma culotte et mes bas. Il vient me stabiliser en posant ses paumes tièdes de part et d’autre de ma taille. Puis il dépose un baiser aussi léger qu’une plume sur mon ventre frissonnant. Je suis fébrile, excitée. Mais je ne cherche pas à avoir la pareille. J’étais venue pour lui, seulement pour lui…
Heureusement pour mon karma, il glisse ses pouces dans mon ultime sous-vêtement et le descend avec lenteur le long de mes jambes. Je lève un pied après l’autre, en appui sur ses épaules, pour l’enlever totalement. Et encore une fois nos regards ne se sont pas quittés pendant toute l’opération. Il se saisit à peine de mes mains, du bout des doigts, puis m’invite à le chevaucher d’une légère traction, en s’installant plus confortablement contre le dossier de la chaise.
Je lui souris, mutine, puis je m’assieds sur lui, toujours vêtue de mes talons hauts., les jambes gainées des bas couture qu’il avait tant appréciés Il me rapproche en pressant fortement sur mes reins et je passe mes bras autour de son cou alors que mes seins se pressent contre son torse, et mon bassin contre le sien.
Puis il tourne lentement sur la chaise pivotante, les yeux plantés dans les miens, et je me retrouve dos au bureau. Mes fesses sont soulevées puis posées sans difficultés sur la surface en bois. Il m’a portée comme si je pesais le poids d’une plume.
Littéralement.
Ses paumes viennent ensuite pousser sur mon ventre pour m’allonger. Heureusement le bureau est quasiment vide, et je ne suis pas obligée de poser mon dos sur son ordinateur ou encore sur sa petite table de mixage.
Je cale ma tête légèrement de biais sur l’encadrement de la fenêtre ouverte parce que le plateau en bois est trop petit, et j’en profite pour le regarder alors qu’il s’installe à nouveau contre le dossier.
C’est tellement lui dans cette position, détendu mais le regard perçant. Il agit comme un jeune homme rebelle et pourtant il observe. Il regarde tout. Je ris doucement quand il saisit l’un de mes pieds pour le poser sur son épaule en souriant d’un air canaille. Il embrasse ma cheville et remonte le long de mon mollet dans un chemin de baisers et mordillements. Tout dans son attitude est doux et mesuré. Lent et précis. Langoureux, comme ses baisers…
Ce qui explique mon hoquet de surprise quand il fond sur moi et me cloue au bureau d’une poigne de fer, avant de me dévorer. L’arrière de ma tête heurte douloureusement l’encadrement en bois mais le plaisir me fait voir des étoiles derrière mes paupières closes. Je n’ai pas le temps de comprendre ce qui se passe, entre mon excitation avant d’arriver et le plaisir que j’ai eu à le prendre dans ma bouche, je jouis en moins de cinq minutes. J’en suis presque sur le point de crier mais je me mords le poing pour étouffer les bruits que je fais. Je le sens rire contre l’intérieur de ma cuisse quelques instants plus tard quand il remarque ma technique.
– Chipie…
J’éclate finalement de rire et ça me fait un bien fou. Le sexe ardent et déculpabilisant est extrêmement libérateur. Tobias m’offre un sourire de garnement d’entre mes cuisses, puis se lève pour venir mordiller le lobe de mon oreille. Je me calme petit à petit quand je sens contre mon ventre qu’il est de nouveau prêt. Un dernier hoquet de rire et il vient me chuchoter :
– J’espère que tu es prête Mia. Parce que je vais te baiser dans les moindres recoins de cette baraque. Dans chaque putain de centimètre carré. Et pendant des heures…
Mon rire se transforme en hoquet nerveux. Sa voix grave est sérieuse.
Extrêmement sérieuse.
– Mademoiselle Anderson… Je vais le faire tellement fort que vous ne pourrez plus marcher pendant plusieurs jours…
Sitôt prononcé, sitôt exécuté.
Il l’a fait. Pendant des heures. Sur son lit, face à son bureau, par terre alors que j’essayais de le fuir pour le taquiner, sur le canapé dans le salon de ses parents et de façon presque frénétique. Mon Dieu j’en aurais fait des choses sur cette méridienne… Puis dans la cuisine, dans les escaliers, et ainsi de suite…
Il est cinq heures trente et il m’accorde enfin le repos du brave. Blottie dans ses bras, le dos collé contre son torse, je m’endors comme une bienheureuse, enveloppé par son odeur.
Je suis réveillée par une légère caresse sur mon bras nu. Je papillonne des cils pour découvrir les rayons orangés du lever de soleil éclairer les
murs de la chambre de zébras ocre et lumineux 23. Il ne doit pas encore être sept heures. Mon corps est perclus de douleurs et courbatures mais mon cœur est repu de bien-être. Je frissonne quand la bouche de Tobias se pose sur mon épaule et remonte doucement le long de ma nuque. Ce réveil est doux et tranquille. Il dépose une multitude de baisers aussi légers que des papillons sur ma peau et je tourne la tête vers lui pour lui offrir mes lèvres dans un soupir de contentement. Il me force doucement à pivoter pour lui faire face, sans quitter ma bouche et je m’exécute docilement en venant poser le bout de mes doigts de chaque côté de sa mâchoire. Il me libère au bout d’un long moment et plonge ses yeux verts dans les miens.
Je suis clouée sur place. Je ne peux rien faire d’autre que de les fixer en retour. Les yeux de Tobias sont capables de déceler jusqu’au plus profond de mon esprit mais à cet instant, ils n’observent pas.
Au contraire, ils expriment. Ils donnent…
Je réalise, le souffle coupé et le cœur battant qu’il vient de laisser tomber ses dernières barrières et me permet de lire en lui, à cœur ouvert. Et ce que je vois semble être le reflet de ce que je ressens pour lui.
Nous restons un long moment à nous observer dans un silence religieux, seulement troublé par sa main qui repousse de temps en temps une mèche de cheveux, qui caresse mon épaule, mes doigts qui glissent avec légèreté sur ses lèvres pleines, mes yeux qui le parcourent de la racine de ses cheveux jusqu’à son menton, et le battement presque assourdissant de mon cœur et du sang qui pulse dans mes veines au fur et à mesure que je réalise à quel point je suis tombée amoureuse de lui.
De tout ce qu’il y a en lui.
Ses taquineries, son côté parfois ombrageux, sa maturité, sa douceur.
Chaque fois qu’il me regarde je me sens capable de marcher sur l’eau, de voler. Et ça n’a rien à voir avec ce que je ressentais pour Derreck. C’était même tellement loin de ce déchaînement de passion et de sentiments puissants que je me demande comment j’ai pu croire que j’allais passer le reste de ma vie avec lui. Alors que Tobias m’attendait quelque part.
Les mots remontent, se pressent à la lisière de mes lèvres, me poussent à lui avouer enfin ce que je ressens pour lui, mais ils restent bloqués dans ma gorge dans un dernier sursaut de défense.
Alors à la place j’essaie de les faire passer à travers mes yeux. Pour lui faire comprendre à quel point il a changé ma vie. Ma perception même de la vie.
À quel point il m’est devenu indispensable. Vital.
Il me regarde intensément et ferme brièvement les yeux dans un soupir presque douloureux avant de me regarder de nouveau et d’avancer lentement le visage pour m’embrasser. Je l’accueille avec bonheur et il se hisse doucement sur moi en s’appuyant sur ses avant-bras. Sans cesser ses baisers, en effleurant parfois le bout de mon nez du sien, en glissant avec des gestes précautionneux ses mains dans mes cheveux épars sur l’oreiller. Je le sens se tendre entre mes cuisses et l’invite d’un mouvement du bassin à ne faire plus qu’un avec moi, ce qu’il fait. Quand il entre doucement je soupire douloureusement, en même temps que lui. La sensation est indescriptible, plus puissante, plus intense, plus brûlante que d’habitude.
Et je prends conscience qu’il n’y a plus aucune barrière entre nous. Ni morales, ni physiques…
Plus rien ne nous sépare.
Emportés par cet échange silencieux, nous n’avons pas pensé à nous protéger. Et il est déjà en moi quand je déglutis en comprenant ce que ce geste implique.
Je lui fais confiance. Entièrement.
Il m’interroge du regard en fronçant les sourcils, ses biceps bandés à l’extrême, et je lui souris à peine avant de glisser avec douceur mes bras sous les siens pour m’arrimer à lui, et de resserrer mes jambes autour de ses hanches en croisant les pieds sur ses reins. Il plisse les yeux et exhale fortement avant de fondre sur mes lèvres tout en recommençant à onduler entre mes jambes. Il ne me fait pas mal, ne bouge pas avec force mais plutôt avec une puissance mesurée. Je le laisse me conquérir, m’envahir. Il s’installe en maître sur mon corps et je lui cède la place.
Je gémis sous sa bouche et m’accroche désespérément à lui alors qu’il me fait l’amour avec une intensité dévastatrice, sa clé frappant sans discontinuer sur ma serrure, dans un concert de gémissements étouffés, jusqu’à me faire finalement soupirer, puis crier son nom dans un sanglot étranglé alors que la lumière du lever de soleil nous nimbe d’une aura cuivrée.
23 Je recommande d’écouter « I walk on water » de Kaleo sur cette scène.
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