Too Young

Margot D. Bortoli · Chapitre 45 sur 54

Pages du PDF

Too Young

Chapitre 42

 

 

– Calmez-vous, mademois…

– NON, JE NE ME CALMERAI PAS !

Je suis furieuse, j’explique pour la dixième fois de la journée ce que je sais à l’agent de police en face de moi et son entêtement à me demander si je suis certaine de ce que je raconte me porte sur les nerfs. Il ne me croit pas.

Personne ne me croit dans ce poste de police !

Je suis là depuis trois heures maintenant à ressasser la même histoire, à leur expliquer par A+B ce qui semble être leur suspect principal mais à part me faire changer d’officier pour essayer de me raisonner, ils n’ont rien fait. Pas même un coup de téléphone au collège pour vérifier si ce fameux Gerald était un fauteur de troubles. Ils n’ont rien fait.

Rien !

C’est plus ce que c’était, les policiers…

J’ignore Calista, perchée sur le coin de la table et fixe l’officier en face de moi.

– Mais essayez au moins de contacter les services sociaux ! Faites quelque chose ! N’importe quoi ! je m’emporte en me levant et en tapant du poing sur la table. Vous ne faites que brasser du vent alors que mon amie a été assassinée ! C’est quoi votre putain de problème ?

– Calmez-vous ! reprend-il d’une voix plus forte. Sinon je vous colle en cellule pour outrage à agent !

J’hésite fortement à lui sauter au cou, à faire n’importe quoi pour les faire réagir mais Derreck m’en empêche en me forçant à me rasseoir.

– Mia, calme-toi, s’il te plaît !

Je me laisse tomber sur ma chaise et étouffe un gémissement de rage dans mes mains alors qu’il parle à l’homme en uniforme devant nous.

– Est-ce que vous ne pouvez pas au moins vérifier ses antécédents ?

– L’affaire a été classée, alors sauf si vous avez un témoignage visuel ou une preuve plus tangible de son implication dans le décès de M lle Jones, non je ne peux rien faire.

Cette phrase sonne le glas de mes dernières résistances et je lui saute dessus en montant sur la table.

– VOUS NE VOULEZ RIEN FAIRE PLUTÔT !

Derreck me ceinture avant que je ne réussisse à le toucher et m’emporte de force avec lui pour m’éloigner.

– Sortez d’ici ou je vous coffre ! s’exclame le policier alors que Derreck m’embarque avec lui vers la sortie du poste tandis que je me débats pour lui échapper.

Je m’accroche même à la porte d’entrée en hurlant mais il est plus fort que moi et réussit à détacher mes bras avant de me plaquer avec violence contre le mur du couloir.

– Tu es tarée ? tu veux te faire arrêter ou quoi ? beugle-t-il. Je n’ai pas le temps de négocier ta sortie et tes parents n’ont pas assez d’argent pour payer la caution ! Tu veux les endetter encore plus ? C’est ça que tu veux ?

Sa phrase a le mérite de m’immobiliser mais je fais un effort surhumain pour ne plus lui échapper. Je respire fort et mon corps en entier est contracté. Mais il m’a emprisonné dans l’étau de ses bras et je dois réussir à retrouver un visage plus serein avant qu’il accepte de me libérer. Après de longues minutes à batailler contre moi-même, il consent enfin à se dégager.

– Merde Mia, tu fais n’importe quoi là…

– Je veux faire arrêter le tueur de Cal ! je m’emporte de nouveau.

– Tu t’y prends mal en hurlant sur l’officier !

Je me mords l’intérieur de la joue pour me retenir de lui répondre vertement alors qu’il se rapproche de nouveau.

– Ne me force pas à t’assommer pour te sortir de ce poste. Je suis avocat, Mia, je sais ce que tu risques à te comporter comme ça.

J’inspire entre mes dents serrées. Je n’arrive plus à réfléchir correctement

– J’ai besoin de me rafraîchir le visage, je marmonne en soutenant son regard furieux.

Il hésite mais accepte de s’écarter pour me laisser rejoindre les WC un peu plus loin. Je m’y enferme en m’adossant à la porte et je cale l’arrière de mon crâne contre le battant en fermant les yeux.

Je n’y arriverai pas…

Je frappe ma tête contre la porte plusieurs fois d’affilée en grinçant des dents, furieuse d’être aussi impuissante.

– Détends-toi, Mi…

J’ouvre brusquement les yeux et jette un regard furieux à Calista.

– Merde, tu ne vas pas t’y mettre aussi !

Elle pince les lèvres, adossée contre le mur en face de moi, les bras croisés et une jambe repliée.

– Ça me fait chier de l’admettre mais… Derreck a raison. Ça ne fonctionnera pas en les agressant, reprend-elle.

Je soupire d’exaspération et marche vers le lavabo pour ouvrir l’eau à fond. Je m’asperge le visage et l’eau glacée a le mérite de calmer un peu mes joues en feu. Je m’appuie ensuite sur les rebords de la céramique en respirant à fond pour me calmer.

Une respiration.

Deux respirations.

Trois respirations.

– C’est bien Mi. Essaie de te calmer, tu réfléchiras mieux.

Je la regarde dans le reflet du miroir, maintenant qu’elle est debout derrière moi.

– Tu n’es que dans ma tête… je murmure.

En essayant de me persuader peut-être. Pourtant son image est tellement claire que je jurerais qu’elle se tient réellement à côté de moi. Elle sourit et se rapproche de mon dos.

– J’ai toujours été dans ta tête, Mi chérie. J’étais la seule à te comprendre, à savoir comment tu réfléchissais, comment tu fonctionnais.

Je ris doucement. Calista me connaissait par cœur. Il n’y avait qu’elle pour comprendre ce que je pensais en un battement de cils.

Enfin, elle et…

– Une chose à la fois, Mi.

J’acquiesce avec rapidité. Elle a raison, je dois me concentrer.

– Allez sors de ces WC sinon ils vont croire que tu fais la grosse commission.

Je ris par le nez à sa réflexion et en profite pour la détailler, en souriant tendrement.

– Tu me manques Cal…

Elle me sourit en retour.

– Toi aussi Mi.

Je me redresse alors qu’elle passe derrière moi et disparaît, puis me sèche les mains rapidement avant de sortir.

Je n’ai fait que quelques pas que je me recule dans un recoin en entendant la voix de Morgan.

– … Un couple de la ville, les McDermott apparemment. Sofia m’a confirmé que c’était le seul enfant pupille de la ville.

Mon cœur bat la chamade en entendant ce nom. Je les connais ! Helen et Norman McDermott. Je sais où ils habitent.

Je reste cachée, à assimiler la nouvelle quand Derreck soupire avant de lui répondre.

– OK, ne dis rien à Mia, s’il te plaît. Elle ferait une connerie. Je vais essayer de parler aux policiers.

Mes poings se contractent alors que je plisse les yeux. Calista en face de moi de l’autre côté du couloir me sourit avec insolence.

– Tu sais que j’ai toujours aimé transgresser les interdits, Mi…

Je comprends en un clin d’œil, et un lent sourire en coin étire mes lèvres alors qu’elle fait de même.

Je te tiens, Gerald…

Je retourne sur mes pas le plus silencieusement possible et claque la porte des toilettes pour être certaine qu’ils l’entendent, avant de les rejoindre d’un pas assuré. J’essaie de cacher mon sourire victorieux sous un masque d’agacement et ça semble fonctionner car Morgan me frotte le bras.

– On va y arriver Mia, OK ?

J’acquiesce rapidement.

– Des nouvelles de ton amie des services sociaux ? je tente quand même, en espérant qu’il fera le choix de me mettre au courant.

Mais à la place il se fige une micro seconde et sourit avec tristesse.

– Non… Désolé, elle n’a rien trouvé de son côté.

Je retiens une grimace face à son mensonge flagrant et me tourne vers Derreck. Il affiche également un masque d’impassibilité.

Calista elle, ne manque pas de faire semblant de vomir derrière eux, et il me faut toute ma volonté pour ne pas sourire.

Bien.

Puisque ces messieurs ont décidé de filtrer certaines informations il ne me reste qu’une seule chose à faire.

– J’ai besoin d’une cigarette, j’annonce en soupirant avec exaspération, sinon je bute tout le monde dans ce commissariat !

Ma phrase fait tiquer la secrétaire à l’accueil et je me retiens de lui faire un doigt d’honneur, les yeux plissés. Calista elle, ne se gêne pas.

– Springville ne t’a pas fait perdre tes mauvaises habitudes… murmure Derreck.

Je lui lance un regard furieux et il sourit à peine, amusé par ma colère.

– Mia écoute, on va essayer de parler avec l’officier, m’informe-t-il ensuite.

– « On » ?

Il pince les lèvres.

– Morgan et moi. Si on essaie une approche plus calme avec un psy, ça les fera peut-être changer d’avis.

J’en doute, et lui aussi. Mais je le remercie quand même d’essayer. Même si je lui en veux de me tenir à l’écart.

– Et moi je suis censée faire quoi en vous attendant ? je demande d’une voix énervée.

J’essaie de paraître outrée par le fait d’être écartée, mais intérieurement je jubile.

C’est exactement ce que je veux.

– Fume ta cigarette, le paquet entier s’il le faut, mais laisse-moi gérer s’il te plaît !

– Donc je reste tranquillement sur le côté comme un pot de fleurs ?!

– Mia… souffle Derreck en se frottant les yeux, tu ne m’aides pas là.

– Ils ne sont même pas capables de reconnaître une piste sérieuse quand ils en voient une ! je m’emporte.

– Ils ne risquent pas de le faire si tu les menaces !

Je serre les dents, furieuse de me faire gronder comme une gamine devant la secrétaire de police qui sourit.

Laisse, je la connais, c’est une vieille fille aigrie de toute façon, c’est sûrement sa seule distraction de la semaine. Ou du mois.

Calista lui tire la langue à même pas deux centimètres de son visage et je me focalise sur l’homme en face de moi.

– S’il te plaît Mia, va attendre dehors, me supplie une nouvelle fois Derreck en me tendant les clefs de voiture.

Elles sont là, juste devant moi. Les clefs de ma libération. Mais je fais semblant d’hésiter en prenant une mimique écœurée.

– S’il te plaît…

Je me mords la langue pour ne pas crier de joie en prenant enfin les clefs de voiture et en partant d’un pas rapide vers la porte de sortie. Je claque la porte pour exprimer ma fausse colère, avance à grandes enjambées malgré l’épais manteau de neige et ouvre le véhicule avant de saisir une cigarette dans mon sac à main. Je l’allume et m’appuie contre le capot en faisant un signe exaspéré à Derreck et Morgan qui m’observent.

C’est bon, je fume les mecs, vous avez fini de me surveiller ?

Ils semblent être rassurés en me voyant tirer comme une junkie sur le filtre, et s’éloignent de la porte vitrée. J’attends une bonne minute, le cœur battant, avant de jeter ma cigarette à peine entamée dans le manteau blanc à mes pieds et de monter dans la voiture.

La première chose que je fais c’est de verrouiller les portes avant de démarrer. Parce que, comme je le pensais, le bruit du véhicule ne passe pas inaperçu dans le petit poste de police. Je ne prends pas la peine de mettre ma ceinture et je recule en vitesse pour m’extirper de la place alors que Derreck et Morgan sortent en courant.

– MIA !

Je les ignore et démarre en trombe pour sortir du parking, en faisant glisser les pneus sur les quelques plaques de verglas subsistantes avant de foncer chez les McDermott.

– Jolie sortie, Mi chérie. On aurait pu faire un remake de Thelma et Louise si je n’étais pas le fruit de ton imagination !

Je souris à Cal dans le rétroviseur intérieur, et me concentre de nouveau sur la route.

Il me faut moins de quinze minutes pour me garer devant chez eux. À peine le moteur éteint je jaillis du véhicule pour me faufiler par la cour arrière, vers la porte vitrée de la cuisine.

Helen et Norman font partie de la paroisse, et je suis déjà allée chez eux pour manger avec mes parents quand j’étais plus jeune. Ils n’ont jamais réussi à avoir d’enfant, donc leur statut de famille d’accueil ne me surprend pas. Je sais aussi qu’ils travaillent dans leur garage vers la sortie ouest de la ville. Ils ne sont donc pas chez eux un samedi. Et Gerald doit travailler aussi au café. Je fouille autour de la porte et retiens un cri de victoire en trouvant une clef sur le haut du chambranle, cachée sous quelques centimètres de neige.

Je regarde autour de moi avant de déverrouiller la porte et de me glisser à l’intérieur. Je prends bien soin de fermer derrière moi pour ne pas éveiller les soupçons des voisins, et essuie soigneusement mes pieds sur le tapis pour ne pas laisser de traces.

J’avance prudemment pour vérifier que la maison est bien vide, et le silence de mes semelles sur le plancher me confirme que je suis seule.

Je tente quand même un « ohé… il y a quelqu’un ? » mais aucune réponse.

Bien.

J’avance vers l’escalier et je me fige en voyant des photos de Gerald accrochées au mur qui le longe. Il a l’air tellement heureux et simple que pendant un instant j’ai peur d’avoir tiré des conclusions hâtives.

– Monte, Mi.

Je lève les yeux vers Calista en haut des escaliers. Elle disparaît à l’étage et je la suis. Quand j’arrive sur le palier du haut, je déglutis péniblement. Les murs et les commodes sont toutes recouvertes de photos de lui. Avec Helen et Norman, à la pêche, dans un manège quand il était plus petit.

Ça me remue plus que je ne le pensais. Ce n’est qu’un môme…

Est-ce qu’il serait vraiment capable de commettre un meurtre ? Et si je me trompais ? Est-ce que je serais capable de foutre en l’air la vie d’un gamin qui a déjà perdu ses parents ?

Je m’immobilise sur le palier.

Merde, je ne sais plus…

– Mi…

Je regarde Calista, hagarde.

– Et si ce n’est pas lui ? je murmure, soudain paniquée.

Elle soupire et rentre à moitié dans une chambre.

– Et si c’est lui ? S’il recommence ? Est-ce que tu laisserais la possibilité qu’il fasse à une autre ce qu’il m’a peut-être fait ?

Je ferme les yeux, tiraillée.

D’un côté j’ai peur de foutre en l’air la vie d’un adolescent, et de l’autre…

J’avance d’un pas résolu vers la chambre dans laquelle Calista a disparu. Je dois savoir. Si je ne trouve rien, si je me trompe, je quitterai cette maison et je n’en parlerai plus jamais.

Mais si j’ai raison…

Je pénètre dans une chambre d’adolescent lambda. Des murs bleu pastel, des posters d’équipes de sport accrochés au mur, quelques photos, un lit défait, des vêtements qui traînent…

Ça ne ressemble pas à la chambre soigneusement rangée que j’avais imaginée. Je ne sais pas pourquoi mais de penser qu’il était peut-être un psychopathe me donnait une image lisse et froide de lui. Or cette chambre ressemble à la mienne lorsque j’avais quinze ans.

– Cherche quand même, Mi. Tu ne perds rien à le faire.

Je jette un rapide coup d’œil à Cal, adossée contre le mur et hoche la tête après une longue hésitation.

Bien. Où est-ce que je cacherais des choses si j’étais obsédée par quelqu’un ? Sûrement pas dans le placard, Helen doit lui ranger son linge. Je vais fouiller le tiroir de la table de chevet, dans son bureau, les tiroirs de sa commode, sous son lit mais rien. Je passe même ma main sous les tiroirs pour trouver une possible enveloppe cachée mais il n’y a rien.

Rien de rien !

Au bout de quinze minutes de recherches infructueuses je m’assieds sur la banquette sous la fenêtre, démoralisée.

– C’est inutile Cal, je ne trouve rien…

Elle m’observe sans rien dire un long moment, assise sur le lit en face de moi, avant de me sourire.

– Tu te souviens de Lenny Baxter ? me demande-t-elle abruptement.

Je fronce les sourcils.

– Lenny Baxter, celui du collège ?

– Oui.

Je m’en souviens mais je ne vois pas le rapport.

– Il était raide dingue de moi. Mais genre « raide dingue » !

Je pouffe.

– Ce n’était un secret pour personne, Cal, il t’a écrit un poème et il l’a lu devant tout le monde à la cantine.

– Je sais. Mais il n’a pas écrit que ça…

Je hausse les sourcils, surprise.

– Comment ça ?

Elle sourit comme le chat d’Alice au Pays des Merveilles avant de me répondre.

– Des lettres enflammées. Très enflammées… Où il me décrivait point par point ce qu’il me ferait dans un lit…

Je hoquette, abasourdie.

– C’était lui ? Les lettres dignes des romans coquins, c’était Lenny Baxter ? Il était tellement timide qu'il se fondait dans les murs !

– Toujours se méfier de l’eau qui dort, j’ai rapidement appris que ceux qui parlent peu sont souvent les plus chauds au lit. Bref ! Tu te souviens que je ne voulais pas que mon père les découvre ?

– Oui…

Elle me regarde en faisant les gros yeux.

– Et où est-ce que je les cachais ?

Je réfléchis rapidement avant de me figer.

– Le conduit d’aération…

Elle me lance un regard furtif vers mes pieds et en baissant les yeux je découvre la grille au niveau de mes chevilles. Mon cœur s’emballe alors que je m’accroupis devant, et tire sur les bords en métal. La grille se défait avec une facilité déconcertante, ce qui me confirme qu’elle doit souvent être déplacée.

– Cal, tu es un génie ! je chuchote en la posant par terre.

Elle se contente de rire dans mon dos alors que je rentre ma main pour chercher à l’intérieur du conduit. Je sens très rapidement une boîte, rangée sur le côté et invisible depuis l’extérieur.

– Bingo ! je souffle.

Je la sors avec précaution et la pose sur la banquette devant moi avant de l’ouvrir.

Et rien ne me préparait à voir ce qui se cachait dedans.

Mes mains tremblent alors que je vois en premier une mèche de cheveux roux retenue par un ruban.

– Oh mon Dieu…

Je la soulève délicatement et la pose sur un coussin avant de regarder le reste. Des photos, des dizaines de photos de Calista, prises incognito. Calista en train de déjeuner avec moi, Calista en train de téléphoner, Calista en train de marcher dans la rue, Calista qui éclate de rire dans un couloir… des dizaines et des dizaines de photos d’elle.

– Il était obsédé par toi… je murmure d’une voix vacillante.

Mes mains tremblent alors que je soulève les photos une par une pour les étaler autour de la boîte, avec une sensation de nausée qui monte en moi petit à petit. Mais ce n’est que lorsque je vois la dernière pièce présente dans la boîte que je sens que je vais m’effondrer.

Une boucle d’oreille.

Sa boucle d’oreille.

Celle qu’elle est supposée avoir perdu lors de son meurtre.

En se débattant.

En se débattant contre lui.

Je porte les mains à ma bouche, sur le point de vomir mon petit déjeuner quand l’horreur éclate à mes yeux. Je ne retiens pas les images violentes qui se succèdent sous mes paupières closes alors que je pleure à genoux, sans réussir à me calmer, au bord de l’hystérie. Je la vois hurler, pleurer, se battre pour lui échapper alors qu’il lui serre le cou, qu’il l’empêche de respirer…

Il a dû lui proposer de la ramener parce que j’avais pris sa voiture. Et elle est montée avec lui, confiante.

Persuadée d’être en sécurité.

Je l’ai abandonné à la merci d’un prédateur…

– Mi, range cette boîte et retourne au poste de police.

Je dois fournir un effort considérable pour me calmer avant de lui répondre.

– Pas encore…

Je sors mon téléphone de ma poche, les mains tremblant de plus en plus.

– Je dois faire des photos…

Je dois avoir une preuve de ce que j’avance pour les forcer à venir ici.

– Mi, j’ai un mauvais pressentiment…

Je ne l’écoute pas et mitraille les preuves étalées devant mes yeux.

– Mia…

– Encore une.

Elle ne répond pas et je comprends rapidement pourquoi quand le bruit d’une porte qui se ferme dans mon dos me glace le sang.

Je ne suis plus seule dans la chambre.

OceanofPDF.com