Ultime
Chapitre premier
Amanda Hocking
DE MON SANG
ULTIME – TOME 5
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Florence Cogne
OceanofPDF.com
Chapitre premier
Tandis que je marchais, une brume froide descendait sur la ville. La lueur rouge des immeubles de chaque côté du canal convenait parfaitement à ma vision vampirique. Pour autant, les touristes en balade ne semblaient pas gênés pour s’orienter ni incommodés par la fraîcheur ambiante.
À quelques pas derrière moi, Bobby progressait doucement, mon sac de matériel en bandoulière au cas où j’en aurais eu besoin. Non pas que je pensais m’en servir ce soir-là. Il s’agissait d’une simple intervention à domicile chez l’une de nos fidèles clientes, pour ainsi dire. Mais, en matière de chasse aux vampires, mieux valait se méfier.
Sa frange noire en bataille dissimulait une balafre au-dessus du sourcil, récoltée lors de l’une de nos récentes bagarres contre un vampire sauvage. Lorsqu’on s’est rencontrés, il n’était qu’un maigrichon étudiant en art de vingt ans en difficulté, qui sortait avec mon petit frère. Depuis, il avait gagné quelques cicatrices, de nouveaux tatouages et environ dix kilos de muscles, devenant au passage l’un de mes plus proches amis.
Je lui avais indiqué que, s’il souhaitait m’aider, il devait mieux se défendre, et il s’était sans nul doute exécuté. Il avait fini par abandonner l’université pour s’entraîner et travailler à mes côtés à plein temps.
Si, au départ, mon frère Milo et moi avions douté de l’utilité d’un humain comme Bobby, ce dernier m’avait en réalité sauvé la vie plusieurs fois. Tour à tour, il assurait mes arrières, me lançait un pieu en titane ou me rejoignait avec un véhicule pour que l’on s’enfuie juste à temps, se révélant indispensable à ma mission de chasseuse de vampires.
Difficile de croire que nous avions quitté le Minnesota un peu plus de cinq ans auparavant. Durant les deux premières années, nous avions parcouru l’Europe en vue de trouver un endroit accueillant pour nous quatre, puis nous avions opté pour Amsterdam, pour notre plus grand bonheur.
Depuis, bon nombre de mes soirées consistaient à patrouiller dans le quartier de Singelgebied, parmi ses lumières rouges et ses femmes en vitrine qui dansaient en petite tenue. Le commerce du sexe faisait la renommée du coin, pourtant un autre genre de prostitution nous donnait du pain sur la planche tard dans la nuit.
— On ne devrait pas en avoir pour longtemps, pas vrai ? me demanda Bobby.
Il m’avait déjà posé la question à notre départ de l’appartement.
— Je t’avais proposé de rester à la maison ce soir, lui rappelai-je. Ce n’est qu’une plainte pour tapage. En principe, ce sera très rapide.
— Non, non, insista-t-il, je veux dire que si quelque chose t’arrivait avant le week-end, ton frère ne me le pardonnerait jamais.
— Oui, rétorquai-je en coulant un regard vers lui, et s’il devait t’arriver malheur, Milo ne pardonnerait aucun de nous deux.
— D’accord. Alors, tâchons d’en sortir tous les deux indemnes.
— Marché conclu, approuvai-je tandis que nous approchions de notre destination.
Au bout du canal se trouvait un petit immeuble historique de brique, rectangulaire, semblable à tous ceux qui l’entouraient, engoncé entre deux autres. La lumière rouge m’apparaissait quelques tons plus foncés que le reste de la rue, même si ce détail demeurait imperceptible pour un œil humain.
Une enseigne en fer forgé au-dessus de la porte massive indiquait le nom de Darah Merah. Je frappai, puis un imposant garde du corps humain ouvrit.
Comme il s’agissait de ma énième intervention dans ce lieu, j’avais déjà rencontré ce gorille à de nombreuses reprises, mais il me dévisageait toujours par en dessous son front proéminent, tel un homme des cavernes en pleine phrase de réveil.
— Ottaline m’a appelée, commençai-je, mais, à peine ces mots prononcés, cette dernière apparut, écartant son garde du passage.
— Pourquoi avez-vous autant tardé ? aboya-t-elle de sa voix rauque si particulière, teintée d’un fort accent russe, telle une Kathleen Turner version moscovite.
À deux cent quatre-vingt-cinq ans, la vampire Ottaline Rebane avait exercé en tant que proxénète pendant plus de la moitié de sa vie. Plus grande que moi de quelques centimètres, elle possédait une élégance royale avec ses courts cheveux blonds détachés et portait toujours des tenues vaporeuses, comme un peignoir de satin drapé sur un long déshabillé.
— Nous sommes venus dès que nous avons reçu l’appel, lui assurai-je alors qu’elle nous invitait à entrer dans le luxueux petit salon.
— Quel est le problème ce soir ? s’enquit Bobby.
Je vis le regard bleu paniqué d’Ottaline se diriger aussitôt vers la cage d’escalier. L’endroit était bondé de vampires qui se nourrissaient sur des humains, de sorte que j’avais du mal à différencier les battements de cœur et que la légère odeur du sang imprégnait l’immeuble.
— Il s’agit d’une nouvelle cliente, expliqua-t-elle, les yeux toujours rivés vers les marches. Elle est montée avec l’une de mes meilleures beethoers, il y a eu des cris, et maintenant elle refuse de me laisser entrer.
En néerlandais, le mot « beethoer » désignait une prostituée qui s’offrait aux morsures. En matière de maisons closes pour vampires, l’établissement d’Ottaline était sérieux. Elle s’occupait bien de ses filles et essayait de les protéger d’une clientèle violente. Raison pour laquelle elle avait requis nos services.
Elle n’était guère du genre à se battre, et le gorille à l’entrée avait pour rôle de dissuader la fange humaine. Alors, quand la situation dégénérait, nous intervenions pour remettre les vampires à leur place, de préférence avant que des humains soient blessés. La plupart du temps, nous y parvenions sans tuer quiconque, mais pas toujours.
— Dans quelle chambre sont-elles ? m’enquis-je en me dirigeant vers l’escalier.
— Celle juste…
Un grand fracas interrompit sa phrase.
La vampire venait de défoncer la porte, projetant une multitude d’éclats de bois à la ronde. Le regard fou, le visage dégoulinant de sang, elle se rua droit sur moi.
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